Ne craignons pas le Parti québécois
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Jean-Marie Nadeau
J’étais à Montréal le 5 octobre dernier lorsque les résultats des dernières élections provinciales ont été dévoilés. Le Parti québécois forme un gouvernement minoritaire. La réception de ces résultats n’a pas entraîné une explosion de joie intense. Mais avec réserve, la majorité des gens se réjouissaient d’une telle victoire.
Les Québécois sont un peuple fascinant et très particulier. Comme je l’ai déjà dit, c’est un des peuples parmi les plus politisés au monde. Quatre partis politiques ont obtenu des sièges. Même si 70% de la population n’est pas favorable actuellement à l’indépendance, il est intriguant que cette population ait élu un parti aux visions indépendantistes, et tenant la promesse d’un référendum. Il semble que l’on voulait un gouvernement responsable et efficace, et le Parti québécois offrait une fourchette de candidatures hautement plausibles, d’où son élection.
La portée minoritaire de ce gouvernement va lui rendre la tâche plus difficile, Les pronostics les plus réels laissent entendre qu’il y aura d’autres élections d’ici dix-huit mois ou deux ans. Il n’y aura donc pas de référendum dans ce temps-là. Une autre raison: le PQ a promis qu’il n’y aurait pas de référendum tant que Trump sera président des États-Unis. Pour survivre, le PQ devra obtenir le soutien de Québec solidaire, même si dans ce dernier groupe il y a de fiers partisans du fédéralisme et du socialisme.
Les nombreuses conversations que j’ai eues, surtout avec des indépendantistes, laissent entendre qu’il y a un fort appétit d’une plus grande solidarité entre les francophonies d’Amérique pour la défense du français, d’où une place pour nous. On souhaite même la tenue d’États généraux de la francophonie nord-américaine qui pourraient se tenir en Louisiane. Ce qui est clair, c’est que la solidarité des amitiés entre Acadiens et Québécois doit être fortement identifiée, car le Québec perd aussi du français. L’avenir renforcé du français en Amérique du Nord ne pourra se faire sans un engagement intensif du Québec.
Je salue favorablement la détermination de ce nouveau gouvernement de favoriser en premier l’élimination de la moitié de l’itinérance. Tous les quatre partis sont d’accord avec cette priorité. Un grand Sommet sur l’itinérance se tiendra en 2027, suite à une initiative entamée par madame Pauline Marois, ancienne Première ministre péquiste du Québec. L’Acadie devrait participer à ce Sommet.
Le gouvernement péquiste voudra surtout sortir la province de la spirale financière du gouvernement caquiste, gouvernement connu pour avoir beaucoup dépensé. Il y a suffisamment de gens compétents au sein de la députation actuelle pour bien articuler la gestion financière.
Il est totalement inconcevable et inacceptable qu’une grande portion d’Acadiens et d’Acadiennes ait développé depuis les années 1070 sous Pierre-Elliot Trudeau une haine maladive des indépendantistes québécois. Que les Québécois soient péquistes ou fédéralistes, en tant qu’Acadiens nous sommes condamnés à nous solidariser avec l’ensemble du peuple québécois. Le gouvernement péquiste ne va pas faire de révolution d’ici les deux prochaines années. Tout ce qu’il va essayer de faire, c’est d’être un bon gouvernement.
Le PISA international vient de nous annoncer que nos enfants de quinze ans sont les pires des pires au Canada et dans le monde quant à la maîtrise du français et des mathématiques. C’est une catastrophe. Le gouvernement provincial vient d’implanter un plan de dix ans en éducation et le Programme d’aménagement linguistique et culturel (PALC) qui sont nettement inappropriés face à cette situation.
Par ailleurs, plusieurs Acadiens anti-québécois préfèrent se cantonner dans un statu quo de déchéance, au lieu de joindre le mouvement actuel d’accentuation de l’identité acadienne et de l’Acadie. Ces derniers sont les principaux ennemis du renforcement du français. Ce n'est pas le PQ qui est notre pire ennemi en la matière. C’est pourquoi il est urgent de nous solidariser avec le Québec, même péquiste, pour surmonter ces innommables défis de la francisation.
Jean-Marie Nadeau
