Les élections québécoises et nous
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Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
Tout ce qui se passe au Québec, seule province largement française au Canada, a de l’influence sur l’ensemble du Canada français. Grâce au Québec sur plan culturel par exemple, il n’y aurait pas autant de programmes culturels fédéraux sans lui, même si ces programmes sont insuffisants financièrement. Dans ce cas-là, il est déplorable que le gouvernement fédéral ait baissé les bras devant les géants américains de l’informatique, à partir desquels des milliards de dollars sont passés sous le tapis.
Le Québec est probablement la province la plus politisée au Canada. Les Québécois mangent de la politique à satiété. Il n’est pas surprenant de constater qu’il y a cinq partis politiques attitrés capables de faire élire des députés. Il semble qu’une telle multiplicité de partis permet à la démocratie de s’exprimer plus complètement. Tout porte à croire qu’il est réaliste d’entrevoir un gouvernement minoritaire comme conclusion de ces élections provinciales.
Comme un peu partout ailleurs dans le monde, cette multiplicité de partis permet plus autant à la droite qu’à la gauche de s’afficher. La Coalition Avenir Québec (CAQ), le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral (PLQ) sont plutôt du centre droit, alors que Québec solidaire (QS) est à gauche et le Parti conservateur du Québec (PCQ) est à droite. Mais chacun de ces partis à une salade politique qui touille un peu dans toutes les bases idéologiques, un petit peu plus ou moins à droite, ou un petit peu plus ou moins à gauche.
Les pronostics politiques laissaient savoir depuis quelques années une avancée notoire au Parti québécois dans les sondages les définissant comme futur gouvernement majoritaire. Le phénomène ressemble à ce qu’a vécu Pierre Poilièvre et le Parti conservateur sur le plan fédéral. Poilèvre a mordu la poussière. Depuis l’arrivée de madame Christine Fréchette à la chefferie de la CAQ, le vent a tourné de bord, mais il n’y a rien de garanti et définitif.
Madame Fréchette joue une partie politique particulièrement friable. Elle est ouverte à plus de privé dans le système de santé, et flirte avec l’idée d’exploiter le gaz de schiste. Elle ne parle pas du rapatriement de responsabilités du fédéral, tel que son parti le réclamait depuis plusieurs années. Elle abuse quand elle compare le chef du PQ de trumpiste parce qu’il essaye de mettre en exergue les faiblesses du gouvernement fédéral face au Québec. De plus, elle a développé une relation de bon copinage avec le Premier ministre Mark Carney, qui frise la filiation.
Pour ce qui est du PQ, le chef Plamondon a erré dans les dossiers de l’immigration et du traitement des artistes, qui pourtant sont presque tous indépendantistes. Plusieurs personnes le trouvent arrogant. Il s’est éloigné de la trame sociale-démocrate historique de son parti.
Mais le portrait général de l’ensemble de ces élections est teinté du monstre Trump dans le portrait. Mais ce qui dérange le plus, c’est la haute performance de Mark Carney dans sa façon intelligente de traiter avec Trump. Les résultats mirobolants du candidat libéral dans l’élection fédérale partielle de Chicoutimi sont évocateurs. Bizarrement, ce triomphe libéral fédéraliste bénéficie plus à la CAQ qu’au PLQ, lequel parti est un parent pauvre de ces élections.
La politique au Québec, c’est du sport intellectuel et idéologique. Heureusement que ça ne ressemble pas à la façon agressive et violente de faire de la politique comme dans certains pays de l’Europe et de l'Amérique latine. La décence et l’esprit démocratique y ont encore toute leur place, et c’est honorable.
Vu le nombrilisme politique du peuple québécois, aucun de ces partis dans la course ne parlera de l’Acadie et du Canada français, et on doit le regretter…Mais le Québec restera toujours notre province francophone privilégiée. Ce qui s'y passe est beaucoup pour nous!
