129e épisode : «Wow! 600 piastres? Wel entrez s’il vous plaît!»
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Après aouère marché dans l’tintamarre à Bouctouche, mon nouvel ami parisien qui s’appelle lui itou François (numéro 2) m’a ramené che nous à Saint-Édouard. Bin l’autre Parisien qu’on a rencontré par accident dans l’tintamarre, Philippe, lui qu’a fait la connaissance de François 2 pour la toute premiére fois, y’a dit: «Est-ce que je peux vous suivre?» J’ai dit: «Tu veux nous suire? Comme ça tu veux v’nir che nous?» Y’a répondu: «Non non monsieur. On doit dire ‘suivre’ et non pas suire. D’autant plus, on dit chez nous, pas che nous. » Ah bin là par exempe. Y m’a pas souté so j’ai dit: «Aye, arrêtes de m’tanner avec ton français d’France pis tés grands mots du dictionnaire Larouze qu’on avait à la p’tite école de Saint-Édouard. Y’a quasiment dés siècles que j’reste par icitte so tu vas pas commencer à m’donner dés leçons d’grammaire à mon âge. Maniére de pas.» Y’a dit: «Pardon monsieur. Je ne voulais pas vous irriter ou même vous offenser. Et dernière chose, si vous voulez bien. On ne dit pas Larouze mais plutôt Larousse, dictionnaire Larousse.» Là j’bouillais d’rage. D’la boucane me sortait des oreilles. Ensuite y’a dit itou: «Écoutez moi bien, monsieur l’Acadien. Je ne suis pas ici pour vous ennuyer.» J’ai dit: «Quosse tu veux dire asteur. Quissé qui t’a fait à crouère que j’m’ennuyais? J’u bin icitte dans ma maison. So pour quossé que j’m’ennuirais?» Là l’Français Philippe a v’nu toute boloxé.
Finalement j’avais descendu à Saint-Édouard dans l’car à François 2 pis Philippe nous suivait par derriére. Quanque on a arrivés che nous, Philippe a viré dans ma ‘driveway’ lui itou. Y’a débarqué pis y m’a dit: «Ah oui monsieur, elle est bien mignonne votre maisonnette. Puis-je entrer?» J’ai répondu: «Wel de wel. Comme j’ai dit déjà à François 2, pour quossé que t’appelles ça une maisonnette? J’comprends pas. C’é pas une maisonnette, ni une toilette, ni un garage, ni une p’tite ‘shed’. C’é une maison, wâyons don. Pis c’é p’tête pas l’château du roi Charles mais moi c’é mon p’tit che nous toujou bin, mon p’tit château proche d’la côte. ‘Understand’ tête de pioche?»
Pas longtemps après, mon voisin Siffroi a travorsé che nous, lui qu’é souvent mal patient pis éffaré! Y’a vu les deux Français pis y’a dit: «Quissé qu’vous êtes vous autes? Pis d’youssé que vous v’nez? Le Français Philippe y’a dit qui sont d’la France pis en même temps y’a dit à Siffroi: «Je vous connais à peine et franchement je n’ai presque rien compris. Quelqu’un m’a informé à propos du chiac et franchement vos phrases sont incompréhensibles. Je suis donc confus, mal à l’aise.» Siffroi qu’entend dur à part de d’ça y’a dit: «Premiérement, I hope que j’ai pas compris que tu m’as câlé une punaise. J’sé que j’u p’tête pas gros mais j’u un Acadien pur sang pareil so worry pas, moi j’u fier d’ête Acadien pis d’parler l’bon français, mieux qu’toi parce que j’crois vraiment pas que ton parlage à toi c’é du bon français.» À yaye!
Juste après, Philippe s’a juste viré d’bor pis y’a sorti deux grosses valises de sa ‘trunk’ de car. Quanque y’arrivé à ma porte de maison j’ai dit: «Yousse tu vas avec ces valises là? Ou bin vends tu stuff d’Avon ou p’tête des couteaux d’cuisine?» Y’a répondu: «Mais non monsieur François l’Acadien. Je vais rester ici pendant mes quelques jours de vacances.» J’ai dit: «Bin là steur. Si c’é rendu que tout l’monde de Paris pis l’restant d’la France voulont passer leu vacances dans ma cabane y faudra que j’mette le haut là.» Y’a dit: Mais je suis prêt à vous payer 600 dollars pour passer deux jours ici, près de la mer.» Toute surpris j’ai dit: «Vraiment? As-tu dit 600 piastres? Wel entrez, entrez s’il vous plaît et mettez-vous à l’aise, j’vous en prie!»
À suivre...
