Inquiétudes face à l’héritage de Ti-Louis Robichaud
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Jean-Marie Nadeau
Des penseurs politiques comme Jeannot Volpé et Yvon Godin ont lancé, il y a quelques semaines, une alarme comme quoi l’héritage de « Chances égales pour tous » de Ti-Louis Robichaud était menacé. Des penseurs comme Magella Simard et Frédérick Dion ont produit d’excellents textes sur la question. Ce sont les Commissions des services régionaux (CSR) qui sont mises en cause, ces Commissions qui prônent la collaboration régionale.
Les organisations acadiennes se sont battues depuis le début du siècle actuel pour la pleine municipalisation. De peine et de misère, le dossier s’est conclu positivement sous la gouverne de l’ancien ministre conservateur Daniel Alain. Le tout a été salué favorablement. La communauté acadienne a senti qu’elle faisait un pas de plus vers plus d’autonomie politique.
La force du régime Robichaud, c’est qu’il provincialisait plusieurs secteurs anciennement dévolus à la gouvernance locale, et que la péréquation était implantée. Les régions les plus pauvres retrouvaient une certaine dignité en pouvant donner à leurs citoyens des programmes égaux provincialement. Tout de suite, l’on pense à l’éducation et la santé. Par ailleurs, la fonction publique a été syndicalisée. Comme exemple, le salaire modique des enseignants acadiens a été augmenté pour s’aligner sur celui de leurs homologues anglophones.
Depuis le début de cette réforme locale, je déplore que les budgets provinciaux n’aient pas appuyé le transfert des services aux CSR. La timidité des transferts budgétaires vient hypothéquer et compromettre la portée et la valeur de la réforme locale, au préalable bien accueillie.
Les Commissions ont avant tout été créées pour gérer la gestion des déchets et l’aménagement du territoire. À cela, la province a transféré aux Commissions les responsabilités pour le développement économique régional, le tourisme, le développement communautaire (telle l’itinérance…), les transports, les loisirs…sans augmentation de revenus pour se faire. Ça ressemble à du “dumpage” ou du pelletage provincial de ses responsabilités aux régions, sans que leur soit donné un financement approprié pour accomplir ces nouvelles tâches. C’est là que le bât blesse!
Les interrogateurs actuels craignent que l’on ne retourne à une situation politique d’avant Robichaud lorsque les “comtés” devaient s’occuper de leur développement à partir de leurs revenus régionaux. Ce serait un véritable retour aux enfers de la pauvreté, principalement pour les régions acadiennes.
“Dans bien des cas, lorsqu’on régionalise, on bilinguise. Régionaliser les responsabilités sans corriger les écarts de capacité fiscale risque non pas de réduire les disparités territoriales, mais de les accentuer…” Tout cela est bien dit par Frédérick Dion. Il est clair que les grandes municipalités du sud comme Moncton et Saint-Jean ont de grands privilèges financiers grâce à la dernière réforme locale.
Pourtant, comme régions acadiennes, il est louable que l’on ait plus de pouvoir politique régional pour gouverner. Mais ça va de soi si l’on a les moyens financiers pour bien le faire. Cependant, si l’on perpétue le système politique actuel, les sceptiques qui prévoient un renversement de l’héritage Robichaud auront raison. Il faudra des changements drastiques afin de mettre de l’équilibre dans l'étalement des “Chances égales” de Louis Robichaud.
Nous n’avons surtout pas envie de revenir dans un monde de misère. Si un tel recul se réalisait, les gouvernements actuels devront plaider coupables face à une telle aberration. Nous devons nous braquer et essayer d’empêcher que le programme politique “Chances égales” de Louis Robichaud ne s’effondre pas.
