122e épisode : P’tit François y’aime ça à Memramcook
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Finalement, on a pu ramener mon voisin Siffroi chu z’eux à Saint-Édouard mais c’était une grand ‘drive’ de Dieppe jusqu’à sa maison. C’é pas vraiment une maison, plutôt aussi pire qu’un poulailler. Même qu’une fois j’m’avais aparçu qu’la bouchure de mon poulailler était timbée à bas pis y manquait comme six ou sept poules. J’ai charché pour ces poules-là, jusqu’à dans l’bois, même à la côte mais y’étiont pas trouvables. Toute d’un coup j’m’ai mis à penser qui y’étiont p’tête alentour d’la maison à Siffroi. J’ai fait l’tour d’la maison mais y’étiont pas là. Wel là j’ai vu qu’la porte d’en avant était rouvarte, comme d’accoutume, so j’ai rentré ouère. Premiérement, avec la porte grande rouvarte, c’é pour le coup qui y’en avait des mouches da maison, des centaines pis des centaines. Y’avait même des ch’nilles pis dés p’tits oiseaux qui s’aviont fait des niques su l’fait d’l’armouère. Tcheu mess salaud dans c’maison là! J’voyais pas mes poules mais j’ai avancé da chambre pis v’là qui y’étiont couchées dans l’lit. Ah jumpune américune! J’ai crié pis j’crois qui y’aront r’connu ma voix parce qui y’avont hallé vite de d’là. J’étais chanceux parce qui y’aviont compris mon idée so y’avont couri drouète jusqu’au poulailler qui s’trouve à côté d’ma maison. J’ai r’mis la bouchure en place comme y faut. Ça d’vait faire un bon bout d’temps qui y’étiont da maison à Siffroi parce que j’ai trouvé pas moins d’une douzaine d’oeufs dans deux ou trois coins d’la maison, même deux autres dans l’lit.
En tout cas, pour la ‘drive’ de Dieppe à par che nous, c’était long, surtout que Siffroi était encor à motché chaviré pour la raison qui s’avait cogné la tête contre le ‘wall’ du restaurant pis ça l’avait vraiment dérangé avec des discours écartés. C’é supposé qu’après une couple de jours, plusse pour lui, que sa ‘brain’ r’viendrait normale mais j’en doute parce qui y’était pas boucoup normal avant son accident. Quanque on a arrivés à Boucrouche, j’ai dit à la maigrasse Simon ‘à travers’ qu’au lieu d’prendre le ch’min 475 qui mène à Saint-Édouard qu’on devrait prendre l’autre chemin qui va à Sainte-Anne pour aller m’acheter une paire de bottes au magasin à Louis. Mais Simon a dit: «À youssé que ça s’trouve ça Sainte-Anne?» Ah ben là. J’ai dit: «Tu veux dire que t’as jamais ité à Sainte-Anne? Quossé qu’é l’pu loin que t’as ité dans ta vie?» Y’a répondu: «Wel, j’ai travorsé à Riverview une couple de fois pis une autre fois j’m’ai rendu au festival de Shédiac mais là par exempe j’m’avais trompé d’chemin parce que j’ai vu une enseigne qui disait : Bienvenue à Memramcook. So j’avais viré d’bor» Ouèye! C’é d’valeur qui y’a pas rentré à Memramcook parce que c’é y’un des plus beaux villages en Acadie, p’tête le plusse beau! Lucas ‘la vieille chârette’ qui l’applont m’amène par là une couple de fois par année. Les pommiers, la grande vallée, le vieux collège Saint-Joseph, le Monument-Lefebvre pour les spectacles et l’terrain d’golf parmi d’autres attractions. Y’une fois que j’ai même fêté la journée du quinzou par là. J’vous dit qui fait beau à Memramcook. Des fois ça m’tente de déménager dans ce coin acadien là. Pis y doit y’aouère des bons chanteux itou à Memramcook parce que j’ai fidjuré que ça doit être pour ça qui disont que c’é un village ‘enchanteur’!
Enfin, on a arrivés à la maison à Siffroi. Y’était temps parce que j’filais pu mes jambes à force que c’était serré dans ce p’tit bazou là. C’é d’la misère à s’assir deux dans l’car pis v’là qu’on était trois d’assis dade dans. C’é pour ça quanque j’ai débarqué mes jambes étiont assez molles que j’ai timbé la face la premiére da vase. Tcheu câline de misère!
À suivre...
