Hommage au monde artistique
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Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
Le monde culturel acadien a célébré de façon ostentatoire son épanouissement ces dernières semaines de par la tenue des Éloizes à Campbellton. Cette activité se tient tous les deux comme moment de détente et de réflexion sur la qualité du milieu artistique acadien. Encore une fois, les célébrations furent un grand succès.
Ce moment historique et glorieux a malheureusement été aussi marqué par l’annonce de la retraite bien méritée de Carmen Gibbs, directrice générale de l’Association acadienne des artistes professionnelles (AAAPNB) pendant plus de vingt ans. Elle a été aux commandes d’une armada d’artistes devenant meilleurs. L’histoire saura reconnaître l’indispensable contribution de cette grande dame dans le milieu des arts. Elle a réussi, avec ses condisciples, à faire voter une loi sur le statut des artistes.
Mais, il y a un gros scandale dans la vie artistique au Nouveau-Brunswick. En effet, la province du Nouveau-Brunswick est la province au Canada qui finance le moins les arts. Pourtant, en tant que seule province officiellement bilingue au Canada, notre province devrait financer deux fois per capita les arts en comparaison avec la province qui finance le mieux les arts au Canada. La province investit 0,3% de son budget en arts, soit 55 dollars per capita, alors que la Colombie-Britannique investit 1,5% de son budget en arts, soit 268 dollars par personne. Nous faisons déjà beaucoup sur le plan artistique avec le peu de financement que l’on a. Nous faisons beaucoup avec peu, imaginons-nous ce que ça donnerait si nous étions financés à notre juste valeur.
Mais, l’AAAPNB doit elle aussi continuer à évoluer. Elle se rapproche de plus en plus de ce qu’est l’Union des artistes du Québec (UDA), qui est plus syndicale. Et le Québec est la deuxième province qui finance le mieux les arts.
Il n’est pas normal que trop de nos artistes vivent dans la pauvreté pour finir leurs jours. Il faudrait qu’il y ait des programmes de pension pour nos artistes. Même le grand artiste Pierre Robichaud, chanteur vedette de 1755, mise sur le financement populaire (SVP, contribuez!) pour se payer du logement à Montréal en attendant une greffe. Pourtant, plusieurs d’entre nous pensions que Pierre était millionnaire. Peu d’artistes acadiens ont fait fortune avec leur art.
La culture est pourtant une créatrice d’identité acadienne. Sans la communauté artistique, nous serions moins un peuple aujourd’hui. Plus nous avons de bons artistes, plus la communauté s’exprime aussi artistiquement, par du théâtre populaire, des vernissages locaux, des soirées de musique, des séances d’improvisation, du cinéma, des festivals et plein d’autres activités du genre. Pour ce qui est justement de la musique populaire, nous devons saluer la contribution exceptionnelle des radios communautaires qui font un bon travail dans ce domaine.
Nous le répétons souvent, mais il faut le faire, à savoir qu’un petit peuple de 300 000 habitants (Atlantique) puisse produire autant sur le plan artistique. Il est à se demander si l’eau salée, les feuilles de patate ou la sève des arbres qui coulent dans nos veines ne sont pas des ingrédients essentiels. La quantité et la qualité se conjuguent dans les circonstances.
Sans cette production artistique, le peuple acadien ne saurait survivre. Ce qui est fascinant, c’est que la relève est au rendez-vous. Il est à souhaiter que les gouvernements et le monde privé le réalisent avec circonspection. Notre culture fera de nous un grand peuple, si l’on continue de la nourrir financièrement et intellectuellement avec un peu plus de faste.
