Urgence Acadie
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Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
Que l’on soit pessimiste ou pas, toute personne sensée doit reconnaître que l’Acadie est en difficulté. Nonobstant les gains extraordinaires que nous avons accomplis depuis une soixantaine d’années, notre communauté acadienne continue à perdre du terrain. C’est pourquoi toute occasion de discourir sur l’avenir de l’Acadie doit être faite. Les États généraux de Saint-Basile étaient cette dernière occasion. Toute occasion de faire avancer l’Acadie est une bonne occasion.
Il est malheureux que plusieurs leaders acadiens aient décidé de ne pas participer à une telle activité. Même imparfaite, la tenue de cette activité a surtout été faite de bonne foi avec de bonnes intentions. Jamais autant de bonnes études faites par des experts acadiens n’ont été aussi éloquentes et utiles. Par ailleurs, le sondage réalisé par le Groupe de réflexion a ajouté de l’information critique, porteuse d’avenir. Comme on dit, les absents ont toujours tort.
Il est malheureux que le gouvernement provincial ait aussi organisé, lors de la même fin de semaine, sa formation pour les nouveaux élus municipaux. Comme il était inapproprié que le Parti vert organise son congrès annuel en même temps. Pire, le Conseil de l’Université était aussi en réunion à Shippagan. Ça laisse sous-entendre que l’université se préoccupe peu de l’état et de l’avenir de l’Acadie, et c’est désarmant. Cette multiplication d’activités a ainsi réussi à réduire le niveau de participation aux États généraux.
Il est aussi déplorable que le leadership acadien du sud-est ne participe plus ou pas à une telle activité. Pourtant, l’avenir de l’Acadie ne pourra se réaliser sans eux. Il y a là-dedans un manque de conscience collective. Serait-il donc légitime de penser que plus la richesse s’accumule, plus la fibre patriotique diminue?
Les États généraux comme tels ont été magnifiques, avec beaucoup d’intensité, de rigueur et d’enthousiasme. Plusieurs jeunes étaient présents, ce qui a ajouté de la profondeur ainsi que de la modernité dans les débats. Par ailleurs, la présence du Conseil économique et de l’Association francophone des municipalités dans les discussions a relevé de façon notoire et proactive le niveau des débats. Nonobstant quelques problèmes d’animation et de faiblesses technologiques, la cadence des travaux s’est maintenue allègrement.
Autant les États généraux de 2004 ont promu la vitalité culturelle et artistique, et autant que ceux de 2014 ont prôné la pleine municipalisation avec succès, autant les États généraux de 2026 de Saint-Basile ont conclu que nous devions nous doter d’un outil politique de concertation pour encadrer de façon globale le développement de l’Acadie du Nouveau-Brunswick. Le constat réaliste comme quoi le fonctionnement actuel du milieu associatif est chaotique et en silos ne ramènerait pas notre communauté à son plein épanouissement et sa pérennité, il fallait de façon audacieuse se donner un mécanisme de convergence, et ça s’appelle l’autonomie institutionnelle et l’égalité réelle.
La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), comme notre principal outil politique actuel de rassemblement, aura nécessairement la responsabilité d’assurer le suivi à ces travaux. La situation est urgente, et il y a donc un empressement à ce que ça bouge assez rapidement. La masse des délégués à la réunion sera vigilante afin de suivre l’évolution soutenue de ces travaux.
La vie ne nous donne pas assez souvent des moments aussi heureux et utiles que ceux que nous avons connus particulièrement à Saint-Basile. Nous en sommes sortis dans la joie et l’enthousiasme. Ce seront probablement mes derniers États Généraux, vu mon âge. Mais je serai présent à d’autres États généraux semblables, si ça se passe bien avant les dix prochaines années. Ce qui compte, c’est que l’autonomie institutionnelle se matérialise le plus vite possible. Il y a urgence, sinon l’Acadie du Nouveau-Brunswick pourrait disparaître! Plus que jamais la devise de l’Acadie disant que “l’union fait la force” doit s’exprimer pleinement.
