Protéger sans exclure
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Jean-Marie Nadeau
En 1994, lors de la tenue du premier Congrès mondial acadien dans le sud-est, Monseigneur Donat Chiasson, archevêque de Moncton, a fait une mauvaise homélie pendant la première grande messe officielle du CMA au monument de l’Assomption de Rogersville. Plus de la moitié des milliers de participants à cette cérémonie étaient des Acadiens assimilés, provenant principalement des “Cadiens” de la Louisiane. Bizarrement, Mgr Chiasson a décidé de faire son discours sur les vertus de l’assimilation et les dangers du nationalisme. Je l’avais dénoncé, et le sujet a fait le tour des médias.
Vu que c’était un premier rassemblement mondial des Acadiens et des Acadiennes, nous aurions préféré que Mgr Chiasson fît plutôt un discours d’accueil et de bienvenue pour le retour de ces “piétons de l’Atlantique”, comme les appelait Angèle Arsenault. Il eût fallu célébrer la résilience de ce peuple en mouvement. J’aurais préféré que Monseigneur se comportât comme un berger qui accueille à nouveau ses enfants de la Déportation.
Bien sûr qu’il peut y avoir des vertus à l’assimilation. Notre contact avec les autres cultures, celles des nouveaux arrivants, nous permet d’intégrer à notre culture d’autres modes de vie. Il n’est pas étonnant que nous ayons adopté des mets culinaires comme le couscous, la paella, les sushis, et quantité d’autres spécialités internationales. Et que dire de la musique, du cinéma, de la littérature? Il y a du bon à collecter ce qu’il y a de meilleur chez les autres.
Mais quand nous vivons en Acadie, les autres peuples doivent s’intégrer à notre culture. L’Acadie sera pérenne en autant qu’elle poursuit sa démarche dans le cheminement de son histoire et de sa modernité. Il y a certains dangers à ouvrir toutes grandes les portes de l’immigration. Mais, ce qui importe, c’est que nous ayons à la fois la force et la capacité de pouvoir intégrer ces nouvelles personnes.
Mais nous avons de gros problèmes. Le système d’éducation actuel n’a pas tous les éléments pour bien recevoir ces communautés. Même le système acadien n’a pas de cours obligatoire d’histoire acadienne dans son programme. Comment les nouveaux arrivants arriveront-ils à connaître et comprendre les aléas de notre culture et de nos réalités sans connaître notre culture et notre histoire?
Les communautés africaines (surtout celles qui proviennent de l’ancienne Afrique occidentale française), sud-américaines (à cause de la parenté du français et de l’espagnol) et les communautés européennes semblent le mieux s’intégrer à notre culture. Nous avons surtout des défis particuliers avec les communautés asiatiques que sont les Indiens de l’Inde, les Pakistanais ou encore les Coréens. Il est à se demander s’il ne devrait pas y avoir un bureau provincial aux affaires asiatiques, avec justement comme mandat de faciliter ces communautés à s’intégrer aux réalités canadiennes et acadiennes de cette province.
Il faut absolument sauver notre culture sans exclure les autres. L’Acadie restera acadienne si nous nous en occupons mieux. Il y a actuellement en Acadie un bon vent de fraîcheur qui vient alimenter le renforcement identitaire. De plus en plus de personnes s’interrogent sur l’avenir de l’Acadie, et décident de s’en occuper. Des pas importants sont en train de se faire en éducation. Comme disait Ti-Louis Robichaud, l’éducation est l’arme principale de notre peuple pour continuer à grandir et à s’épanouir.
Notre plus grand défi est de solidifier notre “nous collectif”, y incluant les nouveaux arrivants qui font le choix eux aussi de devenir Acadiens et Acadiennes. Nous avons un gros problème de nombre. Nous ne faisons plus assez de bébés. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas savoir comment intégrer ces nouveaux arrivants. Nous devons donc protéger notre culture sans exclure personne, mais en incluant tout ce nouveau potentiel humain à notre histoire nationale et culturelle.
