Douze ans après, le gaz de schiste revient dans le débat
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Susan Levi-Peters
Après 12 ans, on nous dit qu’une façon plus sécuritaire d’extraire le gaz naturel aurait été trouvée.
Lorsque j’ai entendu pour la première fois que la première ministre envisageait de revoir la possibilité de lever le moratoire sur la fracturation hydraulique, ma première pensée a été de me demander ce qu’en pensait son mari. Je parie que cela a donné lieu à un bon débat.
La première ministre pourrait prendre une décision, mais une dirigeante forte fera participer la population.
J’ai écouté l’annonce de Susan Holt. Elle a dit que son gouvernement allait examiner la possibilité de lever le moratoire, mais qu’il n’était pas question de forage pour le moment. Alors pourquoi procéder à cet examen s’il n’y a pas de forage ?
Elle a cependant expliqué qu’il fallait étudier les nouvelles technologies permettant une extraction plus sécuritaire de cette ressource naturelle. Peut-être a-t-on effectivement mis au point quelque chose de plus sûr. Il est juste que nous examinions cette possibilité avec un esprit ouvert. Personne ne dit encore oui à la levée du moratoire. On nous demande d’examiner les nouvelles technologies.
Se souvenir de 2013
L’une des meilleures décisions prises pour le Nouveau-Brunswick a été celle de l’ancien premier ministre Brian Gallant lorsqu’il a inclus les Premières Nations parmi les parties devant être consultées avant qu’une décision définitive puisse être prise concernant le moratoire.
Brian est diplômé en droit et a étudié le droit autochtone. Je suis donc certaine qu’il possède des connaissances sur les traités.
Cette décision visait à protéger notre terre et notre eau, à protéger le Nouveau-Brunswick. Elle lui a peut-être coûté son poste, mais je crois qu’elle a contribué à éviter des pertes de vies humaines pendant l’une des périodes les plus incertaines de l’histoire du Nouveau-Brunswick. Après tout, nous n’avons pas connu un autre Oka ou un autre Ipperwash.
Le dialogue est toujours préférable. Pour cet examen de cinq mois, peut-être que l’ancien premier ministre Gallant devrait être aux premières lignes.
Depuis l’annonce, je pense beaucoup à ce qui s’est passé lors des manifestations contre le gaz de schiste en 2013.
Voir l’une de nos aînées aspergée de poivre de Cayenne, alors qu’elle priait, peut être intimidant. Se retrouver coincé entre des voitures en feu et une escouade antiémeute, sans savoir si l’on sera battu ou abattu, est très effrayant.
Lorsque j’y repense aujourd’hui, j’ai l’impression que c’était une guerre et que nos seules armes étaient notre traité, nos tambours et, surtout, nos prières.
Voir les nôtres, particulièrement nos jeunes, incarcérés pour avoir défendu nos aînés, nos femmes et nos droits issus des traités était décourageant. C’était le genre de chose que nous avions l’habitude de voir à la télévision aux États-Unis.
J’ai entendu des histoires horribles sur ce que certains de nos jeunes ont vécu pendant leur incarcération. On ne peut qu’imaginer ce que cela a fait à leur dignité. Ils ont été traités comme des terroristes, et les terroristes n’ont pas de droits.
Elsipogtog doit participer
Après avoir lu la note de notre gouvernement d’Elsipogtog, j’ai bon espoir que nous ne connaîtrons pas un autre septembre 2013. Je suis fière que nos dirigeants aient envoyé un message très fort. Si le processus proposé est respecté, je crois qu’il pourra réussir.
Elsipogtog est prête et doit participer aux discussions.
Que la décision finale soit de permettre ou non la fracturation hydraulique, Elsipogtog accorde la priorité à la conservation de notre terre et de notre eau, pour la vie humaine comme pour la vie animale.
Si le président Trump est la raison pour laquelle on réexamine le moratoire, nous devons également examiner d’autres possibilités. Historiquement, les Mi’kmaq entretiennent une relation très forte avec les États-Unis. Nous avons un traité de paix et d’amitié. Peut-être que des représentants Mi’kmaq devraient rencontrer l’administration du président.
Cinq mois pour décider
Cinq mois, c’est peu pour discuter d’une décision aussi importante, mais ce n’est pas impossible. Nous avons eu 12 ans pour y réfléchir.
Aujourd’hui, mon peuple souffre de la faim. Les taux d’aide sociale remontent à plus de 35 ans. Il est inimaginable d’essayer de vivre avec des montants établis il y a plus de 35 ans alors que le coût de la vie augmente chaque année.
Essayer d’acheter avec 80 $ par semaine tout ce dont une personne a besoin pour vivre — nourriture, vêtements, produits d’hygiène personnelle et d’entretien, logement et transport — est insensé. Et plus une famille compte d’enfants, moins le montant disponible par personne est élevé. Certains disposent de moins d’un dollar par jour. Parallèlement, l’itinérance atteint chez nous des niveaux sans précédent.
Malgré tout ce que nous avons subi, notamment les pensionnats et les externats indiens — dont on parle encore trop peu —, nous continuons de nous tenir debout et de protéger notre terre et notre eau afin que nos enfants et nos invités puissent en profiter pendant les générations à venir.
Revenir aux enseignements
Lorsque je m’interroge sur ce qui se passe, je reviens à nos enseignements.
L’un d’eux nous dit que le Créateur nous a donné les ressources naturelles pour une raison et qu’elles doivent être utilisées lorsque nous en avons besoin. Mais si nous en abusons, nous les perdrons. Et si nous ne les utilisons pas, nous pourrions également les perdre.
Je ne crois pas que quiconque ait encore accepté de lever le moratoire.
Si la première ministre et son gouvernement ont quelque chose à proposer qui pourrait fonctionner pour tout le monde, nous devons l’examiner. Mais j’espère qu’elle fera preuve du même respect si, au terme de cet examen, la décision n’est pas celle qu’elle souhaitait.
