Célébrer et bâtir l’Acadie
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Jean-Marie Nadeau
Toutes les nations qui se respectent tiennent chaque année une journée de fête nationale. Le Québec, le Canada et la France viennent de tenir la leur de façon grandiose. Samedi prochain, le 15 août sera notre grande journée de fête nationale.
Il est normal de se dire fortement, une journée par année, que nous sommes beaux et fiers de nous, résilients et confiants en l’avenir, déterminés à nous épanouir. Nonobstant nos grands succès des soixante dernières années, nous devons aussi exprimer nos inquiétudes face à notre continuité.
Les premières conventions nationales qui se sont tenues à la fin du dix-neuvième siècle, dont celles de Miscouche et de Memramcook, ont été une bénédiction pour la pérennité du peuple acadien. Ces conventions ont clairement défini notre originalité comme peuple à part entière, et notre volonté de nous assurer à vivre comme telle, en grandissant. Ce fut une opération réussie.
Quatre-vingt-cinq pour cent du peuple acadien de l’Atlantique vivent au Nouveau-Brunswick. Cette force du nombre entraîne une grande responsabilité de la part de la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick face à l’avenir de notre peuple. Les gains linguistiques au Nouveau-Brunswick ne peuvent qu’avoir du bénéfice sur l’ensemble des droits linguistiques des Acadiens et des Acadiennes de l’ensemble de l’Atlantique et du monde entier.
Les décisions des États généraux de Saint-Basile d’amener l’Acadie du Nouveau-Brunswick vers plus d’autonomie institutionnelle et vers plus d’égalité réelle pourraient nous permettre d’accélérer de façon exponentielle notre capacité de mieux gouverner notre existence. Tout peuple qui se respecte doit aspirer à la plus grande autonomie politique possible. Nous sommes sur la bonne voie.
À moyen terme, les gains les plus possibles seront ceux que nous ferons dans le domaine du renforcement identitaire par le biais de l’éducation. Même si le gouvernement provincial demeure réfractaire aux critiques formulées à l'égard de son plan décennal en éducation, il semble ouvert à davantage de propositions constructives dans l'élaboration de son Plan d'aménagement culturel et linguistique (PALC), qu'il est actuellement en train de réviser. Il semble que le terme Acadie y trouvera plus de place, ce qui est un préalable.
L’autre secteur qui va demander le plus d’attention à moyen terme, c’est le monde municipal. On y trouve le plus grand espace politique comme communauté, avec un assez large pouvoir de changement. Mais le gouvernement provincial doit impérativement s’impliquer dans ce dossier. Il doit élaborer une charte définissant nos communautés sur une base linguistique. Le seuil de 20% de la population issue de l'autre communauté linguistique, à partir duquel une municipalité acquiert un statut bilingue, devrait être augmenté à 30%. L’afflux déferlant d’une nouvelle immigration des dernières années a floué les données attendues. Mais une telle mesure pourrait nuire à nos citoyens acadiens vivant dans des milieux très minoritaires. C’est pourquoi notre autonomie institutionnelle devrait avoir le mandat de s’occuper de ces communautés.
Nous avons le privilège de vivre parmi l’un des plus beaux peuples de l’humanité, de par notre originalité et singularité. Nous devons continuer à parfaire notre existence. Nous devons aspirer à plus d’autonomie et de liberté afin de mieux gouverner globalement notre société. Ce dont nous devons à faire face aujourd’hui c’est au fouillis de nos organisations. Tout le monde mène sa barque comme si nous vivions en vase clos, en circuit fermé, sans une vision commune face à notre avenir. Les États généraux auront eu leur légitimité si nous réussissons à nous doter d’un véritable projet de société.
Il faut célébrer notre fête nationale dans la joie et l’espoir que notre peuple soit là pour rester et s’épanouir. Ce défi ne pourra se réaliser que si nous réussissons à intégrer notre jeunesse dans cette démarche. Des signes avant-coureurs nous laissent entrevoir une jeunesse plus agissante et militante. Nous sommes condamnés à l’excellence. Bonne fête nationale et vive l’Acadie!
