D’une minorité à l’autre
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Susan Levi-Peters
Appartenir à une minorité peut être difficile. Le racisme ne m'est pas étranger. Parfois, j'ai l'impression que nous nous y sommes habitués, ou que nous avons appris comment réagir et comment nous comporter. J'ai toujours pensé avoir de la chance de ne pas avoir des traits autochtones très prononcés, ni la peau et les yeux foncés. Mon apparence est plus caucasienne qu'autochtone. Mon accent ressemble davantage à un accent français qu'à un accent mi'kmaq et, même si je ne parle pas français, on me demande souvent si c'est le cas.
Mon père avait une apparence très autochtone. Dès mon plus jeune âge, je l'ai vu entrer dans un magasin et en ressortir frustré: on refusait de le servir parce qu'il était autochtone. Lorsque nous allions dans les villes voisines ou à Moncton, nous mettions nos plus beaux vêtements et devions rester près de notre mère. Mes deux parents parlaient un anglais approximatif ; à la maison, nous parlions mi'kmaq. Nous faisions nos courses, puis nous rentrions chez nous.
En grandissant, les choses n'ont pas beaucoup changé. Quitter la réserve signifiait fréquenter l'école secondaire locale. Il existait des tensions entre les deux communautés, mais il s'agissait davantage d'une rivalité ou d'un rapport de force que de crimes haineux à proprement parler, même si des remarques racistes étaient parfois proférées.
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La Première Nation d'Elsipogtog est voisine d'une communauté anglophone et d'une communauté francophone. Notre première école secondaire accueillait les élèves des trois communautés, mais, au fil des ans, les francophones et les anglophones ont été séparés et deux écoles distinctes ont été créées. Quant à nous, les Autochtones, nous avons été dirigés vers l'école anglophone de Rexton.
Aujourd'hui encore, nous faisons face à des difficultés à l'extérieur de la réserve et, comme nous ne parlons pas français, les possibilités d'emploi sont limitées. J'ai toujours espéré que le français serait enseigné dans nos écoles afin que nous ayons de meilleures chances lorsque nous quittons la réserve.
Je suis convaincue que beaucoup d'entre nous ont déjà été la cible de propos racistes, souvent lors d'altercations ou sous le coup de la colère, mais j'ose espérer qu'il ne s'agissait pas d'actes motivés par la haine. Notre province a accueilli de nombreux nouveaux arrivants. Si la diversité de nos coutumes et de nos cultures peut parfois nous diviser, elle contribue aussi à notre force en tant que Néo-Brunswickois.
Lorsque j'ai commencé mes recherches sur les origines de ma grand-mère, j'ai été bouleversée d'apprendre les épreuves endurées par sa famille. La déportation des Acadiens en 1755 m'a permis d'apprécier encore davantage ma grand-mère et de comprendre sa force de caractère qui lui a permis de survivre dans une réserve indienne au début du XXe siècle. J'ignorais alors que les Acadiens avaient été victimes en 1755 d'une persécution d’une telle ampleur. Certains diront qu'il s'agissait d'une guerre, mais je ne partage pas cet avis.
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Apprendre qu'une altercation a eu lieu à Moncton impliquant une femme accompagnée de son enfant et que des propos racistes auraient été tenus peut raviver de vieilles blessures. Le racisme et le manque de sensibilité culturelle sont encore bien présents au Nouveau-Brunswick, du moins aussi loin que je m'en souvienne.
Récemment, quatre de nos jeunes ont été agressés devant le centre commercial Champlain, à Dieppe. L'incident s'est produit en plein jour. Six hommes adultes attendaient à l'extérieur pour s'en prendre aux quatre adolescents qui quittaient le centre commercial (enquête en cours).
Je suis convaincue que de nombreux nouveaux arrivants ont vécu des expériences difficiles avant de venir au Canada et que le choc culturel peut parfois être immense. Cela dit, les incidents violents qui surviennent dans notre province demeurent préoccupants. L'agression de quatre adolescents à la sortie du centre commercial Champlain, à Dieppe, ainsi que l'altercation signalée à Moncton impliquant une femme et son enfant, rappellent l'importance du dialogue et de la compréhension mutuelle.
J'ignore si cette situation découle de la peur qui habite certains nouveaux arrivants lorsqu'ils arrivent au Canada, du racisme auquel ils peuvent être confrontés ici, du fait qu'ils appartiennent désormais à une minorité alors qu'ils étaient majoritaires dans leur pays d'origine, ou encore des différences culturelles qui nous séparent.
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J'ai rencontré beaucoup de personnes originaires d'autres pays qui ont immigré au Nouveau-Brunswick. Ce sont des gens très sympathiques, et il semble que nous soyons confrontés à des défis similaires. Je suis navrée qu'ils aient dû quitter leur pays et venir s'installer ici pour des raisons indépendantes de leur volonté. Devoir quitter son pays, sa famille et sa maison doit être très difficile et stressant, mais la confrontation physique n'est pas la solution. Nous devons apprendre à respecter les valeurs et les règles de la société canadienne.
Nombre d'entre eux viennent de pays en guerre et nous ignorons les traumatismes qu'ils ont subis. Il est donc essentiel de leur fournir des services de santé mentale et des formations à la sensibilisation culturelle.
Le racisme peut être très néfaste et le manque de connaissances sur les cultures d'autrui peut être perçu comme un manque de respect.
En grandissant, aller au centre commercial Champlain ou quitter la réserve était toujours intimidant : nous étions la minorité. Aujourd'hui, la réalité est différente. Je n'aurais jamais cru voir le jour où les minorités deviendraient majoritaires dans certains lieux publics. Je me suis souvent demandé ce que cela ferait ; désormais, je le vis.
Ce sentiment est à la fois libérateur et inquiétant. Libérateur, parce qu'on se fond dans la foule ; inquiétant, parce qu'on fait partie d'un groupe dont on connaît parfois mal l'histoire, les coutumes et les traditions. La diversité fait notre richesse, mais peut-être sommes-nous tous, d'une certaine manière, confrontés à un choc culturel.
