Le visage de l’art
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Marie O’Brien
Cette chronique commence en apportant un sens élargi à la créativité. J’ai lu un livre il y a un couple d’années et vous connaissez probablement son auteur, Rick Rubin. Il aborde la créativité comme un art de vivre, tel est le titre de ce livre. Il énonce que nous sommes tous des êtres créateurs, que la créativité est «une caractéristique fondamentale de l’être humain. Un droit de naissance. Donné à tous.»
Dans ce sens-là, la créativité n’est pas liée seulement au domaine artistique, elle existe dans tous les domaines de notre existence. Nous créons dans notre cuisine, dans notre travail, dans nos passions, dans nos intérêts. Et parfois, nous sommes portés à ignorer que cette habileté existe en chacun de nous. Maintenant, je me permets de regarder les visages de l’art souvent cachés dans le domaine artistique.
Oui, dans toutes nos villes et municipalités, l’art est souvent au cœur de la communauté. Et puisque notre monde va tellement vite et que les écrans dominent souvent nos vies, nous nous permettons d’entrer dans une boutique, une galerie ou une exposition. Voilà un geste pour nous faire du bien. Car ce lieu se veut apaisant et nous réalisons assez rapidement que derrière un tableau, une sculpture, un livre, une photographie, une chanson, il y a une émotion en mouvement chez nous lorsque nous posons notre regard sur les œuvres devant nous.
Pourtant, nous oublions que derrière chaque création, il y a un visage, une personne, une histoire. Lorsque nous avons la chance de jaser avec l’artiste — et ce n’est pas toujours possible — nos échanges sont enrichissants. Nous découvrons peut-être une vie qui a transformé une émotion en quelque chose de spectaculaire.
On dit souvent que l’art n’a pas besoin d’être compris, mais qu’il ne demande qu’à être rencontré. Et quand cette rencontre se produit à l’intérieur de soi, les couleurs prennent une autre dimension, nous y trouvons des mots plus profonds. Les détails deviennent plus vivants à notre esprit. Nous accueillons alors cette créativité. C’est dans ces moments que nous réalisons qu’il existe un humain derrière cette création.
Se permettre ce genre de moments alimente notre bien-être. Car derrière les bruits du quotidien, nous nous sommes offert un espace, nous avons cessé de courir juste pour goûter ce que dit notre cœur en posant nos regards autour de nous. Cela devient un luxe accessible à tous d’entrer et de prendre soin de soi. Cela devient une richesse et une liberté d’accueillir ce qui nous est présenté.
Je me permets de parler de mon expérience de l’été dernier dans un lieu, une boutique d’art ici à Shediac. J’ai été bénévole pendant un été où j’ai côtoyé des artistes visuels. Mes livres étaient également là. Je me sentais tellement bien en leur présence parce que j’ai compris une chose : nous partagions, en tant qu’artistes, une sensibilité commune envers tant de choses.
Et j’ai également perçu quelque chose d’intéressant chez les visiteurs. Il y avait quelque chose qui changeait pour la plupart des gens qui franchissaient la porte. Le bruit de leur quotidien s’éteignait, leurs responsabilités et leur rythme disparaissaient pour quelques instants. Il n’existait que leurs yeux qui se déposaient sur les œuvres.
Alors j’ai compris que, peu importe que tu sois le créateur ou l’amateur, une parenthèse s’ouvre, soit un espace où on respire autrement, où on observe sans objectif précis. Chaque œuvre porte une signification différente pour chacun. Parfois, c’est une couleur qui apaise et, d’autres fois, ce ne sont que quelques lignes découvertes dans un livre.
Cela peut apporter des émotions. Mais au fond, pour tous, cela nous rappelle encore une fois que nous sommes vivants, capables de ressentir et de nous laisser bercer par nos regards et quelques mots. J’avoue sans équivoque que notre bien-être prend une petite poussée dans ces moments.
Le festival Hom’Art arrive bientôt à Shediac. J’encourage les gens à goûter aux activités suggérées. Comme l’année dernière, je vais présenter un petit atelier d’écriture avec un exercice qui va nous faire du bien. Voilà une façon pour moi de contribuer simplement à l’essence que l’art peut nous apporter.
L’art ne change pas le monde, mais il peut changer notre façon de le regarder. Et lorsque notre regard se modifie, notre bien-être trouve alors un espace pour s’élever. Et ça, mes amis, c’est le plus grand cadeau que peut amener l’art dans nos vies.
En vous souhaitant une excellente semaine et une agréable réflexion.
