Ne jamais quitter la table des négociations
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Susan Levi-Peters
La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada peut être inquiétante. Je suis moi-même un peu préoccupée par ce qui pourrait arriver au Nouveau-Brunswick et au Canada. Depuis la naissance des États-Unis, les relations entre nos deux pays ont toujours été étroites.
Avant que la frontière actuelle ne sépare le Canada des États-Unis, elle n’existait tout simplement pas pour les Mi’kmaq, qui se déplaçaient sur le territoire nord-américain. Après l’indépendance américaine, les Mi’kmaq ont conclu des traités de paix et d’amitié avec ceux qui vivaient désormais dans ce nouveau pays.
Pour moi, les traités de paix et d’amitié des Mi’kmaq sont en quelque sorte un guide sur la manière de vivre ensemble en Amérique du Nord, comme la Bible ou les lois peuvent l’être pour les non-Autochtones. Les Mi’kmaq ont souvent cherché à demeurer neutres et à ne pas prendre parti. Ils pouvaient agir comme médiateurs lorsque cela était nécessaire.
J’ai grandi comme Autochtone d’Amérique du Nord. Les Mi’kmaq sont fiers d’être des Autochtones d’Amérique du Nord, et l’Amérique du Nord comprend aussi bien le Canada que les États-Unis.
L’unité donne de la force aux deux pays. Ils ont besoin l’un de l’autre. Dans leur intérêt commun, l’humilité peut faire partie de la solution. Je ne dis pas que le Canada ou les États-Unis doivent renoncer à leur souveraineté. Je dis qu’il vaut mieux être unis et forts que divisés et faibles. Une guerre commerciale peut finir par menacer bien davantage que les échanges commerciaux.
Les présidents et les premiers ministres ne sont là que pour la durée de leur mandat. Nous, les peuples, resterons. Les dirigeants passent, mais les États-Unis et le Canada resteront si nous savons demeurer unis.
La crainte de perdre sa souveraineté peut parfois faire perdre de vue l’avenir. Pourtant, avec des négociations solides et un esprit ouvert, il est possible de préserver sa souveraineté tout en développant un partenariat fort. Les deux pays ont besoin de leur souveraineté pour défendre cette partie du monde. Tous deux ont également besoin des francophones, qui ont joué un rôle important dans leur histoire, et la langue française doit continuer à vivre au Canada, dans l’intérêt de nos deux pays.
Je sais que le Canada cherche à développer de nouveaux marchés, mais il a besoin des États-Unis. Vendre davantage outre-mer sans continuer à bâtir notre relation avec les États-Unis pourrait nous affaiblir plutôt que nous renforcer. Notre priorité devrait être de maintenir un partenariat solide avec les États-Unis. Parfois, accepter de donner un peu plus peut être préférable lorsque les bénéfices se feront sentir à long terme.
Nous savons que le mandat du président Donald Trump prendra fin, même si son administration pourrait être suivie par une autre qui poursuivra certaines de ses politiques. Mais les États-Unis resteront toujours notre pays frère.
Mon père disait toujours : «Ne quitte jamais la table des négociations.» Il avait raison.
Je me souviens de ma première expérience comme membre du conseil d’Elsipogtog. On m’avait demandé si je souhaitais participer à une rencontre entre Elsipogtog et le ministère des Pêches et des Océans. Comme conseillère, j’ai accepté.
La rencontre avait lieu dans les bureaux du ministère à Moncton. Ses représentants étaient venus d’Ottawa pour nous rencontrer. Elsipogtog négociait avec le gouvernement fédéral et nous étions rendus à la onzième heure, en espérant toujours parvenir à une entente.
La réunion s’est prolongée jusque dans la soirée parce que nous n’arrivions pas à nous entendre. Les distributeurs automatiques ont fini par ne plus avoir de nourriture et les représentants du ministère avaient un avion à prendre. Mais nous ne voulions pas quitter la table avant d’avoir trouvé une solution.
Certains membres de notre délégation sont partis. La journée avait été longue et ils étaient frustrés. Je suis restée avec nos techniciens parce que je me souvenais de ce que mon père m’avait enseigné : «Ne quitte jamais la table des négociations. Apporte ton lunch au cas où tu aurais faim.»
Mon père me racontait ses propres rencontres avec d’autres gouvernements. Il apportait son repas. Lorsque les réunions s’éternisaient, il pouvait manger pendant que les autres avaient faim. Alors, il partageait sa nourriture avec eux.
Après de longues heures de négociations, qui avaient duré toute la journée et une bonne partie de la soirée, nous sommes finalement parvenus à une entente. Nous sommes rentrés chez nous. Les représentants du ministère avaient raté leur vol initial et avaient dû en prendre un autre plus tard.
Une autre fois, nous avons même dû passer la nuit dans les bureaux du ministère des Affaires indiennes à Amherst, en Nouvelle-Écosse, parce que nous n’étions pas parvenus à une entente. Nous avons repris les négociations le lendemain. Essayer de dormir sur des chaises n’était pas très confortable, mais ils ont au moins eu la gentillesse de nous permettre de commander de la pizza.
On m’a déjà dit que les Mi’kmaq étaient de solides négociateurs. J’espère que le Canada reprendra les négociations avec les États-Unis et maintiendra le dialogue. Il ne faut pas quitter la table, même si nous nous retrouvons momentanément seuls à y être assis. Les autres finiront par revenir.
L’unité est la clé de notre survie.
Peut-être le Canada devrait-il envoyer une délégation mi’kmaq rencontrer le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, et son équipe. Après tout, les Mi’kmaq sont des Autochtones d’Amérique du Nord.
