TANT QUE DURERONT LE SOLEIL ET LA LUNE
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Susan Levi-Peters
Les Migmag célèbrent octobre comme le Mois des traités en raison du traité de 1752. La Journée des traités est célébrée le 1er octobre à Halifax. C’est une journée où l’on échange des « provisions obtenues » avec les Migmag et où l’on maintient la hache de guerre enterrée. Le traité de 1752 a été signé à Halifax, mais la plupart des traités migmag ont été signés à Boston. Le Migmagig, le territoire migmag, s’étend jusqu’à Boston, qui était donc l’un des principaux endroits où ces traités ont été conclus.
Les traités de paix et d’amitié des Migmag sont là « aussi longtemps que le soleil et la lune subsisteront ». Parmi les traités qui nous sont transmis par la tradition orale et par des objets, il y a le drapeau migmag, la ceinture du traité de paix et d’amitié avec le pape, celle avec la nation Kanien’kehá:ka (mohawk), ainsi que les traités de paix et d’amitié conclus avec la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis d’Amérique.
Ces traités ont été conclus à différentes époques, mais ils ont une signification semblable. Les plus anciens utilisent des symboles, les « gômgoetjoigasig », qui constituaient le système d’écriture original des Migmag avant qu’il ne soit transcrit au moyen de l’alphabet par les jésuites français. L’un des derniers systèmes de transcription ne comptait que 13 lettres et utilisait les sons du français. Nous l’appelons le système d’écriture du père Pacifique.
Le plus ancien traité de paix et d’amitié est représenté par le drapeau migmag. Selon la tradition qui m’a été transmise, lorsque les Templiers ont été bannis de France au XIVe siècle et ont fui vers l’Amérique du Nord, le drapeau a été adopté comme symbole d’une alliance de paix et d’amitié.
Le deuxième plus ancien est la ceinture de paix et d’amitié conclue avec les Kanien’kehá:ka, ou Mohawks. Les deux nations auraient conclu cette alliance de paix et d’amitié vers la fin du XVIe siècle. La ceinture de paix entre les Migmag et les Kanien’kehá:ka a été ramenée au Migmagig après la crise d’Oka, en 1990.
La crise d’Oka est quelque chose que je n’oublierai jamais. Elle était partout aux nouvelles. J’avais environ 24 ans et c’est probablement à cette époque que je suis devenue militante pour la justice sociale.
Je me souviens d’avoir été assise dans le salon de mes parents, devant leur gros téléviseur, à regarder les nouvelles. J’ai commencé à pleurer et j’ai dit à ma mère que j’allais à Oka, au Québec. Mon père est entré dans la pièce et m’a dit :
« Tu ne devrais pas y aller. C’est très dangereux. Tu pourrais te faire tuer. »
Je lui ai répondu :
« Toi, tu peux y aller. Tu es le chef et ils essaient d’affamer notre peuple en empêchant la nourriture d’entrer dans la réserve. »
Mon père a pris le téléphone et a appelé les membres de son conseil pour leur dire de partir le plus rapidement possible. Les gens de Big Cove, aujourd’hui connu sous le nom d’Elsipogtog, se sont rassemblés pour préparer de la nourriture et d’autres produits essentiels destinés aux gens d’Oka.
Plusieurs voitures chargées de provisions ont pris la route. J’ai entendu raconter que, lorsqu’elles sont arrivées aux barricades pour entrer dans la réserve, des armes ont été pointées vers certaines personnes.
Après la levée des barricades à Oka, une rencontre a eu lieu à Ottawa. Mon père y a prononcé un discours. Par la suite, quelqu’un s’est approché de lui et lui a remis une vieille ceinture de paix perlée.
Je n’avais vu cette ceinture qu’une seule fois auparavant, jusqu’au jour où il me l’a transmise pendant les manifestations contre le gaz de schiste, en 2013.
Cette ceinture de paix unit les Migmag et les Kanien’kehá:ka. Elle représente un traité de paix et d’amitié entre les deux nations. On avait dit à mon père qu’elle avait plus de 400 ans.
La ceinture porte trois croix, qui ont chacune une signification particulière pour les Migmag. La première représente le Créateur, la deuxième le conseil des sages et la troisième les provisions.
Comme la plupart des gens le savent, les traités sont des traités de paix et d’amitié, mais ils reconnaissent également six droits fondamentaux aux bénéficiaires autochtones. L’un de ces droits concerne l’économie et le droit de commercer.
Comme le disait mon père :
« Le droit d’un Indien de se déplacer où il veut et de commercer au meilleur prix qu’il peut obtenir est aussi ancien que les saisons, aussi naturel que le vent et aussi certain que le lever du soleil. »
Aujourd’hui, lorsque j’entends parler de nos pêcheurs qui sont harcelés et à qui l’on dit qu’ils ne peuvent pas échanger, troquer ou vendre ce qu’ils pêchent, cela peut sembler difficile à comprendre.
Je comprends que nous avons des pêches commerciales, comme les pêcheurs non autochtones. Mais la pêche alimentaire correspond à notre droit de nous nourrir.
Certains Autochtones ne mangent pas de poisson, que ce soit pour des raisons médicales ou simplement parce qu’ils n’aiment pas cela. Ils ont néanmoins besoin d’autres aliments pour vivre. Beaucoup ne veulent pas participer à une pêche commerciale: la pêche commerciale est une activité économique, pas une pêche destinée à se nourrir.
La pêche alimentaire peut servir à échanger, à troquer ou à vendre du poisson, mais la conservation doit demeurer prioritaire et le partage des retombées économiques doit aussi être pris en considération. Échanger, troquer ou vendre du poisson afin de se procurer de la nourriture n’a rien de nouveau pour les Migmag. Limiter cette possibilité revient à limiter notre droit à l’alimentation.
Pour les Migmag, pêcher pour se nourrir revient un peu à aller à l’épicerie. Ils connaissaient chaque rivière du Migmagig.
L’une de nos légendes raconte que le Migmagig est la demeure de la fille aînée de notre Créateur et que, si l’on suit le littoral du Migmagig, on peut voir sa silhouette.
Cette histoire m’a toujours émerveillée.
