L’aide médicale à mourir : un droit
- Partager
Parole d’Acadien est une tribune libre de Jean-Marie Nadeau. L’opinion qu’il y exprime n’engage que lui et ne reflète pas nécessairement les points de vue ou les positions du Moniteur Acadien ou de ses rédacteurs. La publication de Parole d’Acadien ne constitue pas une approbation implicite des propos que tient son auteur.
Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
Notre archevêque de Moncton, imbu de son conservatisme religieux et moral, a décidé de se lancer dans une grande campagne afin d’éliminer l’aide médicale à mourir (AMM), pourtant devenu un droit au Canada depuis 2016. Un service religieux a déjà été refusé à un monsieur d’Acadieville qui avait choisi de mourir par l’aide médicale à mourir.
S’il n’y avait qu’une seule certitude dans la vie, c’est bel et bien l’évidence que nous allons tous mourir, que l’on soit riche ou pauvre. Face à la mort, nous sommes tous égaux. La mort fait donc partie de la vie.
Le gouvernement québécois, sous la gouvernance de la ministre Hivon, est probablement l’instance politique qui a le plus étudié en profondeur tous les arguments sur cette question. L’archevêque de Moncton devrait peut-être réviser ce que la population et les experts du Québec ont élaboré sur le sujet.
Il est à se demander si l’archevêque a déjà rencontré une personne faisant appel à l’aide médicale à mourir. Il aurait pu rencontrer mon oncle, ma tante ou certains de mes amis qui ont choisi cette avenue. Face à la souffrance insoutenable, ces individus ne voyaient plus à court terme d’autres façons d’aborder la mort.
Il est à se demander si les tenants chrétiens contre l’aide médicale à mourir ne justifient pas leur décision comme quoi leur Dieu permet cette souffrance pour que les individus expient leurs péchés faits en ce bas monde.
La plupart des personnes n’ont pas peur de la mort, nonobstant les inconnus l’entourant. Mais tous et toutes craignent plus la souffrance pouvant précéder cette mort. Même si les croyants reconnaissent qu’il y a un paradis, ce qu’ils redoutent le plus c’est le chemin pour y arriver. Mon oncle et ma tante, parfaits chrétiens et catholiques pratiquants, ont cru à ce paradis jusqu’au dernier moment de demander l’aide médicale à mourir. Si le paradis existe, les deux y sont actuellement.
Les monothéistes, ceux qui croient qu’il n’y a qu’un seul Dieu, disent que Dieu décide de tout. Il aurait donc accepté que les tristes humains se dotent de l’aide médicale à mourir pour régler leur sort individuel. Mais le pape Léon XIV, que j’aime beaucoup, est probablement contre cette aide médicale à mourir. Pourtant, l’aide médicale pour mourir est souvent un moment de haute spiritualité, de grande poésie.
Par ailleurs, ce merveilleux pape a rabroué fortement Donald Trump (lui qui s’est pris pour Jésus) qui prétendait que le message évangélique prônait la tenue des guerres qui tuent à satiété les enfants, les femmes et les hommes. Ça rassure de savoir que le Dieu unique ne décide pas les guerres .Mgr Desrochers auraient pu choisir d’accompagner le pape dans sa croisade contre les guerres, au lieu de créer cette polémique autour de l’aide médicale à mourir, qui fait partie de nos mœurs.
Le péché et la souffrance sont trop présents dans le discours chrétien. C’est comme si le monde et la vie n'étaient remplis que de vices et de douleur. Je ne crois pas à cette dualité. La vie est belle, pleine d’entraide, de solidarités et de festivités. Il y a tout de même beaucoup d’amour dans la vie. J’admire ceux et celles qui choisissent l’aide médicale à mourir pour terminer leur vie en beauté, dans la dignité.
Si ma vie m’amène à la fin de faire appel à l’aide médicale à mourir, je le ferai. Et n’en déplaise à Mgr Desrochers, j’aimerais avoir une célébration de la vie au salon funéraire de Moncton, et un service religieux dans mon église paroissiale Saint-Thomas-d’Aquin de Lac-Baker, pour y reposer éternellement dans le cimetière du village. Heureusement, Mgr Desrochers n’est pas évêque au Madawaska!
