Chroniques
15 Octobre 2024
RÉFLEXIONS SUR LA DÉMOCRATIE EN MOUVEMENT
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Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
Une période électorale est toujours une période effervescente pour la démocratie. Nous pouvons parler de démocratie en mouvement. Mais il y a un gros problème, c’est que seulement 60 à 70% de la population vont aller voter. Chez les jeunes, c’est moins de 50%. Ça augure mal pour l’avenir même de la démocratie.
Il est déplorable que certaines circonscriptions votent toujours du même bord, comme la circonscription de Shédiac-Cap-Acadie qui a toujours voté libéral depuis la confédération de 1867. Il est sain que des circonscriptions comme Tracadie, Restigouche-Est ou encore les circonscriptions du Madawaska fassent du magasinage politique, en alternant au moins de bleu à rouge. Nous devons nous réjouir que Kent-Nord ait voté vert depuis deux élections. D’ailleurs, il faut souhaiter que Kevin Arseneau puisse conserver son siège : il est définitivement un des meilleurs députés provinciaux dans l’histoire de l’Acadie.
Le désengagement électoral des jeunes constitue une menace pour l’avenir démocratique pour notre province et notre pays. Il est incompréhensible que l’état de la province ne les interpelle pas plus que ça. Il est désespérant de constater que les partis politiques soient incapables de susciter de l’intérêt auprès de cette clientèle. Le volet environnemental du Parti vert en a interpellé quelques-uns, mais ça reste modeste.
Il faut sérieusement se questionner à savoir si ce n’est pas notre système électoral actuel qui fait défaut. Le bipartisme n’offre peut-être pas assez d’alternatives idéologiques et politiques pour intéresser la population, y compris la jeunesse. En Europe par exemple, le multipartisme offre un éventail élargi d’idées politiques qui finissent par rejoindre presque tous les électeurs.
Presque tous les pays européens ont des gouvernements de cohabitation. Ça implique, par exemple, que plusieurs députés d’allégeances politiques variées se retrouvent ministres. Ici au Canada, même au Nouveau-Brunswick, ce que l’on peut avoir le plus près comme modèle politique semblable, sont des gouvernements de coalition.
Nous avons ici des situations de balance du pouvoir. De façon ponctuelle, un tiers parti accorde au parti majoritaire son appui soit à la pièce, ou suite à une entente de coalition. C’est ce que nous avons vécu ces dernières années avec le Parti libéral et le Parti néo-démocrate sur le plan fédéral. C’est ce qui pourrait arriver ici, si le Parti vert avait suffisamment de sièges en balance du pouvoir. Il pourrait signer une entente avec le Parti libéral afin d’assurer une co-gouvernance. Il n’est pas envisageable que le Parti vert puisse éventuellement avoir une telle entente avec le Parti conservateur.
Mais de telles mouvances politiques seraient facilitées si l’on avait un nouveau mode électoral, qui permettrait l’éclosion d’une multiplicité de partis politiques alternatifs. Les modèles français (élections uninominales à deux tours) et allemand (uninominal et proportionnel à un tour) pourraient être envisagés. Avec un tel modèle ici, le Parti vert serait garanti de cinq à six députés en allant chercher de 10 à 15% du vote. Ça nous permettrait d’avoir une assemblée législative plus représentative de la population du Nouveau-Brunswick.
Opérer de tels changements politiques, à l’intérieur de notre système politique actuel, sera très difficile. Trudeau l’avait promis sur le plan fédéral, mais rien n’a bougé de ce côté. Il y a eu des tentatives semblables au niveau provincial: il y a même eu une commission d’étude sur la question, sans suite.
Il y a plein de gens qui, dans de nombreux pays, se battent jusqu’à la mort pour accéder à la démocratie. Quant à nous, nous prenons la démocratie comme étant acquise, sans effort à faire. D’un autre côté, il y a plein d’Américains, nos voisins, qui craignent qu’un retour de Trump à la présidence constitue une menace pour la démocratie américaine. Trump est tellement admiratif face à quelques dictatures comme celles de la Russie et la Corée du Nord. Cette crainte de voir la démocratie réduite aux États-Unis est justifiée.
La démocratie n’est pas en danger ni remise en question lors de nos élections provinciales actuelles. Il est à souhaiter que, vu qu’il y a vraiment deux propositions de gouvernement très marquées lors de cette élection, un maximum de citoyens aillent voter. Plus que jamais, suivons la consigne qui dit que peu importe la personne ou le parti pour qui vous voterez, l'important c’est de voter.
jmlacadie1@gmail.com
Une période électorale est toujours une période effervescente pour la démocratie. Nous pouvons parler de démocratie en mouvement. Mais il y a un gros problème, c’est que seulement 60 à 70% de la population vont aller voter. Chez les jeunes, c’est moins de 50%. Ça augure mal pour l’avenir même de la démocratie.
Il est déplorable que certaines circonscriptions votent toujours du même bord, comme la circonscription de Shédiac-Cap-Acadie qui a toujours voté libéral depuis la confédération de 1867. Il est sain que des circonscriptions comme Tracadie, Restigouche-Est ou encore les circonscriptions du Madawaska fassent du magasinage politique, en alternant au moins de bleu à rouge. Nous devons nous réjouir que Kent-Nord ait voté vert depuis deux élections. D’ailleurs, il faut souhaiter que Kevin Arseneau puisse conserver son siège : il est définitivement un des meilleurs députés provinciaux dans l’histoire de l’Acadie.
Le désengagement électoral des jeunes constitue une menace pour l’avenir démocratique pour notre province et notre pays. Il est incompréhensible que l’état de la province ne les interpelle pas plus que ça. Il est désespérant de constater que les partis politiques soient incapables de susciter de l’intérêt auprès de cette clientèle. Le volet environnemental du Parti vert en a interpellé quelques-uns, mais ça reste modeste.
Il faut sérieusement se questionner à savoir si ce n’est pas notre système électoral actuel qui fait défaut. Le bipartisme n’offre peut-être pas assez d’alternatives idéologiques et politiques pour intéresser la population, y compris la jeunesse. En Europe par exemple, le multipartisme offre un éventail élargi d’idées politiques qui finissent par rejoindre presque tous les électeurs.
Presque tous les pays européens ont des gouvernements de cohabitation. Ça implique, par exemple, que plusieurs députés d’allégeances politiques variées se retrouvent ministres. Ici au Canada, même au Nouveau-Brunswick, ce que l’on peut avoir le plus près comme modèle politique semblable, sont des gouvernements de coalition.
Nous avons ici des situations de balance du pouvoir. De façon ponctuelle, un tiers parti accorde au parti majoritaire son appui soit à la pièce, ou suite à une entente de coalition. C’est ce que nous avons vécu ces dernières années avec le Parti libéral et le Parti néo-démocrate sur le plan fédéral. C’est ce qui pourrait arriver ici, si le Parti vert avait suffisamment de sièges en balance du pouvoir. Il pourrait signer une entente avec le Parti libéral afin d’assurer une co-gouvernance. Il n’est pas envisageable que le Parti vert puisse éventuellement avoir une telle entente avec le Parti conservateur.
Mais de telles mouvances politiques seraient facilitées si l’on avait un nouveau mode électoral, qui permettrait l’éclosion d’une multiplicité de partis politiques alternatifs. Les modèles français (élections uninominales à deux tours) et allemand (uninominal et proportionnel à un tour) pourraient être envisagés. Avec un tel modèle ici, le Parti vert serait garanti de cinq à six députés en allant chercher de 10 à 15% du vote. Ça nous permettrait d’avoir une assemblée législative plus représentative de la population du Nouveau-Brunswick.
Opérer de tels changements politiques, à l’intérieur de notre système politique actuel, sera très difficile. Trudeau l’avait promis sur le plan fédéral, mais rien n’a bougé de ce côté. Il y a eu des tentatives semblables au niveau provincial: il y a même eu une commission d’étude sur la question, sans suite.
Il y a plein de gens qui, dans de nombreux pays, se battent jusqu’à la mort pour accéder à la démocratie. Quant à nous, nous prenons la démocratie comme étant acquise, sans effort à faire. D’un autre côté, il y a plein d’Américains, nos voisins, qui craignent qu’un retour de Trump à la présidence constitue une menace pour la démocratie américaine. Trump est tellement admiratif face à quelques dictatures comme celles de la Russie et la Corée du Nord. Cette crainte de voir la démocratie réduite aux États-Unis est justifiée.
La démocratie n’est pas en danger ni remise en question lors de nos élections provinciales actuelles. Il est à souhaiter que, vu qu’il y a vraiment deux propositions de gouvernement très marquées lors de cette élection, un maximum de citoyens aillent voter. Plus que jamais, suivons la consigne qui dit que peu importe la personne ou le parti pour qui vous voterez, l'important c’est de voter.
