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12 Novembre 2024
LES ÉLUS DE MEMRAMCOOK REJETTENT UNE DEMANDE DE REZONAGE QUI FAISAIT POLÉMIQUE
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Mardi 5 novembre, lors d’une réunion extraordinaire, le conseil municipal de Memramcook a statué sur une demande de rezonage qui avait suscité une vive réprobation parmi les citoyens. Au grand soulagement des riverains d’une carrière en préparation rue Principale, la demande a été rejetée.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Il y avait un peu moins de participants qu’au cours de la précédente réunion ordinaire qui fut longue et parfois houleuse (notre édition du 23 octobre dernier), mais la salle était encore pleine.

Le public a ovationné debout les élus lorsqu’ils ont unanimement rejeté la demande. (Photo : Damien Dauphin)
Muni d’une pancarte, un citoyen avait prévu de manifester son mécontentement pour le cas où les conseillers avaient procédé aux deux premières lectures de l’arrêté n0 38-25Z modifiant l’arrêté adoptant le plan rural du village de Memramcook.
Compte tenu de la sensibilité du sujet et reconnaissant qu’il s’aventurait sur un terrain glissant, le maire Maxime Bourgeois a pris de nombreuses précautions pour s’assurer que la séance ne dérape pas.

Cet homme était prêt à manifester son mécontentement si les conseillers avaient procédé aux deux premières lectures de l’arrêté municipal. Il n’a pas eu à brandir sa pancarte. (Photo : Damien Dauphin)
D’emblée, l’édile a prévenu le public que si le conseil procédait aux deux premières lectures, il y en aurait une troisième leur ouvrant la possibilité de soulever des objections.
Comme lors de la précédente réunion, le conseiller Brian Cormier a déclaré un conflit d’intérêts et s’est retiré pour la durée de l’examen de la question en suspens. Il avait déposé la demande de modification du zonage pour le compte de la société Pulse Excavating.
Lorsqu’ils ont commencé leur projet, les propriétaires ont cru pouvoir exploiter une carrière sans demander le rezonage du terrain qu’ils venaient d’acheter. C’est la raison pour laquelle il y eut, au cours du premier semestre, de nombreuses allées et venues de camions qui ont alerté les voisins immédiats de l’endroit.
«Nous n’étions pas à jour sur les règles», s’est excusé l’un des copropriétaires, Justin Doiron.
L’entreprise et la CSR sur le grill
Son associé, Rino Savoie, a plaidé sa cause devant les élus. Il a comparé son projet avec une autre carrière qui, à Memramcook, a 13 voisins, tandis que la sienne n’en a qu’un seul.
«Je ne crois pas que les plaintes des citoyens devraient influer dans vos décisions. Si vous décidez de rejeter la demande de rezonage, j’aimerais que vous me donniez une raison valable», a-t-il interjeté à titre liminaire.
Tous les membres du conseil municipal lui ont posé de nombreuses questions techniques et plusieurs scénarios ont été évoqués en ce qui a trait à l’atténuation des nuisances et leur impact sur la vie des citoyens. Parmi celles-ci il y a le bruit, la poussière et la pollution, l’impact sur le trafic et la sécurité du public, sans oublier l’inesthétisme de l’environnement.
La conseillère Mariane Cullen a également mis sur la sellette l’urbaniste représentant la Commission de services régionaux (CSR) Sud-Est, Philippe Robichaud, qui avait appuyé le projet de Pulse Excavating.
Elle a d’abord évoqué le défaut d’étude d’impact environnementale. Présumant que la CSR avait reçu des plaintes pendant plusieurs mois, elle lui a demandé pourquoi rien n’avait été fait pour arrêter des travaux entamés avant l’obtention des permis.
«A chaque fois qu’on a un processus de rezonage, on dit aux élus municipaux qui sont ici comme à ceux qui étaient là avant de se fier aux experts de la Commission de services régionaux. Pourquoi les travaux ont-ils continué?», lui a-t-elle demandé sous les applaudissements du public.
La vocation rurale et agrotouristique de Memramcook excipée
Mme Cullen a toutefois a toutefois dédouané la CSR en disant qu’elle devait être surchargée de de dossiers à traiter. Elle a aussi souhaité élargir le rayon d’information des citoyens concernés par des projets de nature analogue.
«Peu importe ce qui arrive ce soir, j’aimerais qu’avant une prochaine demande de rezonage on révise nos critères pour informer nos citoyens quand il y a de tels projets.»
Les réponses de l’entrepreneur et les observations de l’urbaniste n’ont pas convaincu les élus d’aller de l’avant avec la demande. À tour de rôle, ils ont exposé les motifs de leur refus unanime. Le maire suppléant, Normand Dupuis, s’est appuyé sur la vocation rurale et agrotouristique du village.
«C’est un dossier très chaud, un des plus complexes que les membres du conseil ont eu à étudier, a dit Maxime Bourgeois. Je pense que notre plan rural est désuet, on doit le réviser si on veut développer un couloir agrotouristique.»
Des citoyens émus et soulagés
Durant toute la séance, le maire a fait preuve de tact et de prudence. Anticipant un éventuel rejet, il avait invité Pulse Excavating à ne pas fermer la porte à un autre projet sur le territoire de Memramcook. Déçu, le propriétaire de l’entreprise a dit qu’il irait investir ailleurs.
Les citoyens se sont levés pour applaudir leurs élus. Certaines personnes présentes ont pleuré de joie et de soulagement.
«C’est vraiment la communauté qui s’était levée pour être avec nous, a dit Patrick Goguen après le vote. Je ne peux pas remercier assez les conseillers d’avoir représenté la communauté d’une si belle façon.»
Son épouse Natalie s’est déclarée émue de voir les conseillers prendre le parti des citoyens.
«Ce sont de bons conseillers. Je n’en dormais plus depuis deux semaines. Je pensais que j’allais être obligée de vendre. Je vais pouvoir dormir et rester chez nous. Memramcook est une place d’agrotourisme. C’est une belle vallée. Continuons de promouvoir ça», a-t-elle réagi à chaud.
Tirant une leçon de cet épisode, Maxime Bourgeois a lancé un message à l’adresse d’éventuels investisseurs. Il les a encouragés à contacter le conseil municipal avant d’entreprendre quoi que ce soit.
