La fête nationale française célébrée à Memramcook sous le signe de la francophonie
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Le consulat général de France dans les Provinces atlantiques a choisi le Monument-Lefebvre, à Memramcook, pour célébrer la fête nationale française. Au fil des allocutions, les intervenants ont souligné l'importance des liens historiques entre la France et l'Acadie, ainsi que le rôle central de la langue française dans un contexte international en pleine mutation.
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien – IJL
«Notre village porte le surnom du berceau de l'Acadie car c'est ici que les Acadiens, survivant au grand dérangement, ont commencé la reconstruction nationale avec ce rêve un peu fou de continuer à vivre en français en Amérique du Nord», a souligné le maire de Memramcook, Maxime O. Bourgeois.
La décentralisation de la réception sur la pelouse de l’emblématique Monument-Lefebvre ne devait rien au hasard. C’est là qu’en 1881 s’est tenue la première Convention nationale qui marquait le début de la Renaissance acadienne.
«Memramcook demeure, 145 ans plus tard, le symbole vivant de ce renouveau acadien dont nous soulignions l'héritage aujourd'hui en présence de nos amis français», soutient Émile Gallant, président de la Société Nationale de l’Acadie.
Les liens historiques entre l’Acadie et la France ont survécu à la Déportation, aux guerres et aux aléas des siècles. La présence de la langue française sur la côte atlantique du Canada peut encore sembler relever du miracle pour certains Français qui croient, a priori, qu’elle ne s’est maintenue qu’au Québec.
Son honneur Louise Imbeault, lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick, a raconté qu’un membre de la délégation française aux récents Jeux de l’Acadie dans le Nord-Ouest l’avait remerciée d’avoir conservé la langue de ses ancêtres.
«J'ai été touchée parce que ce n'est pas à moi vraiment qu'il s'adressait, mais à toute l'Acadie, au peuple acadien, à toutes les générations qui sont demeurées fidèles à leur langue, à leur culture, à la France», a convenu la représentante de la Couronne dans la province. «En conservant sa langue en Amérique du Nord, l'Acadie témoigne non seulement de son histoire, mais aussi de son attachement indéfectible à ses origines et s'inscrit comme partenaire de la francophonie aujourd'hui en 2026.»
Robert Gauvin, ministre responsable de la Francophonie, s’est exprimé spontanément sans lire la moindre note. Avec humour, il a prétendu que c’était parce qu’il ne savait pas lire. Néanmoins, le propos était sérieux. Il a insisté sur le fait que la langue française devait occuper une place toujours plus importante dans la vie des Néo-Brunswickois.
«Vous connaissez toute la situation géopolitique mondiale actuelle. C'est très important, dans le contexte actuel que l'on vit, de reconnaître ses amis, de reconnaître ses alliés, mais plus que ça, de les apprécier et de leur dire qu'on les apprécie. Et votre présence aujourd'hui témoigne de cette appréciation, de l'amitié, de l'amour et du respect qu'on a envers les deux nations.»
La fête d’une liberté qu’il faut toujours défendre
Le consul général de France, Bertrand Cahuet, a livré une allocution originale, entrecoupée d'extraits du dernier album de Lina Boudreau, originaire de Memramcook. «Être consul général de France dans les provinces atlantiques est un privilège que je ne prends pas un seul jour pour acquis. J'ai souvent l'impression, en sillonnant ces provinces, de tenir entre les mains un roman dont chaque chapitre vaut la peine d'être lu lentement. Et à chaque fois, je mesure la chance extraordinaire qu'est la mienne de rencontrer de nouveaux partenaires et de nouvelles communautés là où la route me mène.»
Comme annoncé l’an dernier à pareille date, le poste consulaire a repris la délivrance des titres de voyage. La communauté française, en particulier celle du sud-est, réclamait depuis longtemps le retour de ce service administratif de proximité qui se révèle être un succès.
Le territoire de couverture du consulat a également accueilli plus d’escales de navires français que jamais auparavant. La présence de l’équipage de la goélette La Belle Poule, qui était au mouillage à Halifax, donnait un relief particulier à cette affirmation.
«Ce n'est pas simplement la fête de la France, c'est la fête de la liberté, une liberté arrachée, une liberté construite, une liberté sans cesse à défendre», a rappelé le consul général alors que le monde affronte des tempêtes.
«Les tensions internationales, les crises, les remises en question de nos certitudes collectives, tout cela nous rappelle que rien n'est acquis, ni la paix, ni la coopération, ni même la place de la langue française dans l'espace public», a-t-il dit en faisant écho aux propos tenus par les précédents intervenants.
La réception s'est déroulée sous un ciel finalement clément, malgré des prévisions météorologiques peu encourageantes. Quant à la demi-finale de la Coupe du monde remportée quelques heures plus tard par l'Espagne face à la France, elle n'a en rien entamé la convivialité de cette célébration.
