L’Odyssée acadienne honore l’accueil des Mi’kmaq
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Dressé au pied du plus grand drapeau acadien du monde, le vingtième monument de l'Odyssée acadienne ne célèbre pas seulement la mémoire d'un peuple déporté. Inauguré dimanche 26 juillet à Saint-Louis-de-Kent, il rend également hommage aux Mi'kmaq qui ont accueilli les Acadiens après leur exil et rappelle que, partout dans le monde, des millions de personnes vivent encore aujourd'hui l'expérience du déracinement.
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien – IJL
La Déportation des Acadiens est à la fois lointaine et si proche de nous. Dix générations seulement nous séparent des hommes et des femmes qui ont été expulsés de leurs terres en 1755.
Selon Isabelle Thériault, ministre du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture, le drame humain qui s’est joué il y a 271 ans a eu l’effet d’une force fondatrice sur le peuple acadien. «Encore aujourd'hui, en 2026, on a des réflexes de survivance, des instincts de protection de notre patrimoine, de notre culture, de notre langue.»
Pour le sénateur René Cormier, il ne s’agit pas de ressasser éternellement les blessures du passé, mais de rendre justice aux ancêtres qui ont souffert tout en célébrant leur courage devant l’adversité, leur volonté de survivre, de se retrouver et de reconstruire. Selon lui, les tragédies contemporaines sont le miroir de celles qu’ont vécues les Acadiens expulsés de chez eux au mitan du dix-huitième siècle.
«Cette mémoire prend aujourd'hui une dimension universelle, car vous le savez, partout dans le monde, des millions de femmes, d'hommes et d'enfants sont encore contraints de quitter leur foyer. Les guerres, les persécutions, les bouleversements économiques, politiques et les crises climatiques poussent des populations entières sur le chemin de l'exil.»
Le sénateur estime que l’histoire du peuple acadien lui confère une responsabilité particulière envers les populations qui connaissent aujourd'hui le déracinement et l'éloignement.
Joshua Martin, qui a succédé à Carol Bernard à la coprésidence du comité, prend une photo devant le public. Au second plan, les dignitaires. (Photo : Damien Dauphin)
« Nous vous attendions »
Les premiers colons acadiens étaient eux-mêmes des migrants venus de France en quête d’une vie meilleure dans le Nouveau Monde. Les peuples autochtones ne les ont pas rejetés mais les ont accueillis, jetant les bases d’une alliance séculaire qui prend aujourd’hui une résonance particulière.
«Les Mi'kmaq les prirent sous leur aile, veillant à ce qu'ils soient nourris, soignés et vêtus. Ils commencèrent alors à tisser des liens profonds et solides avec eux, afin de leur permettre de survivre dans ce nouveau monde », rappelle l’aîné Noel Millier, de la Première Nation d’Elsipogtog. « Les Acadiens apprirent à pêcher, à chasser, à ramasser du bois de chauffage, à construire des maisons, en utilisant les ressources locales. Autant de savoir-faire que les Mi'kmaq leur enseignèrent pour assurer leur subsistance.»
Aujourd’hui, c’est avec reconnaissance que la Commission de l’Odyssée acadienne a fait graver sur le marbre, pour la première fois, une inscription en langue mi’kmaq – « Esgemalnegep » – qui rappelle cet accueil et qui signifie: «nous vous attendions».
Cette inscription souligne le lien qui unit les Mi’kmaq et les Acadiens. Il s’agit d’une première sur un monument de l’Odyssée acadienne. (Photo : Damien Dauphin)
Son inauguration est l’aboutissement d’un projet de trois ans qui a rassemblé avec passion la communauté de Beaurivage autour d’un objectif commun. La maire, Danielle Dugas, a fait observer que le site n’était pas terminé et qu’il restait des travaux d’aménagement à réaliser. La municipalité ne voulait toutefois pas attendre une année de plus avant de partager le projet avec le public, invité à revenir au cours des prochains mois pour en suivre l’évolution. Un centre d’accueil et d’interprétation sera ouvert.
«C'est un projet dont nous avions besoin depuis longtemps, soutient Danielle Dugas. Nous avons une histoire riche, un patrimoine exceptionnel et une culture dont nous sommes très fiers. Ce centre nous permettra de mieux accueillir les visiteurs et surtout de leur faire découvrir ce qui fait la richesse de notre communauté.»
Une histoire qui continue de s’écrire
Une communauté vivante, vibrante, moderne, créatrice et ambitieuse : telle est l’Acadie d’aujourd’hui. Les différentes personnalités qui ont pris la parole, au rang desquelles la lieutenante-gouverneure Louise Imbeault, le député de Beauséjour, Dominic LeBlanc, l’attaché de coopération et d’action culturelle du consulat général de France, Denis Quenelle, le président de la SNA, Émile Gallant, la sénatrice Rose-May Poirier, le député de Kent-Nord, Pat Finnigan, et le vice-président de la SANB, Antoine David, l’ont exprimé à tour de rôle, chacun à sa manière.
René Cormier a formulé cette idée avec une force particulière : un peuple ne peut se satisfaire éternellement d'être reconnu uniquement dans les discours, dans les symboles et dans les célébrations de sa fête nationale le 15 août. Il doit être pleinement reconnu dans les institutions qui déterminent son avenir, et dans la vie quotidienne de toutes les personnes qui sont éprises de cette culture francophone et qui ont pour la langue française un amour incommensurable.
«L’histoire acadienne ne se résume pas à la Déportation, affirme-t-il avec conviction. L'Acadie n'est pas uniquement l'histoire de ce qu'elle a subi, elle est surtout l'histoire de ce qu'elle a choisi de devenir.»
«J'espère que ce monument sera pour longtemps et pour plusieurs générations une source d'inspiration, d'énergie et de force pour continuer à écrire l'histoire de l'Acadie», lui fit écho la ministre Isabelle Thériault.
Car ce monument ne raconte pas seulement l'histoire des Acadiens; il raconte aussi celle des Mi’kmaq qui les ont accueillis et de l’amitié née entre les deux peuples. Il est un cri de terre pour tous ceux et celles qui, aujourd'hui encore, vivent l'exil et espèrent trouver un havre de paix.
UN MONUMENT EN NOUVELLE-ANGLETERRE ?
Jean J. Gaudet, président de la Commission de l’Odyssée acadienne, annonce que d’autres monuments s’en viennent: à Sainte-Anne des Pays-Bas (Fredericton), à l'occasion du 50e anniversaire du Centre communautaire et scolaire Sainte-Anne en 2028; un autre à Chéticamp (Nouvelle-Écosse), et éventuellement à Bonaventure en Gaspésie.
Afin que l'Odyssée acadienne continue de s'écrire, des rives du Kent jusqu'aux communautés de la diaspora, il aimerait en voir un être érigé aux États-Unis. «Peut-être que la société L'Assomption, fondée à Waltham en 1904, pourrait célébrer son 125e anniversaire par l'établissement de monuments de l'Odyssée en Nouvelle-Angleterre. Si vous avez chance de donner un coup de pouce pour ce projet, ne vous gênez pas.»
