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23 Octobre 2024
UN PROJET DE REZONAGE SUSCITE UNE GROGNE CITOYENNE À MEMRAMCOOK
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À Memramcook, une entreprise a sollicité un rezonage pour installer une carrière de grès à proximité d’habitations et d’entreprises agrotouristiques. Mardi 15 octobre, la réunion ordinaire du conseil municipal a pris une tournure émotive, tant parmi les élus que les citoyens.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Présentée par l’entreprise Pulse Excavating, la demande de rezonage du terrain adjacent au 125, rue Principale, avait été soumise par le conseiller Brian Cormier. Ce dernier a déclaré un conflit d’intérêts et s’est absenté des délibérations qui ont duré quatre heures.

Pendant environ 1h30, la greffière Monique Bourque a lu des dizaines de lettres écrites en opposition à la demande de rezonage. (Photo : Damien Dauphin)
Environ soixante personnes ont assisté à la réunion. Parmi les citoyens, se trouvaient deux des trois candidats aux élections provinciales. Natacha Vautour et Jacques Giguère résident en effet à Memramcook. La salle était pleine à craquer et toutes les places assises étaient occupées. Certaines personnes ont suivi la séance debout ou se sont assisses dans le couloir.

L’urbaniste Philippe Robichaud, au premier plan à droite. Derrière lui, la candidate libérale Natacha Vautour et, tout au fond, le candidat vert Jacques Giguère. Tous deux ont soutenu le public présent. (Photo : Damien Dauphin)
«La confiance avec vos citoyens a été ébranlée», a déclaré Leanne Robertson. Elle n’était pas la seule à interpeller le conseil municipal sur un projet controversé qui lui semble menacer la quiétude et l’intégrité de la « belle vallée ».
Les gens présents ont dénoncé le fait que l’entreprise avait commencé les travaux avant même que la demande de rezonage ne soit déposée ou fasse l’objet d’un examen public. «Ça nous a bouleversés, car nous faisons confiance au conseil. On veut que le conseil soit avec nous et qu’il soutienne la communauté, pas qu’il soit contre nous», a déclaré Natalie Goguen, qui réside au 125 rue Principale.

La maison de Patrick et Natalie Goguen est située à moins de 20 mètres du chemin qui conduit à la carrière de grès. (Photo : Damien Dauphin)
Directement affectée par les travaux du fait de la proximité immédiate de son domicile, elle les a documentés. Vidéos et photos à l’appui, la naturopathe, qui exerce sa profession chez elle, a raconté son calvaire.
Elle a dénoncé un va-et-vient de cinq camions toutes les 15 minutes, soit de 100 à 150 camions par jour, entre février et mai derniers. Selon ses dires, les camions faisaient « un bruit insupportable » et les murs de sa maison été ébranlés.

Le Moniteur Acadien a constaté qu’au sommet du chemin qui mène à la carrière, la dénivellation est plus proche de 6% que des 3% officiellement déclarés. (Photo : Damien Dauphin)
Avant que des membres du public ne prennent la parole, la greffière municipale, Monique Bourque, a donné lecture de toutes les correspondances qu’elle avait reçues sur cette affaire. Pendant une heure et demi, la vaillante fonctionnaire a lu des dizaines de pages écrites en opposition au projet de rezonage.

Le Moniteur Acadien a constaté que le site avait été considérablement ratiboisé. (Photo : Damien Dauphin)
Les intervenants ont fait état de leurs nombreuses préoccupations concernant le bruit, la poussière et la circulation. Ils ont aussi évoqué l’impact de ces désagréments sur la qualité de vie, la santé, les ressources en eau, la faune, le caractère rural de la région, l'agrotourisme et la valeur immobilière de leurs propriétés. À la fin de chaque lettre, les spectateurs manifestaient leur approbation par des applaudissements.

Il y a des sources d’eau à proximité du site, comme cet étang qui fait face à la maison des Goguen et qui jouxte le vignoble Crow and Vine. D’après certaines personnes, la qualité de l’eau est déjà alterée. (Photo : Damien Dauphin)
Un plan rural ancien contre un plan stratégique plus récent
Les citoyens ont contesté les conclusions des employés de la CSR Sud-Est (Plan 360). Ces fonctionnaires ont suggéré au conseil municipal de Memramcook de donner leur accord pour la carrière, sous certaines conditions. Selon eux, les avantages économiques du projet, tels que la création d'emplois et l'approvisionnement en matériaux de construction locaux, l'emportent sur les nuisances comme le bruit, la poussière et le trafic, déjà présents à cause d'autres carrières dans la région. Ils jugent que des mesures, comme la construction d'une berme et l'asphaltage d'une route, peuvent atténuer ces désagréments.
Philippe Robichaud, urbaniste de la CSR Sud-Est, a cependant précisé que les conclusions de son équipe reposaient principalement sur le plan rural de Memramcook datant de 2016. Selon lui, le plan stratégique du village, adopté en 2023, a été peu pris en compte. Ce dernier met pourtant l'accent sur le développement durable, la préservation du caractère rural de Memramcook et l'agrotourisme.
À cet égard, les nouveaux propriétaires de l’ancien vignoble Domaine Latitude 46, rebaptisé Crow and Vine Winery, qui fait face au terrain où la carrière est située, ont soulevé les conséquences environnementales qu’un tel projet aurait sur leur entreprise et sa production.
Étude d’impact environnemental demandée
La conseillère Mariane Cullen a trouvé étrange que le ministère de l’Environnement n’ait pas exigé une étude d’impact environnemental. Les avis du gouvernement provincial ont suscité les interrogations du conseiller Yanic Vautour et de la conseillère Carole Duguay, eux aussi favorables à la réalisation d’une telle étude d’impact.
Face aux nombreuses questions en suspens et aux préoccupations soulevées, le conseil municipal a préféré ne prendre aucune décision pour le moment. Les élus ont sollicité des précisions supplémentaires de la part de l'urbaniste Phil Robichaud. Ils souhaitent obtenir des détails sur les études d'impact environnemental qu'ils pourraient imposer à l'entreprise Pulse Excavating.
«Si le conseil a déjà son opinion et que le projet de carrière doit tomber à l’eau, je ne demanderais pas plein de choses au propriétaire, a déclaré le maire, Maxime Bourgeois. On peut attendre la prochaine réunion pour se faire un avis. Ce sera de toute façon bon pour nous d’apprendre le possible contenu d’une étude environnementale.»
Le maire répond aux critiques
Devant l’avalanche de critiques émanant d’un public qui s’est parfois laissé emporter par son émotion, l’édile a tenu à faire une mise au point.
«Nous avons suivi le processus de demande de rezonage. Soyez respectueux. On vit à une époque où la démocratie est fragile à cause de beaucoup de mauvaises allégations. Le conseil municipal travaille vraiment fort pour quasiment pas d’argent. Suggérer qu’on manque de transparence et d’intégrité, ça fesse assez fort.»
La petite phrase sur la rémunération des élus a surpris un citoyen qui l’a trouvée inappropriée. «Le maire n'aurait jamais dû dire ça. Une large portion de la population du village n'a sans doute même pas le revenu annuel d'un conseiller municipal, lequel je le rappelle n'est qu'un emploi à temps partiel. Le maire devrait reprendre ses mots et s'excuser. À l'exception de cette déclaration, je trouve qu'il a bien présidé la réunion», a dit un membre du public qui a souhaité ne pas s’identifier.
Le suivi sur le dossier se fera lors de la prochaine réunion ordinaire du conseil municipal qui aura lieu le 5 novembre.
À la une : Sous les applaudissements du public, Patrick Goguen serre dans ses bras son épouse Natalie après que celle-ci ait livré son réquisitoire contre le projet qui affecte directement leur vie et leur travail.
DES CITOYENS DIEPPOIS DIRECTEMENT CONCERNÉS
Il n’y avait pas que des gens de Memramcook qui ont assisté à cette séance longue et parfois tendue. Le Village de Memramcook débute rue Principale là où la Ville de Dieppe se termine, chemin Dover. Matthew Papineau est l’un de ces citoyens dieppois qui ont fait le déplacement pour soutenir Patrick et Natalie Goguen.
«J’étais présent pour les appuyer et je m’en tiendrai là», a-t-il fait savoir au Moniteur Acadien.
Résidant chemin Dover à moins de deux kilomètres de la carrière projetée, Julien Jans n’a pas assisté à la réunion. Il a toutefois confirmé les dires des époux Goguen.
«Si on doit avoir le même trafic de camions que lors de la rénovation du passage des marécages sur la rue Amirault avec des camions jour et nuit toutes les trois minutes, je sais que c’est impossible à vivre et on ne peut plus dormir la nuit. Les revenus de ces camions vont-ils payer pour l’installation de murs anti-bruit?», s’est-il interrogé.
M. Jans dit comprendre le développement économique, mais il pense que cela ne doit pas se faire au détriment de la qualité de vie en milieu rural ou semi-rural. Si le projet est validé malgré la contestation citoyenne, il est d’avis que les élus l’assortissent de contraintes sur la taille des camions et les horaires de passage pour préserver la quiétude des riverains a minima.
«Nous, dans la zone agricole et encore forestière de Dieppe, nous subissons déjà les motards tout l’été et les moto-cross en pleine nuit. Pour autant de bruit, cela n’en vaut la peine.»
