Ne diluons pas l'identité acadienne
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La proposition formulée par Dominic Cardy, ancien ministre, devant le Comité permanent de la Loi sur les langues officielles de l'Assemblée législative, mérite qu’on lui réponde. En suggérant d'intégrer à la Loi sur les langues officielles une référence à une identité « néo-brunswickoise », sa proposition soulève une question qui dépasse largement le simple choix des mots. À notre avis, elle est à la fois inutile et contraire à l'esprit même de la Loi sur les langues officielles.
Les Acadiens possèdent déjà une identité profondément enracinée dans leur histoire, leur culture et leur langue. Forgée au fil de plus de quatre siècles, cette identité a survécu à la Déportation, aux politiques d'assimilation et aux nombreux défis qui ont marqué son parcours. L'Acadie n'est pas une simple composante culturelle du Nouveau-Brunswick. Elle constitue un peuple historique, porteur de sa propre mémoire collective, de ses institutions, de ses traditions, de ses symboles et de sa langue. Son identité précède la création de la province elle-même et s'est affirmée au fil du temps malgré les épreuves. Elle est aujourd'hui reconnue au Canada comme à l'étranger.
Cette identité n'a pas à être redéfinie ni intégrée dans une identité provinciale plus large. Elle mérite d'être préservée et reconnue pour ce qu'elle est. L'histoire enseigne que les communautés minoritaires disparaissent rarement par une attaque frontale; elles s'effacent plus souvent par une lente dilution dans un ensemble plus vaste où leurs particularités perdent progressivement leur importance. Pour l'Acadie, préserver son identité n'est pas une question de nostalgie, mais une condition essentielle de sa continuité et de son développement.
Dans ce contexte, l'idée d'inscrire dans la Loi sur les langues officielles une référence à une identité « néo-brunswickoise » est préoccupante. Non seulement une telle démarche ne relève pas de l'objet de cette loi, mais elle risque aussi d'envoyer le message que l'identité acadienne n'est qu'une composante d'une identité provinciale commune. Or, les Acadiens ne demandent pas que leur identité soit absorbée dans un concept plus large. Ils demandent qu'elle soit pleinement reconnue et respectée dans ce qui fait sa singularité.
La Loi sur les langues officielles n'a jamais eu pour mission de définir l'identité politique ou culturelle du Nouveau-Brunswick. Sa raison d'être est claire : assurer l'égalité réelle des deux communautés de langue officielle, protéger leurs droits linguistiques et garantir que les institutions de l'État respectent cette égalité. Lui confier une mission identitaire reviendrait à détourner cette loi de son objectif fondamental.
Une identité ne se décrète pas par voie législative. Elle se construit à travers une histoire, une mémoire collective, des institutions et un sentiment d'appartenance qui se développent au fil des générations. Or, le Nouveau-Brunswick n'est pas une société homogène. Il est composé de plusieurs communautés historiques — les Acadiens, les anglophones et les Premières Nations — chacune porteuse de sa propre identité. La richesse du Nouveau-Brunswick réside précisément dans cette diversité, non dans sa réduction à une définition uniforme.
Pour les Acadiens, la véritable égalité ne passe pas par l'intégration dans une identité provinciale uniforme, mais par la reconnaissance pleine et entière de leur identité historique, culturelle et linguistique. Préserver cette identité ne fragmente pas le Nouveau-Brunswick : cela lui permet au contraire de demeurer fidèle au principe de dualité linguistique qui constitue l'un des fondements de son architecture constitutionnelle.
Nous invitons donc respectueusement les membres du Comité permanent à recentrer leurs travaux sur la véritable mission de la Loi sur les langues officielles : renforcer l'égalité réelle des communautés de langue officielle et assurer le plein respect de leurs droits.
L'Acadie n'a pas besoin d'une nouvelle identité. Elle a besoin que l'on protège celle qu'elle possède déjà.
Michel Doucet (Dieppe), Mathieu Gérald Caissie (Cocagne), Phil Comeau (Moncton), Edith Butler (Montréal), Lucie LeBouthillier (Bas-Caraquet), Dr. Réjean Thomas (Montréal), Lise Ouellette (Edmundston), Gilles Beaulieu (Moncton), Rosella Melanson (Fredericton), Cécile Mallais-Losier (Cap-Pelé), Denis Losier (Cap-Pelé), Martin LeBlanc-Rioux (Memramcook), Kevin Arseneau (Pleasant Ridge), Michel J.C. Cyr (Moncton), Lucienne Godbout (Moncton), Jacques Boucher (Pokemouche), Roger Doiron (Richibouctou), Jean-Marie Nadeau (Moncton), Antoine David (Baie-Sainte-Anne), Fleurette Landry (Dieppe), Nathalie Brideau (Tracadie), Anne Godin (Moncton), Luc J. Doucet (Dieppe), Dr. Hubert Dupuis, Fernand de Varennes .
