Le Plan d'éducation faillit à la mission identitaire de l’école
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Le nouveau Plan d'éducation 2026-2038 du secteur francophone du Nouveau-Brunswick, Ensemble pour la réussite! présente une vision ambitieuse pour les douze prochaines années. Mais il échoue dans la mission identitaire de l’école acadienne.
Le Plan reconnaît l'importance de la réussite éducative, du bien-être des personnes apprenantes et de la construction identitaire. À plusieurs égards, il constitue une base solide pour orienter le développement de notre système éducatif.
Cependant, lorsqu'on analyse le plan en fonction des défis démographiques, linguistiques et culturels auxquels fait face l'Acadie, plusieurs questions fondamentales demeurent sans réponse.
Le plan réaffirme que l'école acadienne a une double mission : assurer la réussite scolaire et contribuer au développement de l'identité linguistique et culturelle des personnes apprenantes. Cette reconnaissance est essentielle. En contexte minoritaire, l'école n'est pas uniquement un lieu d'apprentissage; elle est également un outil de transmission culturelle, de développement communautaire et de vitalité linguistique.
Or, malgré cette reconnaissance, les mécanismes proposés pour soutenir cette mission demeurent très faibles. Le plan mise principalement sur la sensibilisation culturelle, la formation du personnel et les partenariats avec les organismes culturels. Il exclut encore de son curriculum de base tout cours d’histoire et de sciences sociales sur l’Acadie. Ces initiatives de sensibilisation à la culture sont importantes, mais elles ne garantissent pas que toutes les personnes apprenantes développeront une connaissance commune de l'histoire acadienne, de ses institutions, de ses luttes et des enjeux qui façonneront son avenir.
Le contraste est frappant lorsqu'on compare cette approche à celle retenue pour d'autres priorités. Le plan prévoit notamment un continuum structuré pour le développement de la compétence numérique et de l'intelligence artificielle, ainsi que pour l’histoire des Premières nations et les enjeux de la réconciliation. Nous appuyons certes ces apprentissages. Pourquoi ne pas prévoir un continuum semblable pour la construction identitaire acadienne?
Nos jeunes devraient pouvoir découvrir progressivement, de la petite enfance à la 12e année, l'histoire de l'Acadie, ses institutions, ses droits linguistiques, ses artistes, ses bâtisseurs, son territoire et les défis contemporains auxquels fait face notre communauté. Une telle approche permettrait de dépasser la simple sensibilisation pour faire de l'Acadie un véritable fondement du parcours éducatif.
La petite enfance constitue également une préoccupation majeure. Les premières années de vie sont déterminantes dans le développement de la langue, de l'identité et du sentiment d'appartenance. Pourtant, le plan demeure étonnamment discret sur les défis auxquels font face les garderies éducatives francophones.
Depuis plusieurs années, de nombreux intervenants dénoncent les conséquences de l'absence de dualité dans le secteur de la petite enfance. Cette situation contribue au manque de places francophones, au transfert de places vers des établissements anglophones ou bilingues et à l'absence de mesures suffisamment proactives pour favoriser l'inscription des enfants de familles nouvellement arrivées dans les garderies francophones.
Les conséquences sont importantes. Lorsque les premiers contacts éducatifs se déroulent dans une autre langue ou dans un environnement où le français n'occupe pas une place centrale, c'est tout le continuum linguistique et identitaire qui s'en trouve fragilisé. L'assimilation ne commence pas à l'école secondaire; elle s'amorce dès les premières années de la vie.
Si nous croyons réellement à l'importance de la construction identitaire, nous devons reconnaître que celle-ci débute bien avant l'entrée à l'école. La petite enfance ne peut demeurer en marge de la réflexion sur l'avenir de l'Acadie.
Par ailleurs, le plan prévoit un indicateur mesurant la fierté des élèves d'appartenir à la communauté acadienne et francophone. Cette avancée mérite d'être soulignée. Toutefois, la fierté seule ne suffit pas. On ne mesure ni la connaissance de l'histoire acadienne, ni la compréhension des enjeux contemporains, ni la participation à la vie communautaire. Pourtant, ces dimensions sont essentielles au développement d'un sentiment d'appartenance durable.
Par ailleurs, une question importante demeure. Si la Politique d'aménagement linguistique et culturel (PALC) constitue réellement l'un des piliers de notre système éducatif francophone, pourquoi n'a-t-elle pas été déposée en même temps que le Plan d'éducation? Ces deux documents sont étroitement liés et leur complémentarité est essentielle, puisque l'un ne peut pleinement atteindre ses objectifs sans l'autre.
Il est difficile d'évaluer toute la portée des orientations identitaires du plan alors que le principal cadre de référence en cette matière n'est pas encore connu. La PALC parviendra-elle à corriger les failles importantes au Plan d’éducation au niveau de la mission identitaire de l’école acadienne? (La future PALC devra donc préciser les attentes en matière de construction identitaire acadienne et permettre d'assurer une cohérence entre les ambitions affichées et les moyens mis en œuvre.)
Cette réflexion est également importante dans un contexte où l'immigration contribue de plus en plus à la vitalité de nos communautés. Une intégration réussie repose non seulement sur notre capacité à accueillir la diversité, mais aussi sur notre capacité à faire connaître l'histoire, les valeurs et les aspirations de la communauté acadienne aux personnes qui choisissent de s'y établir.
Enfin, les enjeux environnementaux et le lien entre le territoire et l'identité acadienne demeurent peu présents dans le plan. Pourtant, les changements climatiques, l'avenir de nos régions côtières, la protection de nos ressources naturelles et le développement durable des communautés font désormais partie des défis auxquels les prochaines générations devront répondre.
La faiblesse du Plan d’éducation doit nous interpeler sur le fonctionnement même de la dualité au ministère de l’Éducation. La dualité doit favoriser une cogestion entre la communauté et le gouvernement provincial. Le rôle des CÉD et de leurs partenaires communautaires dans le secteur de l’éducation doit être reconnu et renforcé. La dualité ne peut pas être seulement une affaire de fonctionnaires et de façade.
Groupe de réflexion sur l’identité acadienne
Joseph Yvon Thériault, porte-parole
Nathalie Brideau, membre
Antoine David, membre
Rosella Melanson, membre
Arssène Sorgho, membre
Éric Dow, recherche
Danik Savoie, recherche
Lise Ouellette, secrétaire-coordonnatrice
