Le bilinguisme n’est pas facultatif
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Damien Dauphin
Rédacteur en chef
damien@moniteuracadien.ca
Il semble que, mis à part certains unilingues anglophones auxquels se joignent des Acadiens frappés du Syndrome de Stockholm, nombreux sont ceux qui se réjouissent du jugement très attendu qu’a rendu la Cour suprême du Canada le 12 juin dernier.
Dorénavant, tout lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick devra être capable de communiquer dans les deux langues officielles du Canada et, rappelons-le, de la province.
C’était un cheval de bataille de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), qui vient de tenir à Edmundston ses états généraux. Au moins, l’organisme avait une réussite à célébrer avant que ce grand rendez-vous, au pied des contreforts des Appalaches, ne débouche sur des résultats quelque peu en deçà des attentes qu’il avait suscitées.
Rappelons les faits. En septembre 2019, Justin Trudeau, alors Premier ministre du Canada emporté par un élan « woke », avait recommandé la nomination de Brenda Murphy pour succéder à Jocelyne Roy-Vienneau, décédée en cours de mandat. Problème : Mme Murphy ne parlait pas le français.
La SANB avait donc contesté la nomination de Brenda Murphy qui ne respectait pas les exigences du bilinguisme, qui plus est dans la seule province officiellement bilingue du Canada.
Après une victoire initiale de la SANB en première instance, la Cour d'appel du Nouveau-Brunswick a annulé le jugement en donnant raison au gouvernement fédéral. L'affaire fut ensuite portée devant le plus haut tribunal du pays.
Vendredi dernier, par une décision majoritaire de six juges contre trois, la Cour suprême a donné raison à la SANB. Dans la décision, le juge en chef Richard Wagner a fait jouer sa partition de la façon suivante : «La nomination d’un lieutenant-gouverneur au Nouveau-Brunswick n’ayant pas la capacité de comprendre les deux langues officielles et de communiquer dans celles-ci dans l’exercice de ses fonctions enfreint le par. 16(2) de la Charte».
Le juge en chef Richard Wagner explique que, pour ce poste précis, la frontière entre l'individu et l'institution est purement théorique. Le titulaire incarne personnellement l'institution. Par conséquent, son unilinguisme envoie un message symbolique de subordination d'une langue officielle face à l’autre.
Le jugement précise que cette décision n'invalide pas les lois ou décrets signés par Brenda Murphy durant son mandat. Si la Cour Suprême avait accédé à cette demande déraisonnable de la SANB, elle aurait ouvert un vide juridique et causé bien des maux de tête. En préservant la validité des lois, les juges ont fait preuve de prudence et de sagesse.
La Cour suprême a pris soin de restreindre la portée de sa décision au contexte unique du Nouveau-Brunswick. Les juges ont précisé que ce raisonnement ne s'applique pas automatiquement aux institutions fédérales. Toutefois, pour prendre la relève de Mary Simon – autre bourde trudeauesque – Mark Carney a fait preuve de sagacité en nommant Louise Arbour.
Ainsi, avec les deux Louise, Imbeault et Arbour, la Couronne est valablement représentée tant au Nouveau-Brunswick qu’au Canada, même si seule notre province est désormais concernée par ce jugement historique.
Du côté de Fredericton, le gouvernement libéral, supposé sensible aux préoccupations d’un électorat acadien qui a tendance à lui offrir majoritairement ses suffrages à chaque scrutin, se félicite probablement d’avoir forcé la prise d’une décision de ce fait gravée dans le marbre.
Il n’est pas nécessaire d’extrapoler et d’imaginer quelle auraient pu être les suites si cette saga judiciaire avait connu un épilogue contraire.
Je tiens tout de même à conclure cet éditorial en exprimant ma reconnaissance à Brenda Murphy. Contrairement à Blaine Higgs et à Mary Simon, elle a fait l’effort d’apprendre le français. De surcroît, elle a pris des cours de prononciation afin de restituer le plus fidèlement possible, avec un charmant accent « British », les discours qu’elle devait lire. À chacune de nos rencontres, sachant très bien qui j’étais, elle a toujours mis un point d’honneur à me parler dans ma langue maternelle.
