Éditorial
24 Septembre 2025
Halal, porc et menus scolaires : le goût de la controverse
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Damien Dauphin
Rédacteur en chef
damien@moniteuracadien.ca
Avec l’arrivée de certains nouveaux arrivants issus de pays où l’islam est religion d’État, il est inévitable de constater des changements graduels au sein de notre société occidentale.
La polémique découlant de la décision (depuis lors révisée) du District scolaire francophone Sud (DSFS) d’imposer de la viande halal dans les menus gérés par le Réseau des cafétérias communautaires en est une illustration.
Lorsque la directrice générale du DSFS, Monique Boudreau, précise que cela ne change rien au goût, elle a raison. Là n’est pas la question, car le problème est ailleurs.
Était-il raisonnable d’imposer à l’ensemble des élèves un menu reflétant les croyances religieuses d’une minorité? On peut légitimement en douter.
Une telle décision risquait d’ouvrir la voie à d’autres revendications plus sensibles que des nuances culinaires dans les cantines. C’est pourquoi il était sage de faire marche arrière et d’envoyer un message clair: la religion relève de la sphère privée. Elle se pratique à la maison et dans les lieux de culte qui lui sont dédiés, mais pas dans l’espace public.
***
Revenons un instant à la viande halal. Beaucoup ignorent de quoi il s’agit. Quelques explications s’imposent.
Pour qu’une viande soit considérée comme «halal» (permissible) dans l’islam, plusieurs conditions doivent être respectées:
1. L’animal doit provenir d’une espèce autorisée: bovins (ex.: le bœuf, le bison), ovins (ex.: le mouton), caprins (ex.: la chèvre) ou camélidés (dromadaires et chameaux, inconnus sous nos latitudes), mais pas les porcs ni les animaux carnivores.
2. L’animal doit être sain et vivant au moment de l’abattage.
3. La mise à mort doit être rapide, en sectionnant les veines jugulaires et les artères carotides, afin de minimiser les souffrances.
4. L’animal doit être sacrifié selon la méthode islamique, appelée «dhabiha», par une personne musulmane invoquant le nom d’Allah au moment de l’abattage.
C’est ce dernier point qui soulève des questions. J’ai déjà vu dans certaines boucheries de la région de la viande étiquetée «halal». Or, sauf à disposer dans l’équipe d’un équarrisseur de confession musulmane respectant le rituel prescrit, il est permis de douter que toutes les conditions soient réunies. Dans bien des cas, la mention «halal» pourrait n’être qu’un argument marketing. Ce serait une question digne d’être investiguée.
Alors, cette polémique n’était-elle qu’une tempête dans un verre d’eau? Non, car l’accommodement envisagé était déraisonnable.
***
Au Canada, où le bacon fait partie du patrimoine culinaire, les éleveurs de porc doivent-ils craindre pour leur commerce? En France, on dit volontiers: «dans le cochon, tout est bon». Ce n’est pas l’avis de l’islam, sauf chez certains croyants plus souples dans leur pratique.
Alors que le porc demeure plus abordable que le bœuf, faut-il y voir une concession implicite à certains groupes si cette viande disparaît peu à peu des menus des cantines? La question mérite d’être posée.
L’interdiction de consommer du porc dans l’islam découle du Coran (sourates 2:173, 5:3, 6:145) et des hadiths, qui renforcent cette prescription. Historiquement, au Moyen-Orient, climat chaud et absence de moyens de conservation rendaient le porc particulièrement risqué. L’invention de la réfrigération aurait pu reléguer cette interdiction au rang d’archaïsme, mais les textes religieux ont la vie dure.
On notera que le christianisme, lui aussi, comporte d’anciennes prescriptions alimentaires rarement suivies aujourd’hui, sauf dans des courants traditionalistes.
Reste la question de la réciprocité: dans un pays musulman, personne n’oserait exiger que les cantines servent du porc pour accommoder une minorité étrangère. Au Canada, le bacon n’est pas une concession: c’est une institution.
Tout ceci rappelle qu’un accommodement n’est raisonnable que s’il repose sur la réciprocité. Or, dans l’état actuel des choses, celle-ci est impossible, et il existe des limites à ne pas franchir.
Le DSFS, les autres organisations et les pouvoirs publics feraient bien de réfléchir avant de prendre des décisions hâtives, même guidées par de bonnes intentions. L’enfer en est pavé! Des gestes irréfléchis pourraient compromettre la paix civile et alimenter une montée de l’intolérance, du racisme et de la xénophobie, dont les premiers touchés seraient précisément les nouveaux arrivants.
Notre société, déjà polarisée et traversée par des tensions venues de l’étranger, n’a pas besoin de ça.
Rédacteur en chef
damien@moniteuracadien.ca
Avec l’arrivée de certains nouveaux arrivants issus de pays où l’islam est religion d’État, il est inévitable de constater des changements graduels au sein de notre société occidentale.
La polémique découlant de la décision (depuis lors révisée) du District scolaire francophone Sud (DSFS) d’imposer de la viande halal dans les menus gérés par le Réseau des cafétérias communautaires en est une illustration.
Lorsque la directrice générale du DSFS, Monique Boudreau, précise que cela ne change rien au goût, elle a raison. Là n’est pas la question, car le problème est ailleurs.
Était-il raisonnable d’imposer à l’ensemble des élèves un menu reflétant les croyances religieuses d’une minorité? On peut légitimement en douter.
Une telle décision risquait d’ouvrir la voie à d’autres revendications plus sensibles que des nuances culinaires dans les cantines. C’est pourquoi il était sage de faire marche arrière et d’envoyer un message clair: la religion relève de la sphère privée. Elle se pratique à la maison et dans les lieux de culte qui lui sont dédiés, mais pas dans l’espace public.
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Revenons un instant à la viande halal. Beaucoup ignorent de quoi il s’agit. Quelques explications s’imposent.
Pour qu’une viande soit considérée comme «halal» (permissible) dans l’islam, plusieurs conditions doivent être respectées:
1. L’animal doit provenir d’une espèce autorisée: bovins (ex.: le bœuf, le bison), ovins (ex.: le mouton), caprins (ex.: la chèvre) ou camélidés (dromadaires et chameaux, inconnus sous nos latitudes), mais pas les porcs ni les animaux carnivores.
2. L’animal doit être sain et vivant au moment de l’abattage.
3. La mise à mort doit être rapide, en sectionnant les veines jugulaires et les artères carotides, afin de minimiser les souffrances.
4. L’animal doit être sacrifié selon la méthode islamique, appelée «dhabiha», par une personne musulmane invoquant le nom d’Allah au moment de l’abattage.
C’est ce dernier point qui soulève des questions. J’ai déjà vu dans certaines boucheries de la région de la viande étiquetée «halal». Or, sauf à disposer dans l’équipe d’un équarrisseur de confession musulmane respectant le rituel prescrit, il est permis de douter que toutes les conditions soient réunies. Dans bien des cas, la mention «halal» pourrait n’être qu’un argument marketing. Ce serait une question digne d’être investiguée.
Alors, cette polémique n’était-elle qu’une tempête dans un verre d’eau? Non, car l’accommodement envisagé était déraisonnable.
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Au Canada, où le bacon fait partie du patrimoine culinaire, les éleveurs de porc doivent-ils craindre pour leur commerce? En France, on dit volontiers: «dans le cochon, tout est bon». Ce n’est pas l’avis de l’islam, sauf chez certains croyants plus souples dans leur pratique.
Alors que le porc demeure plus abordable que le bœuf, faut-il y voir une concession implicite à certains groupes si cette viande disparaît peu à peu des menus des cantines? La question mérite d’être posée.
L’interdiction de consommer du porc dans l’islam découle du Coran (sourates 2:173, 5:3, 6:145) et des hadiths, qui renforcent cette prescription. Historiquement, au Moyen-Orient, climat chaud et absence de moyens de conservation rendaient le porc particulièrement risqué. L’invention de la réfrigération aurait pu reléguer cette interdiction au rang d’archaïsme, mais les textes religieux ont la vie dure.
On notera que le christianisme, lui aussi, comporte d’anciennes prescriptions alimentaires rarement suivies aujourd’hui, sauf dans des courants traditionalistes.
Reste la question de la réciprocité: dans un pays musulman, personne n’oserait exiger que les cantines servent du porc pour accommoder une minorité étrangère. Au Canada, le bacon n’est pas une concession: c’est une institution.
Tout ceci rappelle qu’un accommodement n’est raisonnable que s’il repose sur la réciprocité. Or, dans l’état actuel des choses, celle-ci est impossible, et il existe des limites à ne pas franchir.
Le DSFS, les autres organisations et les pouvoirs publics feraient bien de réfléchir avant de prendre des décisions hâtives, même guidées par de bonnes intentions. L’enfer en est pavé! Des gestes irréfléchis pourraient compromettre la paix civile et alimenter une montée de l’intolérance, du racisme et de la xénophobie, dont les premiers touchés seraient précisément les nouveaux arrivants.
Notre société, déjà polarisée et traversée par des tensions venues de l’étranger, n’a pas besoin de ça.
