Éditorial
28 Janvier 2026
Le rempart du monde libre
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Damien Dauphin
Rédacteur en chef
damien@moniteuracadien.ca
Il y a des discours qui passent. Et puis il y a ceux qui s’inscrivent dans un moment historique précis, parce qu’ils répondent à une inquiétude diffuse, presque universelle. L’allocution prononcée il y une semaine par Mark Carney au Forum économique mondial de Davos appartient à cette seconde catégorie. En dix-sept minutes, le premier ministre du Canada n’a pas seulement défendu des positions économiques: il a redonné une voix, un cap et une crédibilité à un pays que l’on croyait relégué au second plan de la scène internationale.

Le Premier ministre du Canada, Mark Carney, en conversation avec le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, lors du Forum de Davos. (Courtoisie)
À Davos, Carney a parlé de principes, mais sans naïveté. De pragmatisme, mais sans cynisme. Et surtout, il a tenu tête — calmement, méthodiquement — à un climat mondial marqué par le retour brutal du rapport de force. Face aux menaces tarifaires brandies par Washington, face aux déclarations hasardeuses sur le Groenland, territoire danois pourtant protégé par l’OTAN, le Canada s’est présenté non comme un vassal inquiet, mais comme un acteur souverain, ancré dans le droit international et les valeurs démocratiques.
La tentation de comparer ce moment à d’autres périodes sombres de l’histoire est grande. Winston Churchill, en 1940, n’avait pas promis la victoire facile : il avait promis la résistance. Mark Carney ne combat évidemment ni un Reich ni une idéologie totalitaire structurée. Mais, comme Churchill en son temps, il rappelle une vérité fondamentale: le monde libre ne se maintient pas par l’habitude, mais par la vigilance. Et cette vigilance commence par la parole, claire, assumée, sans outrance.
Il faut aussi regarder vers le sud. Depuis 1945, les États-Unis n’ont remporté aucune victoire militaire décisive dans un conflit majeur, exception faite d’interventions ciblées, de coups d’État soutenus et d’opérations indirectes. Le paradoxe américain est là: une puissance militaire inégalée, mais une incapacité chronique à stabiliser durablement les régions où elle intervient.
Aujourd’hui, cette impuissance stratégique semble se transformer en une fébrilité politique: guerre tarifaire déclenchée il y a un an contre ses partenaires, opérations extraterritoriales contestées, menaces d’annexion à peine voilées, et une «guerre intérieure» menée par les agences fédérales contre les immigrants sans statut. Tout cela interroge.
Car rappelons-le: lors de son premier mandat, Donald Trump avait été le seul président américain de l’histoire contemporaine à ne déclencher ni entrer dans aucune guerre majeure. Son retour au pouvoir marque pourtant un tournant radical, fait de confrontations multiples, économiques, diplomatiques et symboliques. Quelle mouche l’a piqué? La question mérite d’être posée. Mais il serait trop simple — et intellectuellement malhonnête — de faire de la Maison-Blanche l’unique source des désordres du monde.
Les menaces sont partout. En Iran, notamment, où la situation a disparu des manchettes depuis quelques jours, comme si le silence pouvait effacer la réalité. La révolution iranienne de 1979 fut un événement fondateur, profondément disruptif, dont les conséquences façonnent encore l’équilibre mondial. Sans elle, le 11 septembre 2001 n’aurait sans doute jamais eu lieu sous la forme que nous connaissons. Or, en Iran, aujourd’hui encore, le monde n’est pas libre. La répression, la censure et la négation des droits fondamentaux rappellent que la démocratie n’est ni universelle ni irréversible.
C’est précisément dans ce contexte que le discours de Mark Carney prend toute sa portée. Il ne s’agit pas de désigner un ennemi unique, ni de jouer les chevaliers moralisateurs. Il s’agit de redonner au Canada un rôle qu’il avait progressivement perdu au cours de la dernière décennie: celui d’un pays capable de parler à tous, sans renoncer à ses valeurs, et de rassembler sans s’effacer.
Ce leadership arrive à un moment charnière pour le pays. La possibilité d’un gouvernement souverainiste au Québec, qui pourrait être tenté, une troisième fois, de soumettre la question de l’indépendance à référendum, se pointe à l’horizon. Dans un monde fragmenté, instable, traversé par des tensions identitaires et géopolitiques majeures, l’unité nationale n’est pas un luxe: c’est une nécessité stratégique.
À Davos, Mark Carney n’a pas promis des lendemains faciles. Il a offert quelque chose de plus rare: une boussole. Dans un monde où les repères vacillent, le Canada se redresse, non par arrogance, mais par conviction. Et, pour un instant au moins, il se tient là où l’histoire aime placer ceux qui refusent de céder: au rempart du monde libre.
Rédacteur en chef
damien@moniteuracadien.ca
Il y a des discours qui passent. Et puis il y a ceux qui s’inscrivent dans un moment historique précis, parce qu’ils répondent à une inquiétude diffuse, presque universelle. L’allocution prononcée il y une semaine par Mark Carney au Forum économique mondial de Davos appartient à cette seconde catégorie. En dix-sept minutes, le premier ministre du Canada n’a pas seulement défendu des positions économiques: il a redonné une voix, un cap et une crédibilité à un pays que l’on croyait relégué au second plan de la scène internationale.

Le Premier ministre du Canada, Mark Carney, en conversation avec le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, lors du Forum de Davos. (Courtoisie)
À Davos, Carney a parlé de principes, mais sans naïveté. De pragmatisme, mais sans cynisme. Et surtout, il a tenu tête — calmement, méthodiquement — à un climat mondial marqué par le retour brutal du rapport de force. Face aux menaces tarifaires brandies par Washington, face aux déclarations hasardeuses sur le Groenland, territoire danois pourtant protégé par l’OTAN, le Canada s’est présenté non comme un vassal inquiet, mais comme un acteur souverain, ancré dans le droit international et les valeurs démocratiques.
La tentation de comparer ce moment à d’autres périodes sombres de l’histoire est grande. Winston Churchill, en 1940, n’avait pas promis la victoire facile : il avait promis la résistance. Mark Carney ne combat évidemment ni un Reich ni une idéologie totalitaire structurée. Mais, comme Churchill en son temps, il rappelle une vérité fondamentale: le monde libre ne se maintient pas par l’habitude, mais par la vigilance. Et cette vigilance commence par la parole, claire, assumée, sans outrance.
Il faut aussi regarder vers le sud. Depuis 1945, les États-Unis n’ont remporté aucune victoire militaire décisive dans un conflit majeur, exception faite d’interventions ciblées, de coups d’État soutenus et d’opérations indirectes. Le paradoxe américain est là: une puissance militaire inégalée, mais une incapacité chronique à stabiliser durablement les régions où elle intervient.
Aujourd’hui, cette impuissance stratégique semble se transformer en une fébrilité politique: guerre tarifaire déclenchée il y a un an contre ses partenaires, opérations extraterritoriales contestées, menaces d’annexion à peine voilées, et une «guerre intérieure» menée par les agences fédérales contre les immigrants sans statut. Tout cela interroge.
Car rappelons-le: lors de son premier mandat, Donald Trump avait été le seul président américain de l’histoire contemporaine à ne déclencher ni entrer dans aucune guerre majeure. Son retour au pouvoir marque pourtant un tournant radical, fait de confrontations multiples, économiques, diplomatiques et symboliques. Quelle mouche l’a piqué? La question mérite d’être posée. Mais il serait trop simple — et intellectuellement malhonnête — de faire de la Maison-Blanche l’unique source des désordres du monde.
Les menaces sont partout. En Iran, notamment, où la situation a disparu des manchettes depuis quelques jours, comme si le silence pouvait effacer la réalité. La révolution iranienne de 1979 fut un événement fondateur, profondément disruptif, dont les conséquences façonnent encore l’équilibre mondial. Sans elle, le 11 septembre 2001 n’aurait sans doute jamais eu lieu sous la forme que nous connaissons. Or, en Iran, aujourd’hui encore, le monde n’est pas libre. La répression, la censure et la négation des droits fondamentaux rappellent que la démocratie n’est ni universelle ni irréversible.
C’est précisément dans ce contexte que le discours de Mark Carney prend toute sa portée. Il ne s’agit pas de désigner un ennemi unique, ni de jouer les chevaliers moralisateurs. Il s’agit de redonner au Canada un rôle qu’il avait progressivement perdu au cours de la dernière décennie: celui d’un pays capable de parler à tous, sans renoncer à ses valeurs, et de rassembler sans s’effacer.
Ce leadership arrive à un moment charnière pour le pays. La possibilité d’un gouvernement souverainiste au Québec, qui pourrait être tenté, une troisième fois, de soumettre la question de l’indépendance à référendum, se pointe à l’horizon. Dans un monde fragmenté, instable, traversé par des tensions identitaires et géopolitiques majeures, l’unité nationale n’est pas un luxe: c’est une nécessité stratégique.
À Davos, Mark Carney n’a pas promis des lendemains faciles. Il a offert quelque chose de plus rare: une boussole. Dans un monde où les repères vacillent, le Canada se redresse, non par arrogance, mais par conviction. Et, pour un instant au moins, il se tient là où l’histoire aime placer ceux qui refusent de céder: au rempart du monde libre.
