Éditorial
20 Août 2025
PATRIMOINE EN DANGER, MÉMOIRE À PRÉSERVER
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Damien Dauphin
Rédacteur en chef
damien@moniteuracadien.ca
En 1789-1794, les révolutionnaires français prétendaient «faire, du passé, table rase». De nos jours, les promoteurs de la «cancel culture», la culture de l’annulation, ne font pas autre chose.
Il est d’autant plus désolant de constater que des élus qui, a priori, ne sombrent pas dans de tels délires, contribuent, par leur apathie involontaire ou préméditée (ce qui est pire), à l’effacement de la mémoire collective.
Il est parvenu aux oreilles de l’auteur de ces lignes qu’au moins la moitié des membres du conseil municipal de Shediac seraient d’avis de laisser tomber la Maison historique Pascal-Poirier en décrépitude afin d’en justifier, le moment venu, l’inéluctable démolition.
N’ayant pas une vocation de «gossipeuse», je n’ai pas l’intention d’imiter le personnage de Lady Whistledown de La chronique des Bridgerton. Toutefois, on m’a toujours dit qu’il n’y avait pas de fumée sans feu (c’est malheureusement très actuel) et, dans la lettre qu’elle nous a envoyée pour notre rubrique Brasser la cage, Mme Louise LeBlanc corrobore cette rumeur qui fait écho à un mouvement de fond à travers le pays.
Si les gens parlent peu, ils n’en pensent pas moins et il suffit parfois d’un article qui lance une alerte pour que les langues se délient. À moins d’un an des échéances électorales, les élus municipaux feraient bien de s’en souvenir. Quand bien même l’avenir de la Villa des roses ne serait pas la question de l’urne, la prise de position de chaque candidat quant à sa préservation pourrait peser dans la balance.
La Déportation n’était vieille que de 70 ans lorsque la maison fut construite. La Villa des roses, connue sous le nom de Maison historique Pascal-Poirier, est celle qui a vu naître le premier sénateur acadien du Canada, et ce, à une époque où les Acadiens sortaient encore du bois.
Les lumières de la Renaissance acadienne pointaient à l’horizon comme les premières lueurs d’une aube nouvelle. Pascal Poirier fut une figure emblématique de cette renaissance. Sans lui, l’histoire aurait pu s’écrire différemment.
Il est permis de se demander si, sans le précurseur, l’éclaireur que fut Pascal Poirier, Louis-J. Robichaud aurait pu devenir premier ministre du Nouveau-Brunswick. Y aurait-il eu des «chances égales pour tous» et une loi sur les langues officielles? Peut-être, mais ce n’est pas certain. Ce que le peuple acadien doit à Pascal Poirier est immense. Il lui a ouvert la voie.
Le passé façonne l'identité d'un individu, d'un groupe, ou d'une nation. Sans cette base, il est difficile de savoir qui on est et où l'on va. C’est pourquoi Winston Churchill a énoncé que «un peuple qui oublie son passé n’a pas d’avenir».
Si nous ne prenons pas les décisions qui s’imposent pour préserver le berceau de Pascal Poirier, alors nous irons droit vers le tombeau de l’Acadie. La page de la Renaissance sera définitivement refermée, tandis que le déclin s’accélérera. La seule différence avec 1755, c’est que cette fois, c’est le peuple acadien lui-même qui se déporterait vers les oubliettes de l’histoire.
Il n’est pas trop tard pour bifurquer avant de frapper le mur de cette rue sans issue.
Un résident de Shediac, qui me fait l’amitié de m’entretenir régulièrement des affaires de la ville, soutient que la restauration à l’identique et selon les techniques du XIXe siècle coûterait trop cher. C’est-à-dire, trop cher pour les finances municipales. Je le crois volontiers.
La Ville de Shediac ne peut supporter seule le fardeau financier que présuppose une telle opération de sauvetage. Il faut regarder ailleurs, plus loin et surtout plus haut.
Il appartient dorénavant à Patrimoine canadien, à la Commission des lieux et monuments historiques du Canada et à Parcs Canada de s’emparer de ce dossier. À part les grands mécènes de la province, eux seuls ont les ressources nécessaires pour mener à bien l’opération de la dernière chance.
Sous leur patronage, la Maison historique Pascal-Poirier pourrait trouver une nouvelle vocation. Pourquoi ne pas en faire un Centre de la Renaissance acadienne? Celui-ci ne tournerait pas uniquement autour de la personnalité du premier sénateur acadien, mais il enseignerait au public l’histoire de ceux qui ont suivi ses traces: Louis Robichaud, Roméo LeBlanc, Antonine Maillet, etc.
De plus, le lien entre les Acadiens et les Autochtones pourrait y être souligné afin d’approfondir la démarche de réconciliation avec les Premières Nations. En forme de totem, la sculpture de Monette Léger qui résume l’épopée acadienne depuis 1604 se dresse comme une invitation à explorer cette avenue.
Le conseil municipal de Shediac doit engager dès maintenant des démarches en ce sens. L’heure n’est plus aux atermoiements ni aux manœuvres dilatoires. Il faut agir, et rapidement. Chaque jour qui passe rapproche la Maison Pascal-Poirier de l’oubli. L’inaction n’est plus une option.
Rédacteur en chef
damien@moniteuracadien.ca
En 1789-1794, les révolutionnaires français prétendaient «faire, du passé, table rase». De nos jours, les promoteurs de la «cancel culture», la culture de l’annulation, ne font pas autre chose.
Il est d’autant plus désolant de constater que des élus qui, a priori, ne sombrent pas dans de tels délires, contribuent, par leur apathie involontaire ou préméditée (ce qui est pire), à l’effacement de la mémoire collective.
Il est parvenu aux oreilles de l’auteur de ces lignes qu’au moins la moitié des membres du conseil municipal de Shediac seraient d’avis de laisser tomber la Maison historique Pascal-Poirier en décrépitude afin d’en justifier, le moment venu, l’inéluctable démolition.
N’ayant pas une vocation de «gossipeuse», je n’ai pas l’intention d’imiter le personnage de Lady Whistledown de La chronique des Bridgerton. Toutefois, on m’a toujours dit qu’il n’y avait pas de fumée sans feu (c’est malheureusement très actuel) et, dans la lettre qu’elle nous a envoyée pour notre rubrique Brasser la cage, Mme Louise LeBlanc corrobore cette rumeur qui fait écho à un mouvement de fond à travers le pays.
Si les gens parlent peu, ils n’en pensent pas moins et il suffit parfois d’un article qui lance une alerte pour que les langues se délient. À moins d’un an des échéances électorales, les élus municipaux feraient bien de s’en souvenir. Quand bien même l’avenir de la Villa des roses ne serait pas la question de l’urne, la prise de position de chaque candidat quant à sa préservation pourrait peser dans la balance.
La Déportation n’était vieille que de 70 ans lorsque la maison fut construite. La Villa des roses, connue sous le nom de Maison historique Pascal-Poirier, est celle qui a vu naître le premier sénateur acadien du Canada, et ce, à une époque où les Acadiens sortaient encore du bois.
Les lumières de la Renaissance acadienne pointaient à l’horizon comme les premières lueurs d’une aube nouvelle. Pascal Poirier fut une figure emblématique de cette renaissance. Sans lui, l’histoire aurait pu s’écrire différemment.
Il est permis de se demander si, sans le précurseur, l’éclaireur que fut Pascal Poirier, Louis-J. Robichaud aurait pu devenir premier ministre du Nouveau-Brunswick. Y aurait-il eu des «chances égales pour tous» et une loi sur les langues officielles? Peut-être, mais ce n’est pas certain. Ce que le peuple acadien doit à Pascal Poirier est immense. Il lui a ouvert la voie.
Le passé façonne l'identité d'un individu, d'un groupe, ou d'une nation. Sans cette base, il est difficile de savoir qui on est et où l'on va. C’est pourquoi Winston Churchill a énoncé que «un peuple qui oublie son passé n’a pas d’avenir».
Si nous ne prenons pas les décisions qui s’imposent pour préserver le berceau de Pascal Poirier, alors nous irons droit vers le tombeau de l’Acadie. La page de la Renaissance sera définitivement refermée, tandis que le déclin s’accélérera. La seule différence avec 1755, c’est que cette fois, c’est le peuple acadien lui-même qui se déporterait vers les oubliettes de l’histoire.
Il n’est pas trop tard pour bifurquer avant de frapper le mur de cette rue sans issue.
Un résident de Shediac, qui me fait l’amitié de m’entretenir régulièrement des affaires de la ville, soutient que la restauration à l’identique et selon les techniques du XIXe siècle coûterait trop cher. C’est-à-dire, trop cher pour les finances municipales. Je le crois volontiers.
La Ville de Shediac ne peut supporter seule le fardeau financier que présuppose une telle opération de sauvetage. Il faut regarder ailleurs, plus loin et surtout plus haut.
Il appartient dorénavant à Patrimoine canadien, à la Commission des lieux et monuments historiques du Canada et à Parcs Canada de s’emparer de ce dossier. À part les grands mécènes de la province, eux seuls ont les ressources nécessaires pour mener à bien l’opération de la dernière chance.
Sous leur patronage, la Maison historique Pascal-Poirier pourrait trouver une nouvelle vocation. Pourquoi ne pas en faire un Centre de la Renaissance acadienne? Celui-ci ne tournerait pas uniquement autour de la personnalité du premier sénateur acadien, mais il enseignerait au public l’histoire de ceux qui ont suivi ses traces: Louis Robichaud, Roméo LeBlanc, Antonine Maillet, etc.
De plus, le lien entre les Acadiens et les Autochtones pourrait y être souligné afin d’approfondir la démarche de réconciliation avec les Premières Nations. En forme de totem, la sculpture de Monette Léger qui résume l’épopée acadienne depuis 1604 se dresse comme une invitation à explorer cette avenue.
Le conseil municipal de Shediac doit engager dès maintenant des démarches en ce sens. L’heure n’est plus aux atermoiements ni aux manœuvres dilatoires. Il faut agir, et rapidement. Chaque jour qui passe rapproche la Maison Pascal-Poirier de l’oubli. L’inaction n’est plus une option.
