APPRIVOISER L’ABSENCE : TRAVERSER LES DEUILS
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Marie O’Brien
Le deuil est une expérience universelle. Chacun y est confronté à un moment ou un autre, et je vous assure il n’y a pas de calendrier pour exprimer le chagrin. Lorsque nous perdons une personne qui nous est chère, nous faisons véritablement une expérience humaine qui est parfois brutale, soit celle de notre monde qui bascule.
Perdre une personne que nous aimons beaucoup bouleverse tout : nos repères, nos émotions, parfois même notre identité. C’est comme si le monde s’arrêtait, mais la réalité est que le monde continue. Et dans cet écart, entre la douleur ressentie et ce monde qui continue, nous pouvons nous sentir seul, et même très seul. Car le lien profond que nous avions tissé avec la personne décédée n’existe plus. Il a été déchiré.
Les gens nous disent qu’il faut tourner la page car nous vivons dans une société qui encourage à avancer rapidement, à être fort. Comment arriver à traverser cette épreuve? Ce n’est certes pas évident car nous nous rendons compte que notre quotidien n’est plus le même. Notre vulnérabilité, notre capacité d’aimer entre en jeu puisque nous devenons conscients de la fragilité de l’existence humaine.
Afin d’y voir plus clair, comprenons que le deuil ne suit pas une ligne droite. Certains jours, nous allons nous sentir comme si nous avancions, et d’autres jours, nous serons en larmes. Il faut comprendre que lorsque nous traversons un deuil, nous devons nous autoriser à pleurer, à nous souvenir, à parler et parfois juste à réfléchir. Se permettre d’en jaser avec quelqu’un va donner un certain apaisement à notre cœur et à notre esprit. Nous ressentirons alors un soutien, peut-être un second souffle, pour alléger un peu l’absence ressentie.
Avec le temps, même si le deuil ne s’effacera pas, il va évoluer à petit pas. Nous pouvons alors nous permettre d’écrire une lettre à la personne disparue, de faire un rituel personnel qui devienne symbolique. Ces gestes nous rappellent la personne disparue, dans son absence. Être fidèle à ces souvenirs ne nous enferme pas dans le passé mais nous aide plutôt à honorer ce que cette personne a été pour nous. À travers cette expérience, peut naître une gratitude que ce que cette personne a pu nous faire vivre, pour ce qu’il ou elle nous a donné comme valeurs, comme expérience humaine. Et ce sont ces choses-là qui restent vivantes parmi nous.
Nous ne pouvons nier que le deuil fait partie de notre vie et que sa réalité humaine existe. Toutefois, il peut nous enseigner que rien n’est acquis, que chaque instant est précieux et ce, même si l’essentiel n’est pas toujours apparent. Peut-être que ce deuil nous apprendra à mieux aimer les gens vivants qui nous entourent, à mieux nous aimer nous-même. Nous apprendrons que notre mieux-être ne fuit pas la douleur mais plutôt qu’il nous apprend à mieux vivre avec l’absence. Alors le deuil peut devenir un chemin qui va éventuellement nous apporter de la lumière et possiblement une transformation car il nous permet de nous interroger, de reconnaître l’essentiel et donc de vivre mieux en sachant que tout peut s’arrêter en un instant.
Le plus grand enseignement du deuil est qu’il est souvent la preuve que l’amour a existé dans notre vie. Alors, s’il est vrai que le corps disparait mais que la relation est encore présente dans notre âme, elle devient un souvenir, une trace que la personne décédée nous était chère.
Un jour, nous allons cesser de pleurer à chaque souvenir. Nous commencerons à sourire en pensant à cette personne et même à raconter des anecdotes. Et c’est dans ces moments-là que nous réaliserons que quelque chose de vivant est resté en nous.
Il se peut qu’une personne décédée nous ait fait souffrir. Dans ce cas, le deuil est plus complexe puisqu’il demande un courage plus particulier. Nous nous sentons ambivalents devant nos ressentis mêlés de tristesse et de soulagement, de culpabilité et de colère. Pour vivre ce genre de deuil, il s’agit de ne pas avoir honte de vivre cette ambivalence. Car il est bon de se rappeler que le cœur humain est capable de plusieurs vérités à la fois.
Écrivons une lettre à cette personne et partageons-lui avec nos mots, ce que sa présence dans votre vie nous a fait ressentir, ce que nous lui pardonnons ou non, ou simplement ce que nous décidons de ne plus porter dans notre cœur et notre esprit. Effectuons bien d’autres gestes symboliques pour affirmer que cette relation douloureuse n’aura plus d’empreinte sur notre vie et que nous sommes maintenant libre de poursuivre notre route. Ces gestes servent de libération.
Dans les deux cas, il est parfois nécessaire d’aller chercher de l’aide pour apaiser la perte d’une personne. Afin de terminer cette chronique cette semaine, rappelons-nous qu’un deuil ne s’efface pas mais qu’il peut transformer notre vie autrement avec plus de sagesse. Bonne chance cette semaine en vous accordant une réflexion plus approfondie sur les deuils de votre vie.
Marie O’Brien habite à Shediac. Elle est l’auteure de trois livres : «L’écriture en cadeau», «Les carnets de Marie… à ma façon» et «Vieillir autrement, à sa façon», que vous pouvez vous procurer en lui adressant un courriel ou sur le site de son éditeur, Un million de rêves. Ces livres sont également disponibles à la boutique du Centre Homarus et au Jean Coutu de la rue Main à Shediac, ainsi qu’à la Librairie acadienne sur le campus de l’Université de Moncton et sur la boutique en ligne de l’Acadie Nouvelle.
