Chroniques
7 Mai 2024
Le monde municipal bouge bien
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Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
Il est intéressant de réaliser que notre monde municipal bouge bien sur plusieurs plans par les temps qui courent. En effet, des actions importantes sont posées actuellement en termes de politiques linguistiques, de politiques culturelles, et des efforts sont faits pour bâtir des logements sociaux, entre autres possibilités.
Nous ne le répéterons jamais assez : le monde municipal est l’espace le plus politique qui appartient à la communauté acadienne. La constitution dit que les municipalités possèdent un pouvoir politique prêté par la province. L’ancien ministre Daniel Allain a commis une erreur quand il a quitté le ministère de la Gouvernance locale. En effet, il a doté les pouvoirs du ministre de la Gouvernance d’une autorité absolue sur les autorités municipales. À part cela, nous devons le remercier pour sa réforme de la gouvernance locale, nonobstant le fait que la province n’ait pas suffisamment investi d’argent pour assurer le plein succès de cette réforme.
Memramcook, comme Cap-Acadie, Belle-Baie et Kedgwick auparavant, vient de se doter d’une politique linguistique assurant la primauté du français dans l’espace municipal et reconnaissant la municipalité comme étant avant tout francophone. Il est de plus en plus urgent que nos municipalités acadiennes se définissent comme telles. L’arrivée de nouveaux résidents d’origine anglophone dans nos collectivités est en train de transformer nos communautés homogènes en communautés bilingues. En ce sens-là, Shédiac, Bouctouche, Beausoleil, Champdoré, Beaurivage et Nouvelle-Arcadie devraient être les prochaines municipalités à se déclarer avant tout acadiennes.
Avec l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick, plusieurs municipalités sont en voie de se doter d’une politique culturelle. C’est le nerf de la guerre pour fortifier et consolider l’identité acadienne de nos communautés. Il est extraordinaire de constater que l’Acadie produit plus d’artistes per capita que n’importe où partout tout au Canada. Plusieurs organisations, même des entreprises privées et des instances gouvernementales, ont pour politique de réserver 1% de leur budget aux arts quand elles entament une nouvelle construction. Serait-il pensable que nos municipalités réservent aussi au moins 1% de leur budget annuel aux arts?
Il y a un autre secteur qui préoccupe de plus en plus nos municipalités, et c’est celui du manque flagrant de logements, surtout abordables. Le logement est normalement couvert par les juridictions municipales. Or, dernièrement, le gouvernement fédéral empiète sur ce secteur en y investissant des milliards. Face à des situations d’urgence comme celle du logement, nous ne sommes pas frileux à accepter qu’il y ait des transgressions juridiques, comme celle du fédéral s'immisçant dans le logement.
Encore une fois, il n’est pas surprenant de voir que le gouvernement Higgs fasse la fine bouche face à cette intrusion du gouvernement fédéral. Si Higgs persiste à bouder le fédéral en ce domaine, le gouvernement fédéral menace de passer par-dessus la législation provinciale pour traiter directement avec les municipalités. Dans ce dossier, nous appuyons le gouvernement fédéral. Le Nouveau-Brunswick est trop pauvre comme province pour refuser ce plat de lentilles fédéral.
Plus que jamais nous devons prendre conscience que le monde municipal est central pour assurer à la fois la pérennité acadienne de nos communautés, et pour assurer tout simplement l'épanouissement de notre peuple. C’est là où se situe le pouvoir politique le plus contigu et imprégnant. Et il y a beaucoup de compétences dans ce domaine. La population a eu la sagesse de se doter de conseils municipaux engagés et éclairés. À eux de jouer dans la cour des grands!
