Chroniques
16 Avril 2024
God save the Canada
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Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
Le dernier incident au Parlement canadien où des conservateurs ont entonné de façon méprisante le “God save the King” pour souligner leur vote contre une motion du député acadien René Arseneault voulant donner une alternative au serment d’acceptation du poste de député soulève une autre fois la pertinence ou pas de vivre comme pays sous la houlette de la monarchie britannique. Ce comportement est indigne en ce sens qu’il veut clore toute discussion sur la pertinence d'être soumis ou pas comme pays à la Couronne britannique. "C'est une insulte ajoutée à l'injure" comme le dit Frédérik Dion, surtout face à nous comme peuple acadien.
Le projet de loi du député Arseneault ne remettait même pas en cause le sujet de rester sous le joug ou pas de la Couronne britannique comme pays. Le député Arseneault doit être félicité pour avoir pris une telle initiative. Il voulait tout simplement donner la chance aux députés, quand ils acceptent de devenir officiellement députés, de choisir de prêter un serment de loyauté au Canada comme tel, ou un serment de loyauté à la Couronne britannique. Le statu quo faisait donc aussi partie de son projet de loi.
Nous n’avons pas besoin de ne pas aimer la Couronne britannique pour en souhaiter son abolition pour le Canada. Il y a une différence entre vouloir abolir la monarchie britannique au Canada et vouloir que le Canada devienne dans les faits un pays assumé à part entière. C’est souhaiter que le Canada devienne une vraie république comme le sont la plupart des pays modernes les plus démocratiques au monde.
Cela impliquerait qu’au lieu d’avoir le roi Charles III comme chef du pays de par sa gouverneure générale, nous aurions comme chef suprême au Canada un président élu directement au suffrage universel. Ainsi un Justin Trudeau serait directement élu par la population canadienne, et le premier ministre serait le chef du parti qui aurait cumulé le plus de députés. Il pourrait donc arriver que le parti au pouvoir ne soit pas de la même allégeance politique que le président. Ça s’est vu souvent en France. On appelle cela des gouvernements de cohabitation.
Un tel régime politique permettrait de renforcer et d’élargir les assises démocratiques au pays. Nous pourrions plus facilement nous affranchir d’un régime politique plutôt bipartite pour accéder à un véritable régime plus multipartite. Ce faisant, cela permettrait à plus de courants politiques de prendre place dans la vie politique au Canada. Mais pour que ça se réalise vraiment, il faudra probablement aussi changer le système de votation. Le système français de vote en deux tours m’apparaît intéressant.
Nous ne pouvons sérieusement pas, en 2024, refuser de réfléchir profondément à la pertinence ou pas de nous affranchir de la Couronne britannique. Ça ne voudrait pas dire que l’on devrait quitter pour autant la grande famille du Commonwealth, comme ça nous permettrait de rester actif au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie.
Le système politique républicain sur le plan fédéral pourrait aussi s’appliquer au niveau des provinces. Ainsi la dynamique politique serait réactivée à tous les niveaux de la vie politique canadienne.
Vouloir se débarrasser de la Couronne britannique aujourd’hui ne doit donc pas être vu comme un geste de haine et de rejet, mais plutôt comme un geste d’amour pour un Canada républicain, libre, indépendant et assumé à part entière. Ce serait faire montre de maturité politique, en coupant le cordon ombilical qui continue de nous lier à cette Couronne. Ce serait un geste d’affranchissement politique extraordinaire. Au lieu de chanter “God save the King”, nous pourrions entonner un autre hymne qui pourrait s'appeler “God save the Canada”.
