Elsipogtog doit retrouver sa voix
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Je suis désolée de ne pas avoir assisté à la dernière rencontre communautaire organisée après la mort d’un jeune homme de 21 ans.
Aujourd’hui, j’assiste rarement aux rencontres de débreffage, aux veillées funèbres ou aux funérailles dans la communauté. Comme ancienne cheffe, il peut être très difficile pour moi de voir autant de douleur et d’épreuves chez nous. Enterrer une jeune personne est ce qu’il y a de pire.
Je souhaite offrir mes condoléances à mon amie d’enfance Samantha, que je considère toujours comme une amie chère, pour la perte de son petit-fils. À la mère de Hayven, à ses frères et sœurs, à sa famille et à ses amis, je veux dire combien nous sommes désolés de votre perte.
Je suis certaine que Mary Jane, la mère de Samantha, était là pour accueillir Hayven lorsqu’il est entré dans le monde des esprits.
Hayven n’avait que 21 ans. Toute sa vie était devant lui. Il commençait à peine à vivre. Il représentait une partie de notre avenir, de l’avenir d’Elsipogtog.
Si seulement la mort pouvait être évitée. Elle fait malheureusement partie de la vie. Mais la façon dont Hayven est mort, elle, pouvait être évitée.
Hayven a essayé de combattre les démons de la vie dans la réserve, mais le système l’a laissé tomber. Que son esprit continue de guider sa famille, ses amis et notre communauté, et de leur donner de la force.
Comme l’a dit récemment un membre de notre communauté, Elsipogtog a besoin d’un «Safe Hayven», d’un endroit sûr pour ceux qui en ont besoin.
Certains savent peut-être que j’écris une chronique dans Le Moniteur Acadien. J’y parle de notre histoire, de nos traités, de ma vie et de ce que signifie être Mi’kmaq dans la plus grande Première Nation du Nouveau-Brunswick.
J’écris mes textes en anglais, puis ils sont révisés et traduits pour moi. Écrire m’a aidée à réfléchir à ce qui s’est produit dans notre communauté et à ce qui s’y passe encore aujourd’hui.
Cela me brise le cœur de voir l’état dans lequel se trouve notre communauté, mais je demeure convaincue qu’ensemble, nous pouvons changer les choses.
Elsipogtog a toujours été forte. Nous avons traversé de nombreuses difficultés au cours des trente dernières années. L’un de nos plus grands défis concerne la façon dont nous nous gouvernons.
Lorsque la Loi sur les Indiens a pris davantage de place dans la salle du chef et du conseil, notre communauté a graduellement perdu une partie de sa voix. Nous sommes passés d’une communauté qui se préparait à l’autonomie gouvernementale à une communauté qui vient encore de perdre tragiquement l’un de ses jeunes.
Être un leader et être un élu ne sont pas nécessairement la même chose.
Je comprends aujourd’hui ce que mon père voulait dire lorsqu’il disait: «Il faudra beaucoup de temps avant qu’Elsipogtog veuille de nouveau un leader. Aujourd’hui, on dirait qu’elle veut simplement un gagnant.»
Un véritable leader doit agir avec transparence et rendre sa voix à la population, car c’est là que réside la force d’une communauté.
Je crois que nous avons aujourd’hui des dirigeants qui veulent permettre à Elsipogtog d’atteindre son plein potentiel. Mais notre chef et notre conseil sont fatigués et doivent être soutenus. Nous devons travailler avec eux, tout comme ils doivent nous protéger et être honnêtes envers nous.
J’espère que nous avons élu des leaders, et pas simplement des gagnants.
Elsipogtog est forte. Elle l’a toujours été et elle le demeurera.
Nous vivons une crise, mais notre communauté possède les ressources humaines nécessaires pour la surmonter. En travaillant ensemble, Elsipogtog peut retrouver toute sa lumière.
Notre communauté avait autrefois de grands rêves. Peut-être est-il temps, ensemble, de recommencer à les réaliser.
Je compte assister à la réunion publique mercredi. J’espère vous y voir.
Susan Levi-Peters
Moncton
