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Opinion
14 Octobre 2026

PALC 2026-2036 : une francophonie inclusive doit aussi être une francophonie antiraciste

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Lettre ouverte à la communauté acadienne et francophone du Nouveau-Brunswick

Le Conseil provincial des personnes d’ascendance africaine du Nouveau-Brunswick (CPPAANB) salue le lancement, le 5 octobre 2026, de la Politique d’aménagement linguistique et culturel (PALC) 2026-2036. Cette nouvelle PALC constitue une étape importante pour l’avenir de l’éducation francophone au Nouveau-Brunswick. Nous saluons notamment l’attention portée à l’accueil des nouveaux arrivants, à la construction identitaire, à la diversité culturelle et à la réconciliation avec les peuples autochtones. Mais une question demeure essentielle : la modernisation de la PALC est-elle allée suffisamment loin en matière de justice raciale et de lutte contre le racisme systémique? Pour le CPPAANB, une francophonie véritablement inclusive doit aussi être une francophonie qui reconnaît, nomme et combat le racisme.

Depuis l’adoption de la première PALC en 2014, notre société a profondément changé. Nos écoles sont aujourd’hui plus diversifiées sur les plans linguistique, culturel et racial. L’immigration francophone contribue de manière importante à cette transformation.

Cette réalité est particulièrement visible à l’échelle canadienne. Selon le Tableau de bord sur l’immigration francophone hors Québec – 2025 d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), 29 630 résidents permanents d’expression française ont été admis au Canada hors Québec en 2025, soit 8,9 % de l’ensemble des admissions de résidents permanents hors Québec. Le gouvernement avait fixé une cible de 8,5 %. Plus révélateur encore pour notre réflexion sur la diversité de la francophonie : 84,8 % de ces admissions francophones provenaient de citoyens de pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Parmi les dix principaux pays de citoyenneté figuraient le Cameroun, l’Algérie, le Maroc, la Côte d’Ivoire, Haïti, la République démocratique du Congo, le Burundi et le Togo.

Cette transformation n’est toutefois pas récente. Le Portrait statistique de la population immigrante de langue française à l’extérieur du Québec (1991 à 2006) de Statistique Canada souligne déjà l’importance de l’immigration africaine dans la francophonie hors Québec. Le rapport indique qu’en 2006, 26 % de la population immigrée ayant le français comme première langue officielle parlée (PLOP français) était noire, comparativement à 5 % dans les deux autres groupes d’immigrants étudiés.

Ces données historiques et contemporaines racontent une même réalité : la francophonie hors Québec se transforme, et les personnes originaires d’Afrique et d’autres régions du monde en constituent une part importante du renouvellement. Au Nouveau-Brunswick, cette transformation prend une dimension particulière. Notre province constitue un espace majeur de la francophonie canadienne hors Québec. En 2022, le Nouveau-Brunswick et l’Ontario représentaient à eux seuls les destinations envisagées par environ les trois quarts des résidents permanents d’expression française admis hors Québec. La question que nous devons donc nous poser collectivement est simple : Quelle place réelle voulons-nous faire à celles et ceux qui contribuent aujourd’hui à bâtir cette nouvelle francophonie? Qu’en est-il de nos élèves noirs?

Le CPPAANB a contribué au processus de modernisation de la PALC en proposant notamment l’intégration de la justice raciale et des engagements internationaux dans la version actualisée de la politique. Nous croyons que les termes « diversité », « équité » et « inclusion » ne suffisent pas lorsque les réalités vécues ne sont pas nommées. Il faut parler clairement de la discrimination historique et contemporaine vécue par les personnes d’ascendance africaine, des inégalités raciales dans le système scolaire, de l’impact du racisme antinoir sur les élèves et de la nécessité de mieux faire connaître l’histoire des personnes noires au Nouveau-Brunswick et au Canada.

Nos jeunes francophones noirs ne sont pas uniquement des enfants de l’immigration. Certains sont nés ici. D’autres ont grandi ici. Ils parlent français, fréquentent nos écoles, participent à nos communautés et contribuent à notre société. Ils sont pleinement partie prenante de la francophonie néo-brunswickoise. Pourtant, ils sont parfois confrontés au manque de représentation, aux stéréotypes, aux préjugés ou au sentiment d’être tolérés plutôt que véritablement reconnus.

Une question peut alors surgir dans leur esprit : « Suis-je réellement une partie de cette francophonie? » Cette question ne devrait jamais être nécessaire. L’histoire noire fait partie de l’histoire francophone et canadienne et la lutte contre le racisme ne peut pas se limiter à la gestion des incidents lorsqu’ils surviennent. Elle doit aussi passer par l’éducation, la connaissance et la reconnaissance de l’histoire.

L’histoire canadienne comprend une présence africaine et noire qui remonte à plusieurs siècles. Mathieu Da Costa, souvent présenté comme le premier Africain connu à avoir été présent sur le territoire de l’actuel Canada, a notamment joué un rôle d’interprète et de médiateur linguistique dans les premières relations entre les Français et les peuples autochtones. Cette histoire doit être enseignée dans toute sa complexité, mais aussi dans sa richesse.

Nos élèves noirs doivent pouvoir se reconnaître dans l’histoire qu’on leur enseigne. Ils doivent pouvoir découvrir non seulement l’histoire de la discrimination et de l’esclavage, mais également les contributions, les savoirs, les réalisations et les parcours des personnes d’ascendance africaine au Canada.

L’histoire noire n’est pas une histoire parallèle. Elle fait partie de notre histoire collective. Une politique inclusive doit être accompagnée de mesures concrètes. Nous invitons ainsi le gouvernement, les districts scolaires, les établissements d’enseignement et les partenaires communautaires à :

  • renforcer la formation des éducatrices et éducateurs sur le racisme antinoir, les préjugés et les biais systémiques;
  • mettre en place des mécanismes efficaces et sécuritaires pour prévenir, signaler et traiter les incidents de racisme;
  • accroître la représentation des personnes noires dans le personnel éducatif, administratif et décisionnel;
  • veiller à ce que les programmes scolaires reflètent l’histoire et les contributions des personnes d’ascendance africaine;
  • recueillir et utiliser des données permettant de mieux comprendre les inégalités vécues par les élèves selon leurs réalités raciales, linguistiques et sociales;
  • offrir un soutien approprié aux élèves et au personnel scolaire confrontés au racisme.

La justice raciale ne doit pas être un ajout à la politique éducative. Elle doit faire partie intégrante de sa mise en œuvre. C’est une responsabilité qui dépasse nos frontières. Le Canada a reconnu la nécessité de lutter contre le racisme et les inégalités vécues par les personnes d’ascendance africaine, notamment dans le cadre de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine et de ses engagements internationaux. La francophonie néo-brunswickoise ne peut être étrangère à ces engagements.

Si nous voulons construire une communauté francophone forte, dynamique et durable, nous devons nous assurer que les personnes qui la composent puissent non seulement y vivre en français, mais aussi s’y reconnaître, y être représentées et y avoir un véritable sentiment d’appartenance. Le lancement est une étape. La mise en œuvre sera déterminante.

Le CPPAANB accueille favorablement cette nouvelle PALC et souhaite contribuer à sa réussite. Mais une politique ne transforme pas une société par son adoption seulement. C’est sa mise en œuvre, les ressources qui lui sont consacrées, les mécanismes de reddition de comptes et la volonté collective d’agir qui détermineront sa portée réelle.

Nous invitons donc le gouvernement du Nouveau-Brunswick, les districts scolaires, les institutions éducatives, les organismes communautaires, les familles et l’ensemble de la communauté acadienne et francophone à poursuivre le dialogue et à passer à l’action.

Aux nouveaux arrivants francophones, nous ne devons pas simplement dire : « Bienvenue dans notre francophonie. » Nous devons leur démontrer qu’ils y ont une place réelle.

Et à nos jeunes francophones noirs qui sont nés ici ou qui ont grandi ici, nous devons dire clairement : Vous n’êtes pas simplement les bienvenus dans notre francophonie. Vous en faites partie.

L’avenir de la francophonie au Nouveau-Brunswick ne se construira pas seulement en français. Il se construira avec toutes celles et ceux qui la composent.

Rien sur nous sans nous

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Parle Parle Jase Jase

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