Éducation au Nouveau-Brunswick : l’égalité des chances importe toujours
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Les propositions visant à accorder des crédits d’impôt, des déductions ou d’autres avantages financiers publics aux familles qui choisissent l’enseignement privé ou l’enseignement à domicile me préoccupent.
Les familles ont le droit de faire ces choix. Là n’est pas la question.
La question est plutôt de savoir si les contribuables doivent les subventionner. Les crédits d’impôt et les déductions fiscales réduisent les revenus de l’État. Concrètement, ils mobilisent des ressources publiques pour soutenir des choix d'éducation privée.
Je connais bien le système d’éducation du Nouveau-Brunswick, car, à bien des égards, j’ai grandi avec lui.
Mon parcours a commencé en 1952, lorsque je suis entré en première année dans une école de village d'une seule classe, dans la région rurale du comté de Carleton. Ces petites écoles desservaient des populations dispersées, et les opportunités variaient grandement selon l'endroit où l'on vivait.
En 1958, alors que j'étais en sixième année, les enfants de plusieurs localités et villages de South Richmond ont été regroupés dans une école à Debec. Ma tante était l’enseignante, et nous étions 42 élèves.
Six ans plus tard, seuls 12 d'entre nous ont réussi à se rendre jusqu’à la dernière année et ont obtenu leur diplôme d'études secondaires. Moins de 30% des enfants à côté de qui j'étais assis en 6e année ont terminé leurs études secondaires dans le délai habituel de 12 ans.
J'ai eu de la chance. J’étais l’un de ces 12 élèves.
Cette expérience m'a habité tout au long de mes 60 ans de carrière et plus dans le domaine de l’éducation. Une grande partie de mon travail s’est articulée autour d’une seule question: comment faire en sorte que nos écoles fonctionnent bien pour tous nos enfants, quels que soient leur situation, leurs capacités ou leurs besoins?
Au fil de ces années, j'ai vu les réformes sur l'égalité des chances du gouvernement Robichaud transformer le Nouveau-Brunswick. L'éducation publique a été l’une de leurs plus grandes réalisations. L'avenir d'un enfant ne dépendait plus du fait d'être né dans une ville prospère, dans une petite communauté rurale ou au sein d'une famille en mesure de lui offrir un parcours plus privilégié.
Que tout le monde ait des chances égales était important à l’époque, et cela l’est encore aujourd’hui.
Le Nouveau-Brunswick de mon enfance acceptait l'idée que de nombreux jeunes ne finiraient tout simplement pas l'école. Aujourd'hui, nous nous attendons à ce que chaque enfant fréquente l'école, y trouve sa place, reçoive un enseignement de qualité et obtienne son diplôme en étant bien préparé à la vie adulte.
Il s’agit d’un progrès remarquable. Nous ne devrions pas le tenir pour acquis.
Nos écoles publiques sont loin d'être parfaites. Elles peuvent et doivent faire mieux. Nous avons besoin d'un excellent enseignement, d'un leadership fort, d'un meilleur soutien pour le personnel enseignant, de services spécialisés efficaces, d'attentes élevées et d'un engagement sincère envers l'inclusion.
Certaines familles ressentent de la frustration. Les besoins de certains enfants ne sont pas comblés comme ils le devraient. Mais lorsque les écoles publiques affichent des lacunes, la solution est de les améliorer, et non d'utiliser les fonds publics pour subventionner le départ des élèves.
Les écoles publiques assument une responsabilité que les écoles privées n’ont pas. Elles doivent accueillir tous les enfants – les enfants en situation de handicap, les enfants qui vivent dans la pauvreté, les jeunes nouvellement arrivés et les élèves ayant des besoins d'apprentissage complexes – tant dans les grandes villes que dans les municipalités et les communautés rurales.
Les écoles publiques sont également un facteur de cohésion sociale. Les enfants issus aux revenus, cultures, capacités, croyances et expériences de vie variées apprennent les uns aux côtés des autres. Ils acquièrent des compétences académiques, mais ils apprennent aussi à cohabiter avec des personnes qui peuvent être différentes d’eux.
C’est ce qui fait de l’éducation publique un élément de l’infrastructure démocratique et sociale de notre province.
Nous devrions rejeter les politiques qui poussent l'éducation vers un marché où les familles disposant de ressources plus importantes peuvent acheter un avantage, tandis que les fonds publics suivent ceux qui quittent le système public.
Les réformes visant à offrir des chances égales pour tous ont contribué à façonner un Nouveau-Brunswick différent : une province convaincue que chaque enfant devrait bénéficier de chances égales d'apprendre, et non seulement ceux nés au bon endroit ou dans un milieu favorable.
Ce principe mérite encore d’être défendu.
Les parents sont libres de choisir l’école privée ou l’enseignement à domicile. Nous devons respecter cette liberté. Cependant, le fait de respecter le choix du n’implique pas que le public doit le subventionner.
Avant de consacrer des fonds publics à des choix d'éducation privée, nous devons nous demander: cette mesure renforcera-t-elle le système scolaire accessible à chaque enfant au Nouveau-Brunswick?
Si ce n’est pas le cas, nous ne devrions pas le faire.
Gordon Porter
Woodstock
Ancien président de la Commission des droits de la personne du N.-B. (2005-2010)
