Si Cocagne veut, Cocagne peut !
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L’histoire de mon patelin est profondément marquée par la résilience face à la Déportation et par sa richesse naturelle. Avant d’être un premier village permanent en 1767, Cocagne sert de refuge temporaire au début du Grand Dérangement. Menées par quatre familles acadiennes revenues d’exil des îles Saint-Pierre-et-Miquelon qui s’y installèrent, le «pays de Cocagne» est aujourd’hui intégré à la municipalité de Beausoleil. En 1772, ces pionniers reçoivent officiellement leurs titres de propriété et ils deviennent ainsi historiquement les premiers Acadiens à posséder légalement leurs terres à l’intérieur du territoire actuel de la province du Nouveau-Brunswick.
De nos jours, le pays de Cocagne (Communauté rurale de Beausoleil) est composé d’une région élargie incorporant Cocagne, Notre-Dame, et Grande-Digue (Shédiac Bridge). C’est une charmante communauté acadienne historiquement très majoritairement francophone. Par respect des fondateurs et des générations précédentes et futures, nous nous devons de protéger et faire valoir le fait français dans la Communauté rurale de Beausoleil.
En 2024, grâce aux suivis sans relâche du Cercle acadien de la langue française, les premières enseignes Stop/Arrêt du ministère des Transports et de l’Infrastructure du gouvernement du Nouveau-Brunswick furent changées pour ARRÊT/STOP dans les quartiers de Cocagne, Notre-Dame et Grande-Digue de la municipalité Beausoleil.
Ce véritable gain en faveur du rayonnement de la langue française fait des petits, l’ancienne conseillère municipale de Belle-Baie, Marie Larivière, a très récemment réussi à faire installer un premier panneau du ministère Arrêt/Stop dans sa municipalité de Belle-Baie. Bravo Marie! Ne craignez pas, nous persisterons et signerons et cette politique doit être inscrite dans la nouvelle mouture de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. J’ai confiance en Benoît Bourque pour ce faire.
Je plonge maintenant dans le vif du sujet qui me préoccupe. Lors d’une récente réunion plénière du conseil municipal de Beausoleil, les élus ont discuté de la possibilité de réouvrir le débat au sujet de l’arrêté no 2024-03 – un arrêté concernant l’affichage commercial de la Communauté rurale de Beausoleil. Cet arrêté est plus que jamais nécessaire et a un but très simple: assurer la préséance du français sur toutes les enseignes commerciales situées dans les paroisses acadiennes de Cocagne, Notre-Dame et de Grande-Digue (Shédiac Bridge).
D’ailleurs, cet arrêté stipule notamment que le plan stratégique municipal de la Communauté rurale de Beausoleil priorise la promotion et la défense de la langue française. En outre, il énonce que le conseil municipal désire affirmer le français comme langue d’affichage commerciale extérieure principale afin de protéger et de promouvoir la communauté linguistique francophone dans les collectivités historiquement majoritaires acadiennes de ces quartiers municipaux. Je doute fortement que ces objectifs ne soient plus pertinents et nécessaires en 2026. Cet arrêté précise aussi que la raison sociale (nom d’une compagnie) peut être unilingue « anglais ».
Certains voudront bien argumenter qu’une clause dite « grand-père » devrait y figurer mais cette clause existe déjà pour TOUTES les entreprises à son article 4(2): les propriétaires d’affiches commerciales extérieures qui enfreignent cet arrêté au moment de son adoption bénéficieront d’une période de 36 mois de cette date à se conformer aux exigences de cet arrêté. Dit autrement, une entreprise a encore jusqu’au 16 juillet 2027 (11 mois) pour se conformer et remplacer une enseigne qui serait non conforme. De plus, un financement (subvention) existe pour défrayer plus de 60% des couts grâce à un programme de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB). L’excuse de dire que certaines entreprises ne sont pas au courant ne tient pas la route: cet arrêté a été débattu sur la place publique et «communiqué» très amplement par tous les médias francophones et anglophones.
En conclusion, il y a actuellement une urgence linguistique dans le sud-est et le comté de Kent et nous nous devons d’accélérer la cadence en faveur du fait français.
«Si Cocagne veut, Cocagne peut!» est une devise bien connue en Acadie qui illustre la force, la résilience, et la détermination de ma communauté acadienne à se prendre en main et à maintenir sa vitalité.
Ou alternativement, «Si Beausoleil veut reculer, Beausoleil peut reculer!»
Mathieu Gérald Caissie
Fondateur du Cercle acadien de la langue française
