UNE FOIRE RENAISSANCE SANS FRANÇAIS À SHEDIAC ?
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La ville francophone de Shediac vient d’accueillir un événement culturel assez médiatisé, et entièrement en anglais. Un très mauvais signal, à un moment où l’Acadie du Nouveau-Brunswick se louisianise.
Un festival médiéval s’est tenu les 22 et 23 août derniers, dans la municipalité de Shediac, dans le sud-est acadien du Nouveau-Brunswick. Ayant accueilli de nombreux participants et visiteurs, et bénéficié d’une assez importante couverture médiatique, ce festival a toutefois brillé par l’absence totale de la langue française. L’affichage, le compte Facebook et le site internet de l’événement étaient intégralement en anglais (contrairement aux apparences parfois trompeuses).
De même, la vidéo de plus de cinq minutes, diffusée le 25 août et comportant les excuses du responsable de l’événement et propriétaire du groupe organisateur, un Acadien de la région, fut également uniquement en langue anglaise. Aucune place n’a donc été faite au français, pour un événement organisé en terre acadienne francophone, relatif à une période historique bien plus marquée par la France que par l’Angleterre, et de surcroît dirigé par un Acadien. Humiliation suprême!
À un moment où la francophonie du Nouveau-Brunswick vit des moments difficiles, menacée par la louisianisation et l’extinction, comme l’atteste la baisse continue de son poids démographique (notamment à Shediac, où le pourcentage de francophones est passé de 72,2% à 65,9% entre les recensements de 2016 et 2021, selon le critère de la première langue officielle parlée), ce genre d’attitude constitue évidemment un manque de considération et de respect vis-à-vis du peuple acadien, victime d’une cruelle épuration ethnique au 18ème siècle (trop pudiquement dénommée «le Grand dérangement», appellation qui ne veut pas dire grand-chose pour le reste du monde). Mais elle constitue surtout une menace pour le maintien de la présence acadienne et la survie de cette culture au Nouveau-Brunswick, où l’assimilation fait des ravages, en particulier dans le sud-est.
Bannir la langue française et l’identité acadienne des différents événements culturels ou sportifs ne peut d’ailleurs que favoriser également l’assimilation des immigrants francophones, obligés de s’angliciser alors qu’ils sont censés contribuer au maintien du poids des francophones. Il est d’ailleurs à noter que le formulaire de candidature aux emplois proposés par le groupe Shediac Wonderland, auquel appartient ce festival médiéval, est intégralement en langue anglaise.
Ilyes Zouari
Président du CERMF (Cercle d'étude et de réflexion sur le monde francophone)
