116e épisode : Siffroi a fait honte à p’tit François
- Partager
Mon voisin Siffroi était pourtant commode quanque j’restais à Dieppe. C’é lui qui s’occupait de mes deux ch’vals, mes cochons pis mes poules. Ben là steur y vient travailler avec moi au restaurant à Dieppe so j’u obligé d’engager Fabien le p’tit castor pour qui prenne garde à ma p’tite ‘farm’. Y l’applont l’castor parce qui y’a quasiment été élevé dans l’bois pis y mangeait toutes sortes de bêtes, surtout du castor. Avec d’la viande de castor y s’faisait souvent du fricot. Quanque j’étais jeune j’me rappelle qui m’avait invité dans sa cabane pour manger son fricot. J’étais starvé pis j’pensais que y’avait fait du fricot au poulet, so j’ai dit “oh yes!” J’m’assis à table mais c’était pas une table, plutôt un grosse vieille boîte à bois. Pis pas d’chaises, des bûches. So j’ai mangé une grosse assiette creuse de fricot, même presque deusse. Quanque j’ai y’eu fini d’manger y m’a demandé si qu’j’avais aimé son fricot au castor. J’ai dit: “Quoi? J’ai ti ben compris du fricot au castor, pas au poulet?” Wel j’ai garroché la cuillére da place pis j’ai même bosté la porte de plastic en courant pour dehor. J’ai craché comme mille fois jusqu’à temps que j’arrive che nous. J’m’avais vraiment rendu malade juste à penser que j’avais mangé du castor pis pour deux jours j’avais la face aussi blanche que d’la farine. Une autre fois y m’a invité à v’nir goûter ses ‘cookies’ mais j’m’ai fait une excuse en y disant que j’me préparais pour aller à confêsse, so j’avais pas l’temps. J’avais même peur qu’au lieu du sucre dans sés cookies qui y’arait mis d’la graisse de cochon. Asteur y dépasse 85 ans pis y’avoue lui-même qui y’était pas ‘smart’ à l’école pis y’a y’eu d’la misère à finir son grade trois quanque y’avait quatorze ans. Pas d’sa faute par exempe pis j’le respecte. Y’é une parsonne charitable, tout l’temps paré à ayider n’importe qui. C’é un bon ami. Y veut même pas que j’le paye mais quanque j’finirai à Dieppe pis que je r’viendrai che nous j’va y’acheter un beau cadeau.
En tout cas, je r’grette d’aouère fourré da tête au salaud Siffroi de v’nir travailler avec moi au restaurant. Y croit itou qui va pouère rencontrer une nouvelle girlfriend au travail. Déjà à sa premiére journée d’ouvrage y m’a fait honte comme une dizaine de fois. Ce premier matin là j’y’ai pourtant dit que tousse qui avait à faire dans la s’maine c’était d’amener des verres d’eau aux clients pis moi j’m’occuperais à amener l’café pis les assiettes de manger aux tables. Pis y’é ‘slow’. À part de ça qui tremble boucoup parce qui y’était vraiment ‘nervous’ à sa premiére journée. Quanque y’arrive à une table y reste pu yinque le quart d’eau dans l’verre. Le reste a r’volé da place à force de trembler dés mains. Mais Siffroi peut être éffaré aussi. Comme aussitôt qui y’arrivé à une table d’un client avec quasiment pu d’eau dans l’verre, le client lui a demandé poliment pour quossé que l’verre était presque vide. Ah jésome d’la vie! Siffroi a cru qui l’homme l’avait insulté so y’a répondu: “Toi bois ton eau pis forme ton p’tit bec de corneille.” Ayaye! Wel j’ai y’eu honte quanque j’ai entendu ça. Même que la boss l’a aussi entendu pis a l’a dit à Siffroi que si y surveille pas sa langue qu’a l’mettra à la porte.
Une aute fois y’amené deux verres d’eau à une table. La femme avec un chapeau d’paille su la tête y’a même pas dit merci. Wel Siffroi enragé y’a dit: “Madame avec ton vieux gros chapeau d’paille pis ton grand nez Pinocchio tu r’sembles quasiment une grosse vache qui vient d’vêler son premier p’tit veau! Ah pour l’amour du saint ciel!
À suivre...
