Opinion
21 Février 2023
Dualité : et si chaque parti politique avait deux chefs?
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Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
À ma grande surprise, lorsque j’ai visionné le discours de Blaine Higgs sur l’état de la province, je l’ai trouvé très bon orateur. Il a cependant fait montre d’arrogance et d’humour déplacé. Sans surprise, il s’est cependant limité à glorifier ses performances et celles de son gouvernement au cours de la dernière année. Il nous a à peu près annoncé ses plans pour l’année à venir, tout en restant flou entre autres choses sur ses réelles intentions en matière d’immersion française. Encore une fois, il demeure secret et réservé quant à ses pensées sur sa façon de gouverner. Si son passé est garant de l’avenir, on doit rester vigilant face à ses tendances autocratiques à mener les affaires de la province. Souvenons-nous qu’il n’a que 28% de soutien populaire actuellement.
Plusieurs dossiers restent litigieux : les langues officielles, les relations autochtones, l’équité salariale, les relations ouvrières, et j’en passe. Notre situation linguistique reste fragile et malmenée, malgré tous nos efforts et tous les atouts institutionnels que l’on s’est donnés. Nous continuons à perdre du terrain. Et pourtant, nous avons les outils législatifs et constitutionnels pour accéder à l’égalité réelle avec l’autre communauté linguistique. Mais cette dualité égalitaire ne semble pas avoir d'emprise dans la réalité de tous les jours. Y aurait-il d’autres façons d’incarner cette égalité réelle dans les faits?
Quand on vit des situations récurrentes et répétitives insatisfaisantes, ne faudrait-il pas penser en dehors de la boîte comme disent les anglophones afin d’imaginer d’autres scénarios? C’est dans cet esprit que je vais vous présenter de nouvelles avenues ci-dessous.
Par le passé, dans certains de mes écrits, j’ai tenté de faire des propositions alternatives afin de sortir de ce cercle vicieux du déjà vu, du «c'est toujours du pareil au même». Une de ces propositions était d’incarner à l’intérieur de chaque parti politique un format dualiste. Autrement dit, chaque parti politique devrait avoir deux chefs, soit l’un acadien et l’autre anglophone. Il y aurait aussi une aile et un caucus acadiens dans chaque parti, de même qu’une aile et un caucus anglophones. Les deux co-chefs échangeraient en alternant le rôle de porte-parole et/ou de premier ministre tous les ans. Cette proposition peut paraître incongrue, farfelue ou loufoque! Pourtant, en Suisse, tout de même un modèle de la démocratie s’il en est un, on change de président tous les ans.
Toutefois, sachez que depuis que j’ai émis cette hypothèse, deux partis politiques au Canada ont adopté cette formule. Il s’agit de Québec Solidaire avec Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé comme co-porte-paroles. Le même phénomène se décline au niveau du Parti Vert fédéral dont la cheffe officielle, Elizabeth May, a décidé de partager sa fonction avec un chef-adjoint, Jonathan Pedneault. Dans les faits, ça semble bien fonctionner dans les deux cas.
Comme nous sommes une province officiellement bilingue, avec deux communautés linguistiques égales, faire de nos partis politiques des partis dualistes pourrait être une formule adaptée et gagnante. Une telle dualité dans les partis politiques permettrait d’incarner de façon tangible et explicite notre réalité sociolinguistique.
Avec le gouvernement du Nouveau-Brunswick que nous avons actuellement, vu du Sud-Est, nous avons l’impression qu’il n’existe que pour la partie anglophone de Fredericton-Saint-Jean, excluant même Moncton où selon Higgs il y aurait, paraît-il, une mafia acadienne. Certaines personnes encouragent les anglophones à se doter d'une province anglophone. Si cela s’avérait, nous obtiendrions ainsi par défaut notre province acadienne.
Parmi les partis politiques que nous avons actuellement au Nouveau-Brunswick, il me semble que c’est le Parti vert provincial qui serait le plus mûr pour procéder à un tel changement structurel. Dans les faits, David Coon et Kevin Arseneau fonctionnent déjà comme s’ils étaient deux co-chefs, David s’occupant principalement des médias anglophones, alors que Kevin s’occupe principalement des médias francophones. S’il y avait une aile francophone au Parti vert, il me semble que beaucoup d’Acadiennes et d’Acadiens seraient enclins à joindre un tel parti.
Confrontés à une certaine désolation et à une certaine morosité en politique, il faut s’ingénier à changer les recettes de fonctionnement. Les suggestions ci-dessus mentionnées sont peut-être inusitées, mais elles méritent d’être à tout le moins innovatrices. Il est à souhaiter qu’au moins un de nos partis politiques adopte une telle structure.
