Commémoration du désastre d’Escuminac
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Le 19 juin marque l’anniversaire du désastre d’Escuminac, qui détruisit 23 bateaux et réclama la vie de 35 pêcheurs.
Le dimanche 14 juin avait lieu, à l’École régionale de Baie-Sainte-Anne, une soirée commémorative de ce désastre de 1959, à laquelle j’ai eu le privilège et le bonheur d’assister. De fortes images du passé ont afflué à ma mémoire et de vives émotions ont été suscitées, moi qui avais été témoin de cet indicible sinistre.
J’avais 17 ans – je trahis mon âge. Cet été-là, en vacances du Juvénat des Eudistes, à Bathurst, je pêchais le homard avec mon père. Déjà, vers 11h, ce vendredi 19, le vent s’était considérablement levé et le gonflement de la houle rendait les manœuvres difficiles. Les dériveurs de saumon et de maquereaux ne prenaient le large qu’en fin d’après-midi, une flottille de plusieurs dizaines de bateaux, dont les équipages ignoraient l’approche de l’ouragan qui devait déferler sa furie durant la nuit et la journée du lendemain.
Durant la journée du samedi 20 juin, j’étais parmi la foule des paroissiens assemblée sur le quai d’Escuminac et sur la grève adjacente à scruter l’horizon dans l’espoir d’y apercevoir des bateaux revenant du large ou des épaves venant s’échouer sur la grève. Un de mes oncles manquait à l’appel. Son corps viendra s’échouer sur la grève, un mois plus tard, à la hauteur de la demeure de ses parents. Il sera découvert par son fils.
Dix ans plus tard, au printemps 1969, alors que j’enseignais à l’école secondaire de la Baie, sous la direction de Normand Schofield, ce dernier m’a demandé un jour de l’accompagner à une rencontre avec le brigadier Michael Wardell, de Fredericton, rédacteur en chef du journal «The Gleaner» et du magazine «The Atlantic Advocate» et président du comité «Fonds de secours aux familles victimes du désastre», qui avait été mis sur pied en 1959 durant les premiers jours qui ont suivi le sinistre. Ce comité, en collaboration avec la Chambre de commerce de Baie-Sainte-Anne, organisait des cérémonies de commémoration à l’occasion du 10e anniversaire de la tragédie maritime. On prévoyait d'y dévoiler une sculpture magistrale de l’artiste Claude Rousselle comme monument à la mémoire des pêcheurs disparus et en l’honneur des 16 héros qui avaient réussi, ce jour-là, à sauver la vie de quelques-uns des leurs au péril de leur propre vie.
À nous trois, nous avons peaufiné le programme du déroulement des cérémonies prévues. Je me suis vu assigné le rôle de maître de cérémonie.
Parmi les quelque 2000 personnes présentes à cette commémoration, on comptait de nombreux dignitaires, dont Mgr Norbert Robichaud, archevêque du diocèse de Moncton, Mgr A. H. O’Neil, archevêque du diocèse de Fredericton, le lieutenant-gouverneur Wallace S. Bird, Louis J. Robichaud, premier ministre du Nouveau-Brunswick, Norbert Thériault, ministre de la Santé et du bien-être, W. W. Meldrum, ministre de l’Éducation, W. R. Duffie, ministre des Ressources naturelles, Richard Hatfield, leader de l’opposition, K. C. Irving et ses deux fils, Arthur et Jack et le curé de la paroisse de Baie-Sainte-Anne, le père Benoît Boudreau.
Plusieurs d’entre eux ont pris la parole. Un de mes élèves, Lucien Chiasson, diplômé de l’année précédente et orphelin du désastre, où son père et deux de ses frères périrent, fut appelé à rendre un témoignage au nom des familles éprouvées, auquel j’eus le privilège de contribuer quelques conseils. Lucien était alors aux études au «Radio College of Canada», à Toronto, comme bénéficiaire du Fonds de secours. J’ai également eu l’honneur de figurer parmi les membres de la chorale de jeunes et d’adultes qui a interprété quelques chants d’occasion durant la cérémonie du dévoilement, sous l’habile direction de sœur Léola Sippley et du sergent G. A. Dunn, maître de la fanfare de la Base des forces armées canadiennes de Chatham.
La levée du drapeau du Canada se fit au son du «Réveille», suivie du passage de trois avions Voodoo de la base d’aviation CFB Chatham, qui ont survolé le monument au moment de son dévoilement.
Cette année encore, le 19 juin tombe un vendredi, une coïncidence qui invite à une remémoration particulièrement vive de cette horrible tragédie.
À la soirée du 14 juin dernier, à la salle de théâtre de l’École régionale de Baie-Sainte-Anne, la Société culturelle de l’endroit, sous l’habile direction de sa coordonnatrice, Janice Daigle, projetait trois documents vidéo portant sur divers volets de l’événement commémoré. Un premier document intitulé «Escuminac disaster, beneath the surface», d’une durée de 90 minutes, produit par Brenda Malley, native du Nouveau-Brunswick, écrivaine, productrice et réalisatrice de plusieurs films, offrait des images saisissantes et le témoignage de plusieurs survivants.
Les deux autres documents consistaient en de courts métrages instructifs et émouvants d’une dizaine de minutes chacun: l’un intitulé «Le pêcheur au filet dérivant», une entrevue avec un pêcheur survivant, Alvin (Bill) McIntyre, produit par Ronald Rudin et réalisé par Peter Titus, et l’autre, «Violet, après la tempête», également produit par Ronald Rudin et réalisé par Bekky O’Neil, un témoignage de ce que la veuve d’un des pêcheurs disparus a vécu durant les semaines et les mois qui ont suivi le naufrage.
À l’intersession, une touche originale à la couleur de la Baie: une collation composée de mets populaires dans la région en 1959. Délicieux!
J’exprime toutes mes félicitations à la SCBSA ainsi qu’aux producteurs et aux réalisateurs des documents vidéo de grande qualité qui nous furent présentés.
Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent
