Chroniques
29 Octobre 2024
UNE VICTOIRE BÉNÉFIQUE
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Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
Comme je vous l’ai déjà dit, pour la deuxième fois de ma vie, j’ai voté libéral. Je devrais célébrer dans la joie et l’enthousiasme l’élection d’un gouvernement libéral majoritaire, or il n’en est rien. Mais je réserve ma joie et mon enthousiasme pour la défaite de Higgs dans sa propre circonscription, et l’obligation qui s'ensuit de quitter la chefferie du Parti conservateur. Ce parti a grand besoin de s’ajuster et de se repositionner
Dans un premier temps, nous devons nous réjouir du fait que, pour la première fois dans son histoire, le Nouveau-Brunswick se donne une Première ministre. C’est clairement une avancée extraordinaire pour la cause des femmes. Il est à souhaiter que l’accession au droit à l’avortement, de même que celui de l’équité salariale dans le secteur privé, soient des dossiers sur la voie rapide des décisions de ce gouvernement.
Je déplore sincèrement le départ du député vert Kevin Arseneau. Il a été un des meilleurs députés acadiens dans notre histoire. Il va nous manquer. Et cet électron libre va manquer à l’Assemblée législative!
Je reçois donc avec modération et lucidité l’arrivée d’un gouvernement libéral majoritaire. J’aurais aimé que ce gouvernement soit minoritaire, avec le Parti vert détenant la balance du pouvoir. Cette majorité qui est donnée au Parti libéral peut être un cadeau empoisonné. Ce parti a historiquement beaucoup de défauts. Il risque de retourner à ses vieux vices comme la centralisation du pouvoir. De plus, il a tendance à être ‘maniganceux’, ‘patenteux’, et à fonctionner entre petits amis. On parle même de potée libérale dans la Péninsule acadienne.
Si j’ai un conseil à donner à madame Holt, c’est de capitaliser avant tout sur les qualités de sa nouvelle équipe de députés. Le Parti libéral doit faire montre de façon explicite qu’il incarne le changement, non pas uniquement en évinçant le Parti conservateur, mais aussi en prenant ses distances face à d’ancestrales pratiques libérales qui lui ont fait du tort. On a vu tout au long de la campagne électorale la présence de nombreux vieux loups historiques libéraux dans l’entourage de madame Holt. C’est une meute dont elle doit s’affranchir.
De plus, le Parti libéral a tendance à être timide dans les dossiers linguistiques quand il arrive au pouvoir. Sauf en 1969 sous le libéral Robichaud, avec la grande complicité du conservateur Hatfield, le gouvernement provincial a adopté une première loi sur les langues officielles. Ensuite il y a eu 1993, sous le gouvernement McKenna, l’enchâssement des principes de la loi 88 dans la constitution… mais ce fût fait de peine et de misère, suite à un soulèvement acadien populaire.
Le Parti libéral a promis la nomination d'un sous-ministre au Secrétariat des langues officielles, mais pas la création d’un Comité permanent de l’Assemblée législative sur les langues officielles, dossier phare de l’ancien président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), devenu député libéral de Moncton-Est.
Que va-t-il se passer aussi dans le dossier de la santé quand les libéraux ont promis d’être plus à l'écoute des locaux dans la gestion du secteur? Vont-ils s’affranchir de leurs réflexes centralisateurs reconnus historiquement? Vont-ils remettre les conseils d’administrations des deux régies linguistiques sur la base d’un suffrage universel, avec un droit d’embauche de la direction générale?
Quant au dossier de l’éducation, il y a une épidémie d’écoles françaises à construire et à restaurer. Seront-elles prioritaires? Nous devons aussi changer la Loi sur l’éducation: est-ce que ce sera fait?
Mais trêve de questionnements! Nous devons vraiment nous réjouir autant du départ de Higgs du portrait politique du Nouveau-Brunswick, comme de l’arrivée d’un gouvernement libéral. La continuité avec Higgs aurait été insupportable. L’arrivée de madame Holt insuffle un vent de changement et de fraîcheur dans le paysage politique du Nouveau-Brunswick comme tel. Comme l’adage le dit, il faut donner une chance au coureur. Sincèrement, j’ai confiance!
jmlacadie1@gmail.com
Comme je vous l’ai déjà dit, pour la deuxième fois de ma vie, j’ai voté libéral. Je devrais célébrer dans la joie et l’enthousiasme l’élection d’un gouvernement libéral majoritaire, or il n’en est rien. Mais je réserve ma joie et mon enthousiasme pour la défaite de Higgs dans sa propre circonscription, et l’obligation qui s'ensuit de quitter la chefferie du Parti conservateur. Ce parti a grand besoin de s’ajuster et de se repositionner
Dans un premier temps, nous devons nous réjouir du fait que, pour la première fois dans son histoire, le Nouveau-Brunswick se donne une Première ministre. C’est clairement une avancée extraordinaire pour la cause des femmes. Il est à souhaiter que l’accession au droit à l’avortement, de même que celui de l’équité salariale dans le secteur privé, soient des dossiers sur la voie rapide des décisions de ce gouvernement.
Je déplore sincèrement le départ du député vert Kevin Arseneau. Il a été un des meilleurs députés acadiens dans notre histoire. Il va nous manquer. Et cet électron libre va manquer à l’Assemblée législative!
Je reçois donc avec modération et lucidité l’arrivée d’un gouvernement libéral majoritaire. J’aurais aimé que ce gouvernement soit minoritaire, avec le Parti vert détenant la balance du pouvoir. Cette majorité qui est donnée au Parti libéral peut être un cadeau empoisonné. Ce parti a historiquement beaucoup de défauts. Il risque de retourner à ses vieux vices comme la centralisation du pouvoir. De plus, il a tendance à être ‘maniganceux’, ‘patenteux’, et à fonctionner entre petits amis. On parle même de potée libérale dans la Péninsule acadienne.
Si j’ai un conseil à donner à madame Holt, c’est de capitaliser avant tout sur les qualités de sa nouvelle équipe de députés. Le Parti libéral doit faire montre de façon explicite qu’il incarne le changement, non pas uniquement en évinçant le Parti conservateur, mais aussi en prenant ses distances face à d’ancestrales pratiques libérales qui lui ont fait du tort. On a vu tout au long de la campagne électorale la présence de nombreux vieux loups historiques libéraux dans l’entourage de madame Holt. C’est une meute dont elle doit s’affranchir.
De plus, le Parti libéral a tendance à être timide dans les dossiers linguistiques quand il arrive au pouvoir. Sauf en 1969 sous le libéral Robichaud, avec la grande complicité du conservateur Hatfield, le gouvernement provincial a adopté une première loi sur les langues officielles. Ensuite il y a eu 1993, sous le gouvernement McKenna, l’enchâssement des principes de la loi 88 dans la constitution… mais ce fût fait de peine et de misère, suite à un soulèvement acadien populaire.
Le Parti libéral a promis la nomination d'un sous-ministre au Secrétariat des langues officielles, mais pas la création d’un Comité permanent de l’Assemblée législative sur les langues officielles, dossier phare de l’ancien président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), devenu député libéral de Moncton-Est.
Que va-t-il se passer aussi dans le dossier de la santé quand les libéraux ont promis d’être plus à l'écoute des locaux dans la gestion du secteur? Vont-ils s’affranchir de leurs réflexes centralisateurs reconnus historiquement? Vont-ils remettre les conseils d’administrations des deux régies linguistiques sur la base d’un suffrage universel, avec un droit d’embauche de la direction générale?
Quant au dossier de l’éducation, il y a une épidémie d’écoles françaises à construire et à restaurer. Seront-elles prioritaires? Nous devons aussi changer la Loi sur l’éducation: est-ce que ce sera fait?
Mais trêve de questionnements! Nous devons vraiment nous réjouir autant du départ de Higgs du portrait politique du Nouveau-Brunswick, comme de l’arrivée d’un gouvernement libéral. La continuité avec Higgs aurait été insupportable. L’arrivée de madame Holt insuffle un vent de changement et de fraîcheur dans le paysage politique du Nouveau-Brunswick comme tel. Comme l’adage le dit, il faut donner une chance au coureur. Sincèrement, j’ai confiance!
