Chroniques
4 Juin 2024
Pas dans ma chambre à coucher
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Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
Lorsque le gouvernement fédéral avait libéralisé les mœurs sexuelles dans les années 70, le Premier ministre Pierre-Elliot Trudeau, un homme très libre et avant-gardiste, avait déclaré que ce qui se passait dans la chambre à coucher n’était l’affaire de personne d’autres. Il avait raison.
Nul parmi nous ne voudrait avoir Blaine Higgs comme sexologue. Il est épris d’une religiosité rétrograde pour ne pas dire moyenâgeuse sur la question de la sexualité. Comme chef de gouvernement, il ne devrait pas s’immiscer dans les enjeux portant sur la sexualité, car il est mal avisé et incompétent en la matière en partant.
Il y a un adage qui dit que “le sexe mène le monde”, et j’acquiesce à cette assertion. Rien que l'actuel procès de Donald Trump en la matière sexuelle en est une sombre illustration. L'histoire humaine est parsemée de frasques sexuelles, que ça aille de Catherine II à Bill Clinton.
Provenant d’une famille nombreuse de dix enfants, je reconnais que mes parents n’avaient pas l'habileté ni la volonté de faire de l’éducation sexuelle. Les mots pénis et vagin n’ont jamais été prononcés à la maison. C’est sûrement la même situation dans les familles nombreuses de ma génération.
Personnellement, ça m’a pris presque vingt-cinq ans avant d’accepter pleinement que j’étais bisexuel. Étant donc aussi gai, je me suis marié, car j’avais aussi une envie profonde d’avoir des enfants. Ma femme extraordinaire, qui était suffisamment ouverte d’esprit, m’acceptait comme j’étais. Elle préférait d’ailleurs que j’aie des relations avec des hommes plutôt qu’avec des femmes. Elle se considérait moins menacée. Mon plus grand bonheur dans ma vie, c’est justement d’avoir trois filles et sept petits-enfants. Et d’être un bisexuel heureux! Heureusement aujourd’hui, les jeunes assument leur homosexualité de façon plus précoce.
Il est à souhaiter que ce conservatisme sexuel dans les familles ne soit plus le même aujourd’hui que dans mon temps. Mais, semble-t-il que cette situation se perpétue, puisqu’il n’y aurait pas autant de débats sur la question comme aujourd’hui. En effet, les parents ne sont pas toujours les mieux disposés pour faire de l’éducation sexuelle si nécessaire. Heureusement qu’il y a l’école!
Nos jeunes aujourd’hui sont inondés de matériel sexuel et pornographique dans les médias sociaux. La pornographie, c’est un peu comme la crème glacée : un cornet c’est bon, un gallon ça écœure. Il y a de tout sur les sites web, du plus beau au plus laid. Mais le hasard fait que les jeunes tombent plus souvent qu’autrement sur le plus laid. Et ce n’est pas l’idéal pour faire son éducation sexuelle.
Les jeunes, par mimétisme, aspirent souvent à performer sexuellement comme dans les vues. Cette situation génère souvent des dysfonctions sexuelles. Et c’est là qu’il y a un besoin pressant de professionnels en santé sexuelle pour permettre à ces personnes de surmonter leurs troubles sexuels. Mais encore une fois, il y a un manque flagrant de spécialistes.
La sexualité est probablement une des activités humaines parmi les plus enrichissantes et valorisantes. C’est tellement beau l’amour et l'acte sexuel. En éducation sexuelle, parfois on met plus l’accent sur la mécanique sexuelle, plutôt que sur la mécanique amoureuse. Le sexe pour le sexe peut être correct, mais le plus important est de vivre le sexe dans une relation amoureuse. Le sexe doit être un outil de fusion dans une relation de couple.
Une bonne éducation sexuelle est aussi très positive pour l’avancement de l’égalité des sexes. Ça permet de transcender justement la mécanique sexuelle pour en arriver à un équilibre sexuel propice aux deux sexes, ou entre partenaires de même sexe en cas d’homosexualité.
L’époque où la masturbation était interdite et le sexe était le mal incarné est révolue. Il faut célébrer la sexualité de façon saine et salvatrice. Toute sexualité doit être acceptée, sauf celle qui engendre de la domination et de la violence au sein d’une relation. L’égalité des personnes et le consentement mutuel doivent être des composantes essentielles dans toute relation sexuelle. Je suis content de ne pas être obligé de me retrouver seul dans la chambre à coucher de Blaine Higgs avec lui. Vive le sexe et la sexualité!
