LE PRINCE DE TRUMPKIAVEL
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Serge Rousselle a lu Le Prince de Machiavel dans sa jeunesse. Il a aussi rencontré Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Avec Trumpkiavel, voici donc son troisième prince. «Le plus grand de tous les temps.»
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien
L’auteur qualifie son personnage de «double littéraire d’un personnage qui existe». Jamais nommé dans le livre, celui-ci est pourtant aisément reconnaissable.
Constitutionnaliste, avocat et professeur de droit public, Serge Rousselle emprunte à Machiavel pour décortiquer, sur le mode de la satire, les mécanismes de conquête et de conservation du pouvoir. Sous sa plume, Le Prince de Trumpkiavel prend ainsi les allures d’un manuel de stratégie politique 2.0. L’auteur le définit lui-même comme un «essai satirico-politique».
Publié aux Éditions de la Francophonie, l’ouvrage compte 160 pages et est paru à la fin août. L’éditeur le présente lui-même comme une parodie assumée du Prince de Machiavel et du Petit Prince de Saint-Exupéry.
Le procédé fonctionne notamment par la voix de Trumpkiavel. Écrit en français, le livre est ponctué de courtes expressions anglaises empruntant directement au langage politique contemporain de l’hôte de la Maison Blanche. La grandiloquence, les répétitions et les formules définitives permettent au lecteur d’identifier rapidement le modèle dont s’inspire le personnage.
«J’y explique comment s’emparer du pouvoir et le conserver pour bien plus que deux mandats», énonce Trumpkiavel sur la quatrième de couverture.
Les vingt-six chapitres, relativement courts, exposent successivement les méthodes qu’il emploie: conquérir le pouvoir en outsider, gouverner par le spectacle, instrumentaliser la peur, polariser, diviser pour régner ou encore entretenir l’adhésion de ses partisans.
À quelques semaines des élections américaines de mi-mandat du 3 novembre, le propos trouve une résonance particulière. Tous les 435 sièges de la Chambre des représentants et environ un tiers du Sénat seront alors soumis au vote.
Le livre pose ainsi, derrière la caricature, une question plus large: les méthodes prêtées à Trumpkiavel sont-elles propres à son personnage ou témoignent-elles d’une façon de faire de la politique susceptible d’être reprise ailleurs, dans des sociétés occidentales de plus en plus polarisées?
Serge Rousselle connaît lui-même les rouages du pouvoir. Ancien ministre et procureur général du Nouveau-Brunswick sous le gouvernement de Brian Gallant, il enseigne le droit public et s’est notamment fait connaître comme constitutionnaliste.
Grand voyageur, il termine sa notice biographique sur une ambition nettement moins académique: devenir persona non grata aux États-Unis. Une aspiration que son nouvel ouvrage ne devrait probablement pas compromettre.
