APRÈS 71 ANS D’ANONYMAT, ÉLOI ARSENAULT RETROUVE SON NOM
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Pendant sept décennies, un ancien combattant de la Première Guerre mondiale a reposé sous la terre de Memramcook sans rien pour l’identifier. Il avait pourtant traversé l’Atlantique en uniforme, servi outre-mer pendant la Grande Guerre et retrouvé l’Amérique en 1919. Puis les années avaient passé, et avec elles les témoins, les souvenirs et les traces. Il ne restait plus qu’un nom dans un registre et, quelque part, une plaque d’identité militaire.
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien – IJL
Étienne Gaudet est le gardien de la mémoire des anciens combattants. Retraité des forces armées canadiennes depuis 2018 après 21 années de service, il a connu des théâtres d'opérations extérieures: la Bosnie, la République centrafricaine et l’Afghanistan. Autrement dit: des zones de guerre.
Il y a quelques années, il s’est donné pour mission de préserver la mémoire des militaires disparus. En 2021, il avait parcouru le Nouveau-Brunswick à la recherche des sépultures de 609 soldats morts en service, répartis dans 244 cimetières.
Lorsqu’en 2022 il a pris la relève de Robert LeBlanc à titre de responsable des vétérans de Memramcook, Étienne Gaudet a reçu une boîte. Dedans se trouvait la plaque d’identité du soldat Éloi Arsenault.
«Personne ne se rappelait comment Robert était entré en possession de cette plaque», dit-il.
Recevoir cet objet mémoriel lui a donné l’envie d’en savoir davantage sur l’homme que la plaque identifiait. En collaboration avec la Société d’histoire de Memramcook, il a mené sa petite enquête et a découvert qu’Éloi gisait tout près.
«Nous avons trouvé qu’il reposait dans le cimetière Saint-Thomas de Memramcook, mais je ne trouvais rien quand j’essayais de localiser sa tombe.»
Et pour cause : Éloi Arsenault avait été inhumé dans l’anonymat le plus complet. C’est Serge Dupuis, entrepreneur de pompes funèbres, qui a trouvé la clef de l’énigme en parcourant de vieux registres.
«Il m’a informé qu’Éloi avait été enterré dans une fosse anonyme et qu’il savait exactement où elle se trouvait. J’ai visité sa tombe avec une grande tristesse, et je me suis dit qu’un jour j’offrirai à Éloi l’honneur et la dignité d’une pierre tombale», précise-t-il.
Le salon funéraire Dupuis dispose d’un fonds spécial pour des projets qui concernent les anciens combattants. Serge Dupuis et Étienne Gaudet ont jugé approprié de s’en servir pour couvrir les frais associés à l’édification de la pierre tombale.
La plaque d’identification du soldat Arsenault est désormais accrochée au porte-clés d’Étienne Gaudet. Cet accompagnement spirituel va au-delà de la valeur sentimentale pour quelqu’un qu’il n’a pas connu personnellement.
«Premièrement, explique-t-il, Éloi est un frère d’armes. Également et principalement, c’est aussi pour moi un rappel quotidien de l’importance du travail que je fais pour sauvegarder la mémoire des vétérans de notre village. »
Nous nous souviendrons d’eux. Pour Étienne Gaudet, cette formule ne sera jamais lettre morte.
«Je sens que j’ai fait mon devoir et que j’ai tenu la promesse de ne jamais oublier.»
