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14 Mai 2025
L’élection de Léon XIV, entre espérance et scepticisme dans le Grand Moncton
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Depuis jeudi 8 mai, l’Église catholique a un nouveau chef spirituel. Né à Chicago, Robert Francis Prevost est devenu le 267e pape de l’histoire, et le premier de nationalité américaine. Dans son arbre généalogique diversifié, les racines se croisent: françaises, espagnoles, italiennes et créoles louisianaises. Mais c’est dans les périphéries qu’il s’est construit, et c’est peut-être ce qui suscite le plus d’espoir.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
En choisissant le prénom de Léon, il s’inscrit dans le sillage de Léon XIII, pape social et réformateur (1878-1903), considéré comme le père de la doctrine sociale de l’Église. Ce dernier fut un pontife proche des petites gens, du moins en pensée, et soucieux de soulager la classe ouvrière.
Tout comme lui, Léon XIV semble vouloir parler aux laissés-pour-compte — non par posture intellectuelle, mais depuis l’expérience vécue. Issu d’un milieu modeste dans une banlieue défavorisée de Chicago, Robert Prevost n’a jamais cessé d’aller vers les marges.
Missionnaire au Pérou durant plusieurs décennies, il y a connu la pauvreté concrète, les routes de poussière, les communautés isolées. C’est là, au cœur des Andes, qu’il a aussi choisi d’adopter la nationalité péruvienne. Deux Amériques, deux ancrages.
D’origine péruvienne, Maria Panduro ne cache pas son émotion. Installée au Canada depuis près de quinze ans, elle voit en Léon XIV une figure familière: «Il a vécu dans nos villages, il connaît nos réalités. Ce n’est pas un pape lointain. C’est quelqu’un qui parle notre langue, qui a marché dans nos rues, mangé à nos tables. Je suis émue, car je crois qu’il nous comprend vraiment.»
Une œuvre missionnaire
Lui aussi missionnaire en terre étrangère, le père Wislais Simervil, prêtre haïtien installé à Moncton, perçoit cette élection comme un signe fort. À l’église Notre-Dame-de-la-Paix, où il célébrait samedi la messe anticipée du 4e dimanche de Pâques, il a partagé avec nous ses impressions. D’emblée, il a déclaré qu’il ne regardait pas la télévision au moment de l’annonce.
«J’ai demandé qui il était et quand on m’a dit qu’il était Américain, j’ai d’abord eu une grosse inquiétude. Puis j’ai poussé un ouf de soulagement en apprenant que ce n’était pas l’Américain que j’avais en tête.»
Le père Simervil n’attendait pas un pape «de couleur», mais un homme «de terrain»:
«Je ne suis pas de cette catégorie de gens qui raisonnent en termes de races. Je ne vois que la race humaine. J’attendais un pape qui soit capable de rassembler et de continuer ce que ses prédécesseurs, en particulier François, ont commencé.»
Wislais Simervil souligne que dès ses premières paroles, le nouveau pontife a insisté sur la paix. Le prêtre y voit un signe d’espoir.
«Le fait qu’il ait passé tant d’années comme missionnaire au Pérou dans un coin reculé, c’est ce que j’espérais. Quelqu’un qui soit vraiment du terrain, pas quelqu’un qui va regarder de travers ou de loin, mais qui connaisse la réalité des gens. Pour moi, c’est ça l’essentiel. Jusqu’à présent, j’ai un bon feeling par rapport à sa personnalité et j’ose croire qu’il aura un bon pontificat.»
Voix dissonantes
Au nord de Moncton, Pierre Roy ne partage pas l’enthousiasme prudent du père Simervil. En rupture de ban avec Rome, il a considéré François comme un antipape. Sédévacantiste assumé, il estime a priori que Léon XIV s’inscrira dans la continuité de son prédécesseur qui l’avait nommé cardinal. Il reconnaît toutefois que le nouvel évêque de Rome lui paraît être «plus modéré».
«Les cardinaux libéraux semblent très heureux. Ils ont élu leur homme. Bref, la crise continue et nous avons sur le Siège de Pierre un autre homme de Vatican II. Il montrera certainement dans le futur qu’il est une telle personne», a-t-il écrit à ses paroissiens dans un message sans concession.
L’actualité brûlante n’étant jamais bien loin, Marc Bélanger propose une lecture politique de l’élection. Selon lui, les cardinaux ont élu un Américain progressiste dans le but de faire contrepoids au locataire de la Maison Blanche.
«J’ai appris que Léon 1er avait résisté aux barbares d’Attila et empêché que les Huns ne pillent Rome. Je pense qu’il a donc été élu pour résister à Donald Trump! Je lui souhaite bon courage, il va en avoir besoin.»
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
En choisissant le prénom de Léon, il s’inscrit dans le sillage de Léon XIII, pape social et réformateur (1878-1903), considéré comme le père de la doctrine sociale de l’Église. Ce dernier fut un pontife proche des petites gens, du moins en pensée, et soucieux de soulager la classe ouvrière.
Tout comme lui, Léon XIV semble vouloir parler aux laissés-pour-compte — non par posture intellectuelle, mais depuis l’expérience vécue. Issu d’un milieu modeste dans une banlieue défavorisée de Chicago, Robert Prevost n’a jamais cessé d’aller vers les marges.
Missionnaire au Pérou durant plusieurs décennies, il y a connu la pauvreté concrète, les routes de poussière, les communautés isolées. C’est là, au cœur des Andes, qu’il a aussi choisi d’adopter la nationalité péruvienne. Deux Amériques, deux ancrages.
D’origine péruvienne, Maria Panduro ne cache pas son émotion. Installée au Canada depuis près de quinze ans, elle voit en Léon XIV une figure familière: «Il a vécu dans nos villages, il connaît nos réalités. Ce n’est pas un pape lointain. C’est quelqu’un qui parle notre langue, qui a marché dans nos rues, mangé à nos tables. Je suis émue, car je crois qu’il nous comprend vraiment.»
Une œuvre missionnaire
Lui aussi missionnaire en terre étrangère, le père Wislais Simervil, prêtre haïtien installé à Moncton, perçoit cette élection comme un signe fort. À l’église Notre-Dame-de-la-Paix, où il célébrait samedi la messe anticipée du 4e dimanche de Pâques, il a partagé avec nous ses impressions. D’emblée, il a déclaré qu’il ne regardait pas la télévision au moment de l’annonce.
«J’ai demandé qui il était et quand on m’a dit qu’il était Américain, j’ai d’abord eu une grosse inquiétude. Puis j’ai poussé un ouf de soulagement en apprenant que ce n’était pas l’Américain que j’avais en tête.»
Le père Simervil n’attendait pas un pape «de couleur», mais un homme «de terrain»:
«Je ne suis pas de cette catégorie de gens qui raisonnent en termes de races. Je ne vois que la race humaine. J’attendais un pape qui soit capable de rassembler et de continuer ce que ses prédécesseurs, en particulier François, ont commencé.»
Wislais Simervil souligne que dès ses premières paroles, le nouveau pontife a insisté sur la paix. Le prêtre y voit un signe d’espoir.
«Le fait qu’il ait passé tant d’années comme missionnaire au Pérou dans un coin reculé, c’est ce que j’espérais. Quelqu’un qui soit vraiment du terrain, pas quelqu’un qui va regarder de travers ou de loin, mais qui connaisse la réalité des gens. Pour moi, c’est ça l’essentiel. Jusqu’à présent, j’ai un bon feeling par rapport à sa personnalité et j’ose croire qu’il aura un bon pontificat.»
Voix dissonantes
Au nord de Moncton, Pierre Roy ne partage pas l’enthousiasme prudent du père Simervil. En rupture de ban avec Rome, il a considéré François comme un antipape. Sédévacantiste assumé, il estime a priori que Léon XIV s’inscrira dans la continuité de son prédécesseur qui l’avait nommé cardinal. Il reconnaît toutefois que le nouvel évêque de Rome lui paraît être «plus modéré».
«Les cardinaux libéraux semblent très heureux. Ils ont élu leur homme. Bref, la crise continue et nous avons sur le Siège de Pierre un autre homme de Vatican II. Il montrera certainement dans le futur qu’il est une telle personne», a-t-il écrit à ses paroissiens dans un message sans concession.
L’actualité brûlante n’étant jamais bien loin, Marc Bélanger propose une lecture politique de l’élection. Selon lui, les cardinaux ont élu un Américain progressiste dans le but de faire contrepoids au locataire de la Maison Blanche.
«J’ai appris que Léon 1er avait résisté aux barbares d’Attila et empêché que les Huns ne pillent Rome. Je pense qu’il a donc été élu pour résister à Donald Trump! Je lui souhaite bon courage, il va en avoir besoin.»
