La Fondation Marichette : un filet de sécurité pour les femmes en transition
- Partager
Retour aux études, séparation, baisse de revenus: la vie ne suit pas toujours un parcours linéaire. Pour les mères et les étudiantes adultes, le principal obstacle n’est pas toujours les frais de scolarité. Le vrai coût est ailleurs. C’est là que la Fondation Marichette intervient: elle accompagne celles qui choisissent de rebâtir leur avenir et les aide dans cette étape déterminante vers l’autonomie financière.
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien – IJL
Tanya Arseneault vient d’une famille traditionnelle qui croit que le rôle d’une femme est de rester à la maison, d’avoir des enfants et de prendre soin de son mari. Mariée à l’âge de 21 ans, elle a donné naissance à trois enfants en l’espace de trois ans. La trentaine venue, elle a décidé de s’émanciper de ce schéma paternaliste et s’est inscrite à la Faculté de droit de l’Université de Moncton.
Tanya Arseneault
C’est pour des femmes comme elle et dans sa situation que la Fondation Marichette existe. Poursuivre des études supérieures sur le tard n’est pas sans risque. Le défi est immense et dépasse largement les seuls frais de scolarité, souvent évoqués de prime abord.
«Pour beaucoup de femmes, surtout des mères, le vrai coût est ailleurs, a-t-elle témoigné. C’est la perte de revenus et le risque financier, c’est d’avoir à recommencer alors que tout le monde dépend déjà de toi.»
Tanya Arseneault a continué à travailler à temps partiel durant ses études que, par la force des choses, elle a complétées en quatre ans au lieu de trois. Durant cette période, son revenu diminuait de 50%. Dès lors, l’appui de la Fondation Marichette s’est révélé essentiel. Celle-ci lui a octroyé une bourse en 2023.
Les bourses que remet la Fondation Marichette aux récipiendaires sont renouvelables. Or, Mme Arseneault ne s’est pas sentie légitime à en solliciter la reconduction car sa situation familiale avait changé.
«Je pense qu’elle s’était trouvée un petit copain, alors, l’année suivante, elle n’a pas fait une nouvelle demande parce qu’elle s’est dit qu’elle ne la méritait pas. Et puis, lorsqu’elle est tombée un petit peu en besoin, elle nous a appelées et nous avons été là pour elle», a confié Nicole Gionet, présidente du conseil d’administration de la Fondation.
Convaincue que sa situation s'était durablement améliorée, Mme Arseneault n'a pas présenté de nouvelle demande. La rupture de son couple a toutefois rebattu les cartes. Redevenue plus précaire, sa situation financière l'a amenée à solliciter de nouveau l'aide de la Fondation, qui lui a accordé une autre bourse en 2026.
«La Fondation Marichette ne donne pas juste de l’aide financière, mais un peu de souffle et de stabilité. Ses membres comprennent que la vie est imprévisible, que les étudiants matures ont souvent plus à gérer qu’un horaire de cours et des examens. On gère aussi des enfants, des responsabilités et des séparations. Ce qui m’a marquée avec cette Fondation, c’est sa compréhension que nos vies changent parfois très rapidement. Elle a été là pour moi, sans jugement et avec beaucoup de compassion.»
Des dons généreux et inattendus
Directrice générale de la gestion stratégique au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB), où certaines boursières de la Fondation poursuivent des études, Marie-France Doucet a rappelé la vocation de son établissement, alignée sur la mission de la Fondation.
«Le rôle du CCNB dépasse la formation, a-t-elle affirmé. Rendre les études postsecondaires accessibles, accompagner les étudiantes non seulement dans leur apprentissage, mais aussi dans leur confiance, leur persévérance et leur réussite n’est pas un simple principe : c’est une responsabilité. C’est aussi reconnaître que l’éducation en français est un levier puissant d’autonomie, de dignité et de développement collectif.»
Faire du rêve de femmes en situation précaire une réalité ne serait pas possible sans le soutien de généreux donateurs. Nicole Gionet a évoqué un don de 250 000 $ que la Fondation Isabel Bader, basée aux États-Unis, a spontanément consenti à la Fondation Marichette après avoir entendu parler de ses œuvres.
Nicole Gionet a également souligné le geste d'une résidente de la région qui a choisi de commencer à distribuer une partie de ses avoirs de son vivant, offrant à la Fondation un don de 50 000 $ sous forme de valeurs mobilières. «Encore une très belle surprise pour nous», a-t-elle ajouté.
Le vœu d’Huberte Gautreau enfin réalisé
La Fondation a souligné l’héritage de sa fondatrice, Huberte Gautreau, décédée au printemps 2025. Par un heureux hasard du calendrier, la loi sur la transparence salariale recevait la sanction royale le même jour à Fredericton.
«C'est un gros jour pour les femmes aujourd'hui. C'était vraiment le rêve de notre fondatrice d'avoir des données probantes sur la pauvreté au Nouveau-Brunswick et Dieu sait comment elle s'est battue pour l'équité salariale. Aujourd'hui, ce projet a évolué et on parle de transparence salariale. J'imagine Huberte avec un grand sourire», s’est félicitée Nicole Gionet.
De plus, la présidente du conseil d’administration a annoncé la création prochaine d’une nouvelle bourse nommée en mémoire d’Huberte Gautreau et qui serait octroyée à une étudiante qui, au niveau de la maîtrise, fait de la recherche sur la cause des femmes. Les détails sont en train d’être finalisés.
Enfin, un nouveau partenariat de recherche avec la professeure en travail social de l’Université de Moncton, Louise Savoie, a également été annoncé. À la clé: l'obtention d'une subvention du Conseil de recherche en sciences humaines de 45 000 $ pour le projet qui va se nommer Trajectoire, obstacles et expériences de pauvreté chez les femmes francophones. Selon Nicole Gionet, cela donnera à la Fondation les moyens de mieux cibler ses engagements et partenariats communautaires et de développer des stratégies d’accompagnement plus adaptées pour les femmes.
De gauche à droite : Nicole Gionet, présidente du conseil d’administration de la Fondation Marichette ; Tanya Arseneault, étudiante en droit, récipiendaire de deux bourses et qui a livré un vibrant témoignage sur les aléas de son parcours ; Marie-France Doucet, directrice au CCNB ; Hélène Branch, responsable des activités communautaires de la Fondation ; et l’honorable Michelle O’Bonsawin, juge à la Cour suprême du Canada et invitée d’honneur du déjeuner-causerie. (Photo : Normand A. Léger)
