L’heure de cuisiner : la recette d’un succès communautaire
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À 10 heures précises, les élèves soulèvent enfin le couvercle de leur boîte noire. Quelques secondes plus tôt, aucun d'entre eux ne savait quels ingrédients allaient se retrouver devant eux. Au cours des heures qui vont suivre, pourtant, ils devront servir une entrée, un plat principal et un dessert à un jury composé de professionnels. Au Marché des fermiers de Bouctouche, la première édition de « C’est l’heure de cuisiner » vient de commencer.
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien – IJL
Trois écoles se mesurent les unes aux autres dans le cadre de cette compétition culinaire jeunesse: Camille-Vautour de Saint-Antoine, Blanche-Bourgeois de Cocagne et Notre-Dame. Les équipes, composées d’élèves de la 6e à la 8e année, doivent composer leurs plats à partir d’ingrédients issus de l’agriculture locale.
Le chef Emmanuel Charretier a fait plusieurs fois le tour des postes de travail pour observer la progression des plats. Il est ici photographié avec l’équipe de l’école Camille-Vautour, de Saint-Antoine. (Photo : Damien Dauphin)
Mais au-delà de la compétition, l’objectif est plus ambitieux encore.
À travers ce projet, les organisateurs souhaitent sensibiliser les jeunes, au sortir de l’enfance et à l’aube de l’adolescence, à l’importance de l’alimentation, de l’environnement et de la consommation responsable. Rien ne doit être gaspillé. Chaque ingrédient peut être réutilisé d’un service à l’autre dans une logique de créativité culinaire et de respect des ressources.
Initiateur de la compétition, le jeune Olivier Tardif reçoit une plaque de reconnaissance des mains de Cécilia Légère. (Photo : Damien Dauphin)
«Le but du zéro déchet, c'est de rendre les élèves plus conscients de l'environnement, du prix que coûtent les aliments et de toutes les retombées qui y sont associées», résume Cecilia Légère, agente de développement communautaire à l’école Camille-Vautour.
Afin de préparer les équipes à ce rendez-vous, la cheffe Chantal Ducas a offert, à compter du mois de janvier, quatre ateliers de 90 minutes dans chacune des écoles participantes.
«Je leur donnais les bases de la cuisine. Chaque école a reçu les mêmes formations portant sur la salubrité alimentaire, la transformation et la cuisson de la viande, la cuisson des légumes et les pratiques zéro déchet.»
Le calme des grands chefs
Pour cette compétition inspirée des émissions culinaires télévisées, chaque étape était chronométrée. Malgré la pression, les jeunes cuisiniers ont fait preuve d’un calme remarquable.
Aucun adulte n’était autorisé à intervenir dans les cuisines. Les enseignants agissaient uniquement comme accompagnateurs. Les décisions, l’organisation du travail et l’exécution des recettes reposaient entièrement entre les mains des élèves.
Leurs réalisations ont impressionné le jury composé de Monique Saulnier et Michelle Thibault, agentes pédagogiques au ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, ainsi que du chef Emmanuel Charretier, enseignant à l’école d’hospitalité et de tourisme du NBCC de Moncton.
Les desserts présentés en fin de compétition ont particulièrement illustré l’inventivité des équipes. À partir d’un même ingrédient vedette, la pomme, chacune a proposé sa propre interprétation : un dessert pommes-cannelle pour l’école Notre-Dame, un crumble aux pommes pour Blanche-Bourgeois et un gâteau pommes-vanille accompagné d’une crème légère pour Camille-Vautour.
Les membres du jury devaient évaluer les plats selon plusieurs critères : les saveurs, la présentation, la créativité, la texture ainsi que la propreté du poste de travail.
«C’était vraiment difficile de vous départager. Vous êtes exceptionnels et tout était bon. C’est vraiment une question de détail. J’espère qu’il y en a parmi vous qui étudieront la cuisine et qu’un jour je pourrai aller manger dans votre restaurant», a déclaré Michelle Thibault avant l’annonce des résultats.
Le chef Emmanuel Charretier s’est montré tout aussi enthousiaste devant le sang-froid des élèves et leur sens de l’organisation dignes de la brigade d’un restaurant étoilé du Guide Michelin.
«Je suis impressionné par vos réalisations et votre souci du détail. Vous avez super bien fait, et j’aimerais vous voir dans mon cours d’ici quelques années.»
Une idée qui voit grand
Au terme des délibérations, l’école Blanche-Bourgeois s’est démarquée de justesse pour décrocher la première place. Les écoles Camille-Vautour et Notre-Dame ont terminé ex æquo au deuxième rang.
Toutefois, l’enjeu dépassait largement le classement.
Les organisateurs voient déjà plus loin. Cette première édition servait avant tout à tester une formule qui pourrait éventuellement prendre de l’ampleur à l’échelle du district scolaire, voire de la province.
«L’intention est de grandir à plus grosse échelle, possiblement provinciale ou tout au moins au niveau du district», projette Cecilia Légère.
Le chef Emmanuel Charretier imagine même des compétitions régionales menant à des demi-finales et à une grande finale provinciale.
Une chose est certaine : l’aventure se poursuivra.
À l’école Camille-Vautour, des légumes poussent déjà dans la serre et le jardin scolaire. Les organisateurs espèrent que ces récoltes pourront alimenter la compétition de l’an prochain.
Mais le plus beau résultat de cette journée ne figurait peut-être pas au tableau final.
Alors que les élèves de Blanche-Bourgeois célébraient leur victoire, un autre jeune recevait une distinction bien particulière. À 12 ans, Olivier Tardif n’avait pas remporté la compétition qu’il avait imaginée quelques mois plus tôt.
En recevant une plaque de reconnaissance pour son initiative, il pouvait toutefois mesurer le chemin parcouru.
Son idée avait réussi à réunir trois écoles, des organismes communautaires, des professionnels de la cuisine et des dizaines de jeunes autour d’un même projet.
Une recette dont les ingrédients dépassaient largement le contenu d’une simple boîte mystère.
