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8 Février 2023
Aurèle Babineau, un jeune homme de 97 ans à Saint-Antoine
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Évérard Maillet
Le Moniteur Acadien
Né à Grande-Digue en 1925, Aurèle Babineau a parcouru bien du chemin depuis ses années d’enfance. Aujourd’hui âgé de 97 ans, il réside au Bénaise, à Saint-Antoine, où il a accepté avec grand plaisir de nous résumer les faits marquants de son cheminement, et ce principalement dans le comté de Kent.
Un an et demi après sa naissance, la famille Babineau a déménagé à White Settlement, une petite localité située entre Cocagne et Notre-Dame-de-Kent. Son père Donat était forgeron. Or, en 1931, le patriarche a ressenti le besoin de déménager à nouveau sa famille. Ce fut à South Branch, à la hauteur de Rexton, où il continua à pratiquer son métier. À l’époque, Aurèle n’avait qu’environ six ans et il devait ainsi entamer sa première année scolaire à la petite école anglaise de l’endroit.
À savoir si ce jeune Acadien comprenait suffisamment la langue de Shakespeare, voici sa courte réponse: «Je comprenais les deux mots yes et no, c’était à peu près tout», dit-il en affichant un grand sourire. Néanmoins, Aurèle s’est bien débrouillé dans sa classe, mais trois ans plus tard la famille Babineau dut à nouveau plier bagage et s’installer à Saint-Antoine. Quelque temps après, les Babineau durent encore changer d’adresse, dès lors que leur demeure fut rasée par les flammes.

(Aurèle Babineau est assis dans cette chaise qu’il accrochait au clocher de l’église pour ensuite peinturer le toit et le clocher. Il n’avait pas le vertige! On le voit d’ailleurs assis dans cette fameuse chaise de travail d’autrefois. Il est acompagné de sa nièce Magella Goguen et de son fils Jacques. Crédit : Paul-Émile Cormier)
Des amis de longue date
Lors de notre entretien avec Aurèle, l’ancien maire Ronald Cormier et l’ancien directeur de l’école Camille-Vautour, Paul-Émile Cormier, deux amis de longue date de M. Babineau, ont pris part à la rencontre afin de nous partager d’autres détails intéressants, voire pertinents, au sujet de cet homme ayant grandement contribué bénévolement à l’épanouissement de sa communauté.
Les quelques phrases suivantes découlent d’un travail de la plume de Paul-Émile Cormier qui s’est entretenu l’année dernière avec le vétéran Babineau dans le cadre du jour du Souvenir. “Durant la guerre de 1939, le gouvernement passa une loi permettant aux jeunes hommes capables de travailler sur la ferme d’y aller. En 1943, à l’âge de 18 ans, il prit la route vers Sheet Harbor, en N.-É., pour du travail dans les camps de bois.
Pas une vie facile que celle des camps de bois! C’est du travail rigoureux, des journées de 12 à 14 heures, l’isolement de la famille pour plusieurs mois, les poux et l’inconfort des camps. En 1945, Aurèle reçoit l’appel de se joindre aux Forces armées canadiennes...Une fois l’entraînement terminé, le groupe est envoyé à Halifax pour attendre le bateau qui les traverserait en Europe. Mais après trois jours d’attente, c’est l’annonce de la fin de la guerre. Aurèle retournera donc travailler aux camps des bûcherons”, écrivit-il.

(Aurèle Babineau a construit cette croix qui fut érigée au site de la première église de Saint-Antoine. Dans l’ordre habituel: Valmond Léger, Père Jean-Bernard Mallais, curé, et Aurèle Babineau. Crédit : Paul-Émile Cormier)
Président d’honneur
Aujourd’hui, Paul-Émile se réjouit qu’Aurèle Babineau demeure un ambassadeur des plus distingués dans sa paroisse. C’est d’ailleurs en vertu de son dévouement exemplaire des années passées que le comité l’a nommé Président d’honneur des célébrations 2023, en rapport au 190e anniversaire de la paroisse de Saint-Antoine, le 100e anniversaire de la construction de l’église et les 50 ans du Club d’âge d’or.
«Vers 2008, Aurèle joignit le Comité historique de Saint-Antoine. On s’est beaucoup basé sur sa mémoire, ses connaissances et ses photos pour écrire l’histoire de Saint-Antoine. Je peux donc attester, avec les autres collègues, de la contribution d’Aurèle à la construction du cénotaphe de Saint-Antoine, aux monuments historiques à nos cimetières, ainsi qu’au site historique des premiers arrivants de Saint-Antoine. Et il a bâti lui-même une croix de 12 pieds qui marque le site de notre première église de 1838», mentionne l’ancien directeur d’école.
Même son de cloche chez Ronald Cormier. «Si on a choisi M. Babineau comme Président d’honneur, c’est parce qu’il est notre dernier grand historien de Saint-Antoine et qu’il était donc la personne idéale pour recevoir ce titre. Si on a besoin de savoir quelque chose sur l’histoire du village, on vient voir notre vétéran Aurèle Babineau.»
Enfin, Aurèle s’est particulièrement démarqué pendant plusieurs années dans le domaine de la charpenterie. Également artisan ingénieux en menuiserie, il a fabriqué pas moins de 20 000 petites boîtes à savon (en bois) qu’il vendait à une savonnerie, en plus d’avoir produit d’innombrables cerceaux servant à piquer des couvertures. « Il est un homme à tout faire », ajoute fièrement l’ancien maire Cormier.

(À partir de son atelier, Aurèle Babineau aura produit des milliers de petites boîtes à savon ainsi que des porte-savons, en bois, qu’il vendait à une savonnerie. Il a d’autant plus fabriqué une grande quantité de cerceaux. Crédit : Paul-Émile Cormier)
