VISIONS POUR L’ACADIE
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2. Gérald Arseneault, président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick
L’Acadie du Nouveau-Brunswick change de visage. Ses parcours, ses voix et ses façons de se définir se diversifient, tandis que ses institutions réfléchissent à leur rôle et à leur avenir. Afin d’ouvrir la conversation et de nourrir le débat, Le Moniteur Acadien poursuit sa série d’entrevues avec des personnalités du milieu associatif et institutionnel acadien. Pour ce deuxième épisode de Visions pour l’Acadie, la parole est à Gérald Arseneault, nouveau président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB).
DAMIEN DAUPHIN : Quels sont, selon vous, les trois enjeux les plus importants pour l’avenir de l’Acadie au cours des cinq prochaines années ?
GÉRALD ARSENEAULT : On a certainement plusieurs défis qui vont nous arriver au cours des cinq prochaines années et probablement certains qu'on ne connaît pas encore. Les trois qui me préoccupent pour le moment sont: l'attraction et le maintien de notre population francophone en Acadie et plus particulièrement dans nos régions acadiennes, le développement et le renforcement de notre économie et de nos institutions, le troisième et non le moindre, la protection de notre belle langue riche de toutes ses couleurs.
DAMIEN DAUPHIN : Quelle place la défense, la promotion et la transmission de la langue française doivent-elles occuper dans ce projet collectif ?
GÉRALD ARSENEAULT : La défense, la promotion et la transmission de la langue française doivent occuper une place prioritaire dans notre projet collectif. Elles doivent demeurer constamment au cœur de nos préoccupations, car il s’agit d’un combat de tous les jours. En tant qu’Acadiens vivant en situation minoritaire, nous avons la responsabilité de défendre notre langue, de la transmettre aux générations futures et de choisir de vivre en français au quotidien.
DAMIEN DAUPHIN : Éric Dow, président de la SNA, souhaite faire reconnaître officiellement le peuple acadien comme nation distincte au sein du Canada, éventuellement par une motion parlementaire puis une reconnaissance législative. Comment accueillez-vous cette proposition et quelle portée devrait, selon vous, avoir une telle reconnaissance ?
GÉRALD ARSENEAULT : J’appuie pleinement cette proposition. La reconnaissance officielle du peuple acadien comme nation distincte serait un geste historique et un levier essentiel pour renforcer la protection et le développement de notre langue, de notre culture et de nos communautés. D’ailleurs, les membres de la SANB nous ont clairement demandé, par résolution lors de notre dernière AGA, de porter cette revendication à la SNA, ce que nous avons fait. Nous sommes maintenant prêts à travailler de concert avec la SNA afin de faire progresser cette reconnaissance et d’en faire un outil concret au service du développement et de l’épanouissement de l’Acadie.
DAMIEN DAUPHIN : La question de l’autonomie institutionnelle acadienne revient également dans le débat. Que signifie cette notion pour vous et jusqu’où devrait-elle aller ?
GÉRALD ARSENEAULT : Pour moi, l’autonomie institutionnelle acadienne est essentielle à la survie, au développement et à l’épanouissement de nos institutions, de notre langue et de notre culture. Quant à la portée qu’elle devrait avoir, je crois qu’elle doit être définie en concertation avec les organismes et les communautés acadiennes afin de déterminer, ensemble, le niveau d’autonomie nécessaire dans chacun des secteurs prioritaires de notre province officiellement bilingue.
DAMIEN DAUPHIN : Comment les différents organismes acadiens peuvent-ils mieux travailler ensemble sans qu’une seule institution donne l’impression de parler au nom de toutes les autres ?
GÉRALD ARSENEAULT : Comme l’a déjà dit un sage de la communauté acadienne: «Comme organisation, on doit prendre sa place, toute sa place, mais juste sa place.» La SANB l’a démontré par le passé, notamment à travers l’initiative Équipe Acadie, où la collaboration, l’ouverture et l’appui concerté aux autres organismes ont permis d’obtenir des résultats concrets. En respectant le rôle de chacun et en travaillant ensemble dans un esprit de solidarité, nous serons mieux outillés pour faire avancer nos dossiers et répondre aux besoins de la communauté acadienne. Après tout, la devise de la SANB le rappelle bien: l’union fait la force.
DAMIEN DAUPHIN : Que faudrait-il changer dans les institutions acadiennes pour renforcer la confiance du public et leur capacité d’action ?
GÉRALD ARSENEAULT : Les communications sont certainement un élément essentiel dans toute organisation ou institution acadienne. L’appui du public est directement lié à sa capacité d’action. Pour gagner et maintenir cette confiance, les institutions doivent communiquer clairement leurs objectifs, leurs actions et leurs résultats, tout en faisant preuve de transparence, de coopération et de concertation. Une Acadie bien informée et engagée va soutenir les démarches qui font avancer leurs intérêts.
DAMIEN DAUPHIN : Quelle place devraient avoir les jeunes, les nouveaux francophones et les personnes qui ne se reconnaissent pas nécessairement dans les structures traditionnelles du mouvement acadien ?
GÉRALD ARSENEAULT : Pour assurer la pérennité de notre langue et de notre culture, les jeunes, les nouveaux francophones et les personnes qui ne se reconnaissent pas toujours dans les structures traditionnelles du mouvement acadien doivent occuper une place essentielle. C’est à nous de les accueillir, de les rallier à notre démarche et de leur démontrer que nos projets contribuent à des objectifs communs qui profitent à l’ensemble de la communauté acadienne. Pour les mobiliser concrètement, nous devons leur offrir une véritable place dans les instances décisionnelles, créer des espaces de dialogue adaptés à leurs réalités, soutenir leurs initiatives et utiliser les moyens de communication qu’ils privilégient. Fidèles à notre devise, «l’union fait la force», misons sur ce qui nous rassemble.
DAMIEN DAUPHIN : À l’approche du 150e anniversaire de la première Convention nationale acadienne, en 2031, quelles ambitions l’Acadie devrait-elle se donner et quels projets votre organisme souhaiterait-il porter ?
GÉRALD ARSENEAULT : Plusieurs réflexions sont déjà en cours à la SANB et se poursuivront au sein du conseil d’administration. Bien que je préfère garder certains projets confidentiels pour le moment, je peux dire que de belles initiatives se dessinent et que nous serons fiers d’appuyer celles portées par la Société Nationale de l’Acadie et nos partenaires.
DAMIEN DAUPHIN : Quels résultats concrets voudriez-vous pouvoir montrer dans cinq ans pour affirmer que votre organisme a fait progresser l’Acadie ?
GÉRALD ARSENEAULT : Dans cinq ans, j’aimerais pouvoir démontrer que nous avons fait des avancées concrètes en matière d’autonomie institutionnelle, particulièrement dans les secteurs de l’éducation et de la santé. J’aimerais également que l’ensemble des organismes acadiens du Nouveau-Brunswick aient intégré à leur planification stratégique un objectif commun : la valorisation, le développement et la pérennité de l’Acadie.
DAMIEN DAUPHIN : Quelles seront les priorités de la SANB sous votre présidence, notamment en matière de droits linguistiques et d’accès aux services en français au Nouveau-Brunswick ?
GÉRALD ARSENEAULT : Sous ma présidence, la SANB poursuivra sa mission de défense et de promotion des droits linguistiques des Acadiens et des francophones du Nouveau-Brunswick. Nos priorités seront de renforcer l’accès à des services de qualité en français, de faire progresser l’autonomie institutionnelle acadienne, notamment en éducation et en santé, et de veiller au respect des obligations linguistiques de nos gouvernements. Nous continuerons également à mobiliser nos communautés et nos partenaires afin de garantir la vitalité, le développement et la pérennité de notre langue et de l’Acadie dans notre province officiellement bilingue.
DAMIEN DAUPHIN : Comment voyez-vous le partage des rôles entre la SANB, qui agit principalement au Nouveau-Brunswick, et la SNA, dont le mandat couvre l’Acadie de l’Atlantique et ses relations nationales et internationales ?
GÉRALD ARSENEAULT : Comme je l’ai mentionné plus tôt, chaque organisme doit savoir prendre sa place, toute sa place, mais rien que sa place. La SANB et la SNA ont des mandats complémentaires et travaillent en étroite collaboration. La SANB intervient principalement sur les enjeux provinciaux qui touchent les Acadiens et francophones du Nouveau-Brunswick, tandis que la SNA porte les dossiers de portée atlantique, nationale et internationale. Lorsque les enjeux dépassent le cadre provincial, nous les défendons ensemble, côte à côte. Comme membre de la SNA, la SANB y représente la voix de la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick et contribue activement à faire avancer les priorités communes de l’Acadie.
