1. Éric Dow, président de la Société nationale de l’Acadie
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L’Acadie du Nouveau-Brunswick change de visage. Ses parcours, ses voix et ses façons de se définir se diversifient, tandis que ses institutions réfléchissent à leur rôle et à leur avenir. Afin d’ouvrir la conversation et de nourrir le débat, Le Moniteur Acadien lance cette semaine une série d’entrevues avec des personnalités du milieu associatif et institutionnel acadien. Pour ce premier épisode de Visions pour l’Acadie, la parole est à Éric Dow, nouveau président de la Société nationale de l’Acadie (SNA).
DAMIEN DAUPHIN : Quelles seront vos trois grandes priorités au début de votre mandat ?
ÉRIC DOW : Mes trois grandes priorités se résument par les mots qui ont guidé ma candidature : reconnaître, rayonner et rassembler.
Reconnaître, c’est poursuivre les démarches pour faire reconnaître officiellement le peuple acadien comme une nation distincte au sein d’un Canada uni. Je souhaite que cette reconnaissance contribue à renforcer notre capacité d’agir et l’autonomie de nos institutions.
Rayonner, c’est développer les relations de l’Acadie au Canada et à l’international, notamment dans la Francophonie. Ces relations doivent ouvrir des possibilités concrètes pour nos artistes, nos jeunes, nos entreprises et nos établissements d’enseignement.
Rassembler, c’est mieux relier nos communautés et nos institutions, dans le respect de leurs réalités et de leur autonomie. Nous possédons des compétences et des ressources remarquables. Nous pouvons accomplir davantage en travaillant plus étroitement ensemble.
Au début du mandat, ma priorité sera donc de rencontrer les membres et de traduire ces orientations en un programme de travail commun, cohérent avec la planification stratégique de la SNA.
DAMIEN DAUPHIN : Quels dossiers souhaitez-vous faire avancer concrètement au cours de la prochaine année, et comment les Acadiens pourront-ils mesurer les résultats de votre action ?
ÉRIC DOW : Je souhaite faire avancer trois chantiers concrets: les démarches de reconnaissance nationale avec l’Association acadienne des parlementaires du Canada; le développement continu de partenariats qui créent des possibilités d’échanges culturels, économiques, éducatifs et jeunesse, au Canada comme à l’étranger; la préparation de consultations communautaires sur l’autonomie institutionnelle acadienne, le tout dans une démarche collaborative avec nos membres.
Pour moi, «l’autonomie institutionnelle» doit nous aider à répondre à une question pratique: comment pouvons-nous mieux travailler ensemble pour accroître notre capacité collective d’agir? Répondre à cette question doit se faire dans une approche collaborative, et il faudra définir la portée de cette autonomie en collaboration avec nos membres et nos partenaires, tout en mobilisant les expertises pertinentes et en se fixant des échéances réalistes.
Pour mesurer les résultats, il faudra annoncer clairement les étapes prévues et rendre compte de leur réalisation: consultations menées, propositions élaborées, appuis obtenus, projets lancés et retombées pour les communautés. Le nombre de rencontres ne suffit pas à démontrer un progrès. Les gens doivent pouvoir comprendre ce que ces démarches ont permis d’accomplir, ce qui demeure à faire et pourquoi.
DAMIEN DAUPHIN : Comment comptez-vous maintenir l’unité tout en respectant les priorités propres à chaque région ?
ÉRIC DOW : Je viens de la Baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse, je vis à Dieppe au Nouveau-Brunswick, et j’ai des liens de famille dans la région d’Évangéline à l’Île-du-Prince-Édouard. Mon parcours m’a appris que l’Acadie se vit différemment selon les régions, parfois même à l’intérieur d’une province. Cette diversité doit se retrouver dans nos décisions.
Pour maintenir notre unité, il faut d’abord écouter les organismes qui connaissent leur milieu et respecter leur autonomie. Les priorités communes doivent se construire avec eux. Le poids démographique du Nouveau-Brunswick est une force pour l’Acadie, et cette force doit contribuer à soutenir l’ensemble de notre peuple.
La SNA peut être particulièrement utile lorsque plusieurs régions partagent un enjeu, lorsqu’une communauté a besoin d’une solidarité plus large ou lorsqu’il faut porter une voix acadienne auprès de partenaires nationaux et internationaux.
Notre unité repose sur une volonté de nous appuyer mutuellement. Nous n’avons pas besoin de vivre exactement les mêmes réalités pour reconnaître que l’avenir de chaque communauté contribue à celui de toute l’Acadie.
DAMIEN DAUPHIN : Comment comptez-vous répondre aux critiques et renforcer la confiance envers la SNA ?
ÉRIC DOW : Je prends ces critiques au sérieux. La confiance se construit dans la façon d’écouter, de prendre des décisions et d’en rendre compte.
Je souhaite que nous expliquions plus clairement le rôle de la SNA, ses priorités et les résultats de son travail. Les membres doivent recevoir régulièrement l’information dont ils ont besoin pour participer aux orientations de l’organisme. La population doit également pouvoir comprendre ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons.
Cela passe par une gouvernance rigoureuse, une utilisation responsable des ressources et une relation de confiance entre la présidence, le conseil d’administration et la direction générale, chacun dans ses responsabilités.
Il faut aussi être capable de reconnaître les limites de nos moyens, et d’ajuster nos façons de faire lorsque c’est nécessaire. Une institution renforce sa crédibilité lorsqu’elle accepte la discussion et donne suite aux préoccupations exprimées.
Je souhaite que la SNA soit connue pour une parole publique claire, mais surtout pour la constance et l’utilité de son action.
DAMIEN DAUPHIN : Comment souhaitez-vous rapprocher la SNA des Acadiens qui connaissent peu son rôle ou se reconnaissent moins dans ses structures ?
ÉRIC DOW : Il faut aller à la rencontre des gens, dans les lieux où ils vivent déjà leur Acadie: les écoles, les festivals, les milieux de travail, les organismes locaux et les espaces numériques.
Mon expérience artistique m’a appris qu’un échange après un spectacle peut parfois en révéler beaucoup sur les aspirations d’une communauté. Je souhaite conserver cette proximité comme président, en collaboration avec les organismes membres et les acteurs locaux.
Nous devons aussi parler de notre travail dans une langue accessible et montrer ses liens avec la vie quotidienne: créer en français, étudier dans sa langue, développer un projet ou transmettre sa culture à ses enfants.
Enfin, je veux contribuer à une Acadie dans laquelle les gens se sentent à leur place, peu importe leur accent, leur parcours ou leur degré de familiarité avec nos institutions. Il faut pouvoir participer sans avoir l’impression de devoir prouver qu’on est suffisamment acadien. La SNA doit donner envie de prendre part à notre avenir collectif.
DAMIEN DAUPHIN : Comptez-vous poursuivre la reconnaissance du peuple acadien comme nation, et que signifierait-elle concrètement ?
ÉRIC DOW : Oui, absolument. C’est un engagement central de ma candidature, et je souhaite poursuivre ce travail dans un esprit de continuité.
L’Acadie possède une histoire, une culture, des institutions et une volonté de construire un avenir commun. Faire reconnaître officiellement notre nation, c’est demander que cette réalité trouve une expression politique explicite au sein d’un Canada uni.
Je souhaite travailler avec l’Association acadienne des parlementaires du Canada et nos divers partenaires pour faire progresser une motion parlementaire et, à terme, explorer une reconnaissance législative.
Cette reconnaissance doit servir de point d’appui pour mieux faire entendre nos priorités, renforcer nos institutions et négocier les moyens de leur développement. Sa portée concrète dépendra du texte adopté et des engagements qui l’accompagneront.
La conception de la nation que je défends est ouverte: elle repose aussi sur la participation à un projet collectif, au-delà des seules origines familiales. Elle doit également s’affirmer dans le respect des peuples autochtones et de leurs droits. Je souhaite une Acadie forte de son identité, accueillante et pleinement engagée dans le monde.
DAMIEN DAUPHIN : Quelle place voulez-vous accorder à la jeunesse, aux nouveaux francophones et aux nouvelles générations dans les décisions ?
ÉRIC DOW : Je veux qu’ils puissent contribuer aux décisions dès leur élaboration. Les jeunes participent déjà à la vie acadienne comme artistes, entrepreneurs, étudiants, travailleurs et responsables communautaires. Leur expérience doit influencer nos priorités.
Cela demande de travailler étroitement avec les organismes jeunesse, de rendre les occasions de participation accessibles et de confier de véritables responsabilités à la relève. Il faut aussi être disposé à revoir certaines habitudes lorsque nos façons de fonctionner découragent la participation.
Les personnes nouvellement arrivées et celles qui choisissent de vivre en français doivent également pouvoir contribuer à définir l’Acadie qui se construit. Leur place doit se traduire par une écoute réelle et une influence sur nos projets.
Je crois beaucoup aux liens entre les générations. Nous avons besoin de l’expérience des personnes qui ont bâti nos institutions, autant que des idées et des aspirations de celles qui les feront évoluer. La SNA doit favoriser cette rencontre et permettre à chacun d’y apporter quelque chose.
DAMIEN DAUPHIN : Souhaitez-vous modifier la façon dont la SNA intervient auprès des décideurs politiques ?
ÉRIC DOW : Je souhaite renforcer une approche proactive, concertée et suivie. La défense de nos droits demeure essentielle. Nous devons aussi arriver auprès des décideurs avec des projets précis, des arguments solides et des partenaires mobilisés.
Cela suppose de définir clairement nos demandes avec les membres, de déterminer qui peut agir et d’assurer un suivi après les rencontres. Il faut entretenir des relations de travail avec les différents partis et les différents ordres de gouvernement, en gardant les intérêts de l’Acadie comme boussole.
À l’international, je souhaite poursuivre le développement de notre diplomatie civile: mettre en relation nos institutions, nos artistes, nos entreprises et nos jeunes avec des partenaires qui partagent des intérêts communs. Ces relations doivent produire des collaborations durables et des retombées dans nos communautés.
Je tiens également à approfondir les relations avec les Premières Nations, dans un esprit de respect et de réciprocité.
L’Acadie a des besoins à faire valoir, mais elle possède aussi beaucoup à offrir. Notre représentation doit exprimer cette confiance.
DAMIEN DAUPHIN : Qu’est-ce que votre parcours associatif, communicationnel et artistique vous apporte comme président ?
ÉRIC DOW : Ce parcours m’a permis de connaître l’Acadie à travers ses institutions, ses débats et ses communautés.
À la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, j’ai appris l’importance d’une parole publique crédible, du travail politique rigoureux et des relations de confiance entre partenaires. J’ai aussi appris qu’une bonne idée doit être expliquée clairement pour pouvoir rassembler.
Comme artiste, j’ai parcouru l’Acadie, et rencontré des publics très différents. Ces expériences m’ont donné une connaissance humaine de notre peuple: sa fierté, son humour, sa créativité, mais aussi ses inquiétudes. Elles m’ont appris à écouter et à créer des liens.
Mon travail de recherche m’amène, pour sa part, à réfléchir aux rapports entre langue, territoire, institutions et pouvoir. Il nourrit ma vision à long terme et mon engagement dans les relations avec les peuples autochtones.
Je souhaite mettre ces expériences au service d’une présidence capable de relier des milieux qui gagneraient à travailler davantage ensemble, avec ambition, rigueur et proximité.
DAMIEN DAUPHIN : À la fin de votre mandat, qu’aimeriez-vous pouvoir dire que la SNA a accompli sous votre présidence ?
ÉRIC DOW : J’aimerais pouvoir dire que nous avons donné à l’Acadie davantage de moyens pour façonner son avenir.
Que notre reconnaissance nationale a progressé de manière tangible. Que nos institutions collaborent plus étroitement et disposent d’une vision commune pour renforcer leur autonomie. Que nos relations au Canada et à l’international ont créé des possibilités concrètes pour nos communautés.
J’aimerais également que les membres se sentent écoutés, que davantage de jeunes participent aux décisions et que la population comprenne mieux le rôle de la SNA. La confiance envers l’organisme sera, pour moi, une mesure importante de notre réussite.
Les générations qui nous ont précédés ont défendu nos droits et bâti des institutions remarquables. Nous avons la responsabilité de poursuivre leur travail et de donner à l’Acadie les moyens de son plein épanouissement.
Si nous pouvons transmettre une SNA plus forte, plus proche de son monde et mieux outillée pour agir, nous aurons accompli quelque chose de durable. C’est cette contribution collective que je souhaite faire.
