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Actualités
25 Août 2026

ENTRETIEN AVEC JUAN-PABLO DONOSO, PRÊTRE MISSIONNAIRE DE L’INSTITUT DU BON PASTEUR

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« Les fidèles ne cherchent pas nécessairement quelque chose d’ancien, mais quelque chose de vrai, de beau et de profondément enraciné. »

DAMIEN DAUPHIN : Parlez-moi un peu de vous : qui êtes-vous, d'où venez-vous et quelle est votre formation?

JUAN-PABLO DONOSO : Je suis prêtre catholique incardiné à l'Institut du Bon Pasteur (IBP), une société de vie apostolique de droit pontifical fondée en 2006 sous le pontificat et avec le soutien du Pape Benoît XVI. Je suis né à Santiago du Chili en 1986. J'ai obtenu un diplôme d'avocat à l'Université Pontificale Catholique du Chili. Par la suite, j'ai suivi mes études ecclésiastiques au séminaire Saint-Vincent-de-Paul, en France, et j'ai été ordonné prêtre en juillet 2020. J'ai exercé mon ministère en Colombie et, plus tard, j'ai obtenu une licence en Droit Canonique à l'Université Ecclésiastique San Dámaso de Madrid, en Espagne.

DAMIEN DAUPHIN : Pouvez-vous présenter brièvement l'Institut du Bon Pasteur, sa mission et la place particulière qu'occupe dans son apostolat la liturgie traditionnelle en latin ?

JUAN-PABLO DONOSO : L’IBP est un institut sacerdotal (une «Société de vie apostolique») de droit Pontifical, c’est-à-dire placé sous l’autorité directe du Saint-Siège. Créé sous l’impulsion du pape Benoit XVI, l’IBP rassemble aujourd’hui 62 prêtres, au service d’une trentaine de diocèses.

Le charisme propre de l’Institut du Bon Pasteur, c’est-à-dire ce qui fait sa spécificité et sa raison d’être, est la défense et la diffusion de la Tradition catholique sous toutes ses formes: doctrinale, apostolique et liturgique. En particulier, les prêtres de l’IBP célèbrent la messe exclusivement dans le rite traditionnel, c’est-à-dire, selon la forme extraordinaire du rite latin. 

Cet attachement à la Tradition est résolument pour les prêtres de l’IBP une façon de servir l’Église, dans la soumission au pape, au service des évêques catholiques, et pour le bien de tous les fidèles: elle est l’expression de leur désir de proposer à toute l’Église et au monde les richesses et les bienfaits de la Tradition catholique comme un trésor dans lequel tous doivent puiser.

DAMIEN DAUPHIN : Comment le retour de la messe traditionnelle autorisée en pleine communion avec le Vatican s'est-elle mise en place avec l'archevêque de Moncton ?

JUAN-PABLO DONOSO : Monseigneur Guy Desrochers a généreusement accueilli et écouté une partie de son troupeau, notamment des fidèles réunis au sein de la TLMS (Traditional Latin Mass Society – Société de la messe traditionnelle du Grand Moncton, NDLR), qui lui ont exprimé le désir de pouvoir bénéficier de la messe traditionnelle dans l’archidiocèse, dans un esprit de confiance et sous sa responsabilité pastorale.

Cette demande, qui venait donc de fidèles du diocèse, est parvenue de différentes manières jusqu’à nous. L’Institut du Bon Pasteur s’est alors volontiers mis à la disposition de l’archevêque afin de pouvoir répondre à cette demande par le ministère de ses prêtres, dans un esprit de service et en plein accord avec l’autorité de l’Ordinaire du lieu.

Nous sommes particulièrement reconnaissants à Monseigneur Desrochers d’avoir accueilli cette demande avec bienveillance et discernement. Nous espérons que cette présence pourra contribuer à la vie spirituelle du diocèse, en permettant à ceux qui y sont attachés de vivre cette forme liturgique dans la paix, la fidélité à l’Église et la communion avec le Saint-Père et leur évêque.

DAMIEN DAUPHIN : Quelles sont les principales différences qu'un fidèle découvrira en assistant pour la première fois à cette messe, par rapport à la forme de la messe aujourd'hui célébrée dans la majorité des paroisses du diocèse ?

JUAN-PABLO DONOSO : Pour un fidèle qui découvre pour la première fois la messe traditionnelle, la différence la plus immédiatement perceptible sera probablement la place importante du silence, ainsi que l’usage du latin. Ce silence n’est pourtant pas un vide: il permet au fidèle de se recueillir, d’écouter intérieurement la Parole de Dieu et d’entrer dans le mystère qui se réalise sur l’autel. Le latin, quant à lui, peut demander un temps d’adaptation, mais il manifeste aussi l’universalité et la permanence de la prière de l’Église.

Le fidèle remarquera également une grande richesse de gestes, de signes et de paroles, ainsi qu’une certaine orientation de toute la célébration vers Dieu. Le prêtre et les fidèles sont tournés ensemble vers le Seigneur, ce qui exprime visiblement que la messe est d’abord l’action du Christ et de toute l’Église qui se tourne vers le Père. Cela ne signifie évidemment pas que le prêtre «tourne le dos» aux fidèles: il exerce son ministère avec eux et pour eux, en les conduisant vers Dieu.

Une autre différence importante concerne la manière de comprendre la participation des fidèles. Dans la tradition liturgique de l’Église, participer ne signifie pas seulement accomplir des actions ou prononcer des paroles, mais avant tout unir intérieurement son intelligence, son cœur et sa volonté au sacrifice du Christ. Le silence, les réponses, les chants, les gestes et les prières personnelles peuvent ainsi devenir différentes manières de participer à l’unique action liturgique.

Enfin, je pense que ce qu’un fidèle découvre surtout, au-delà des différences extérieures, c’est une certaine pédagogie du sacré. Tout dans la liturgie (le silence, le chant, les gestes, les textes, les temps de prière) cherche à nous rappeler que nous nous trouvons devant un mystère qui nous dépasse: le Christ qui s’offre au Père pour le salut du monde et qui se donne à nous dans l’Eucharistie.

Il est donc important, surtout pour une personne qui découvre cette forme liturgique, de ne pas chercher immédiatement à tout comparer ou à tout comprendre. On peut simplement se laisser conduire par la liturgie, avec patience et humilité. Avec le temps, les signes deviennent plus familiers et permettent d’entrer toujours davantage dans la profondeur du mystère célébré.

DAMIEN DAUPHIN : Faut-il connaître le latin pour assister à la messe et pouvoir la suivre pleinement ? Comment accompagnez-vous les personnes qui la découvrent ?

JUAN-PABLO DONOSO : Non, il n’est pas nécessaire de connaître le latin pour assister à la messe traditionnelle ni pour en recevoir les fruits spirituels. La liturgie elle-même, par ses gestes, ses silences, ses chants et sa structure, permet de suivre et de vivre la messe, même lorsqu’on la découvre pour la première fois.

Bien entendu, connaître progressivement les textes et quelques notions de latin peut aider à entrer davantage dans la richesse de la liturgie. C’est pourquoi nous souhaitons accompagner les personnes qui la découvrent avec simplicité et patience, notamment grâce aux missels bilingues, à des explications de la liturgie et, surtout, à un accompagnement personnel lorsque cela est souhaité.

L’essentiel est de permettre à chacun de découvrir la messe à son rythme, sans faire du latin un obstacle, mais plutôt une porte d’entrée vers la richesse de la liturgie de l’Église.

DAMIEN DAUPHIN : Depuis la messe inaugurale, avez-vous constaté un public plus nombreux ?

JUAN-PABLO DONOSO : Lors de la messe inaugurale, le 19 juillet, nous avons eu la joie d’accueillir près de 200 personnes. Cette affluence particulière s’explique notamment par le caractère solennel de cette première célébration, ainsi que par la présence du Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur qui en a assuré la célébration.

Depuis lors, les messes dominicales réunissent habituellement autour d’une centaine de fidèles, ce qui nous réjouit beaucoup et témoigne d’un intérêt réel et constant. Nous sommes heureux de voir que des personnes différentes viennent découvrir cette liturgie et que certaines reviennent régulièrement.

La messe est bien entendu ouverte à tous, et chacun est accueilli avec joie, qu’il la découvre pour la première fois ou qu’il la connaisse déjà.

DAMIEN DAUPHIN : Qu'est-ce qui, selon vous, explique l'intérêt que la liturgie traditionnelle continue de susciter, notamment auprès de personnes qui n'ont jamais connu l'Église d'avant le concile Vatican II ?

JUAN-PABLO DONOSO : Je crois que cet intérêt ne s’explique pas d’abord par la nostalgie d’une époque que beaucoup de ces personnes n’ont d’ailleurs jamais connue. Il s’agit plutôt d’une recherche spirituelle très actuelle: celle d’une liturgie qui permette de se tourner vers Dieu, de prendre le temps du silence, de contempler et d’entrer progressivement dans le mystère de la foi.

La liturgie traditionnelle possède à cet égard une grande force: par le silence, le chant, les gestes, le langage sacré et la richesse de ses textes, elle manifeste que la messe est avant tout l’œuvre de Dieu et un mystère qui nous dépasse. Elle offre aussi une continuité avec des siècles de vie chrétienne, tout en rejoignant des personnes qui n’ont aucune expérience préalable de cette forme liturgique.

Je pense également que beaucoup de jeunes et de personnes qui découvrent aujourd’hui la foi sont sensibles à une certaine exigence de profondeur, de beauté et de cohérence. Ils ne cherchent pas nécessairement quelque chose d’ancien, mais quelque chose de vrai, de beau et de profondément enraciné.

C’est pourquoi nous accueillons cet intérêt avec beaucoup de gratitude, mais aussi avec humilité. La liturgie est un chemin qui doit conduire au Christ et à la rencontre avec Lui. Si la liturgie traditionnelle attire aujourd’hui des personnes qui ne l’ont jamais connue auparavant, c’est peut-être précisément parce qu’elle leur permet, à travers des formes anciennes, de découvrir une réalité qui demeure toujours nouvelle: le mystère de Dieu.

DAMIEN DAUPHIN : Vous-même êtes né après la réforme du missel romain par le pape Paul VI. Qu'est-ce qui vous a conduit vers l'Institut du Bon Pasteur et vers cette forme de liturgie ?

JUAN-PABLO DONOSO : Étant moi-même né après la réforme du Missel romain, je n’ai évidemment pas connu personnellement la liturgie telle qu’elle était célébrée avant le Concile. Mon chemin vers la liturgie traditionnelle n’est donc pas celui de la nostalgie, mais celui d’une découverte.

C’est en découvrant progressivement cette liturgie que j’ai été frappé par sa profondeur, par la place qu’elle donne au silence, à la prière et à la contemplation, ainsi que par la richesse de son patrimoine spirituel. J’y ai trouvé une manière particulièrement forte d’exprimer le caractère sacré de la Messe et le mystère de la foi. C’est alors la découverte d’un trésor qui avait été transmis à travers les générations et que je pouvais, à mon tour, recevoir.

C’est dans ce contexte que j’ai découvert l’Institut du Bon Pasteur. J’ai été attiré par son désir de servir l’Église dans un esprit de fidélité, de charité et de communion, en mettant au service des âmes ce patrimoine liturgique et sacerdotal. Pour moi, il ne s’agit donc pas simplement de choisir une forme liturgique, mais de répondre à un appel: recevoir un héritage, le vivre avec foi et humilité, et le transmettre afin qu’il puisse porter du fruit pour les générations actuelles. J’ai été particulièrement sensible au fait que l’Institut cherche à vivre et à transmettre ce patrimoine liturgique et doctrinal dans un véritable esprit ecclésial. Son attachement à la liturgie traditionnelle se comprend seulement dans la volonté de servir l’Église dans la fidélité à son enseignement et dans la communion avec le Souverain Pontife et les évêques.

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