Dire le silence pour briser le cycle de la souffrance
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Chroniqueuse bien-être pour Le Moniteur Acadien, Marie O’Brien vient de publier son premier roman. Intitulée Quand le silence devient une voix, il raconte l’histoire de Catherine, une psychologue prisonnière d’une vie conjugale étouffante. Le livre est préfacé par Lyne Chantal Boudreau, ministre responsable de l’Égalité des femmes et des Aînés. Lors d’une conférence à l’église historique de Barachois, dimanche dernier, elles ont toutes deux livré de bouleversants témoignages.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Dans ce roman, Marie O’Brien nous présente Catherine. Une femme brillante, attentive, aimante, mais prisonnière d'une violence psychologique sourde, invisible et ravageuse. Il n'y a pas de coups, pas de cris, juste des mots qui blessent, des silences qui dévalorisent, des regards qui font disparaître.
Deux fois par mois, Marie O’Brien ouvre les chemins du bien-être aux lecteurs du Moniteur Acadien. (Photo : Damien Dauphin)
Travailleuse sociale de formation, l’autrice a puisé dans son propre parcours de vie pour imaginer le personnage de son roman. Même si elle a connu une vie privée plus harmonieuse, elle a traversé des périodes compliquées et des moments de dépression. Ce n’est qu’après son veuvage et avoir trouvé dans l’écriture un exutoire salvateur qu’elle a enfin trouvé la force de s’exprimer librement.
« e me suis rendue compte que j'ai toujours eu le choix de me faire confiance, même si je ne suis pas 100% prête. Parfois, notre voix peut être maladroite, hésitante, fragile. Mais elle a sa place et elle doit exister.»
Des années durant, Marie O’Brien s’est murée dans le silence. Un silence qui, alors, n’était pas une voix vibrante et vectrice de guérison, mais une voie sans issue. Elle affirme qu’elle ne se sentait jamais à la hauteur de la situation. Elle se sentait abandonnée à elle-même et à ses ressentis et ne trouvait pas le moyen de les exprimer à ses proches auxquels elle donnait le change en disant qu’elle allait bien.
« Et ça, ça a fait de moi une femme malade. Mon silence m'a écrasée. C'est pour ça que c'est important de s'exprimer. »
«Rappelez-vous, être vulnérable, c'est être intègre. Ça nous permet de guérir en apprenant à mettre des mots sur nos émotions. Mais il ne faut pas oublier que même si elle notre voix est imparfaite, il faut apprendre à gérer nos émotions de façon sécuritaire et respectueuse, sans créer des champs de bataille.»
Menacée de mort par son conjoint
Députée de Champdoré-Irishtown, Lyne Chantal Boudreau a connu une violence conjugale qui ne reposait pas sur le non-dit. La ministre responsable de l’Égalité des femmes a écrit la préface de ce roman qui résonne comme un écho aux tribulations qu’elle a vécues elle-même et qui ont failli lui coûter la vie.
Aujourd’hui ministre responsable de l’Égalité des femmes et des Aînés, Lyne Chantal Boudreau s’est livrée sans détour au public auquel elle a évoqué la période la plus sombre de sa vie. (Photo : Damien Dauphin)
Sans fausse pudeur mais avec une émotion sincère, elle a publiquement levé le voile sur ce pan de sa vie.
«Je suis une survivante. Je sais ce que ça coûte de rompre le silence. Ce silence qui devient un réflexe pour se protéger, pour garder l'apparence, pour continuer d'avancer, mais qui souvent, trop souvent, nous enferme.»
«Je suis survivante de violences entre partenaires intimes, a-t-elle poursuivi. J'ai côtoyé la violence de très, très près. Elle a duré intensivement pendant une période de trois ans. J'étais menacée à chaque fois que je prenais parole, j'étais en danger de mort. J'étais alors directrice d'école, ils m'ont demandé de me retirer à la maison parce qu'ils avaient peur que cette personne-là vienne faire un carnage dans l'école où j'étais.»
Mme Boudreau qui, dans le cadre de son mandat, s’est engagée à «rendre visible l’invisible», a annoncé au printemps dernier un investissement gouvernemental de 9,2 millions $ contre la violence conjugale. Une première dans l’histoire du Nouveau-Brunswick.
«Il reste encore tant de chemin à parcourir, soutient la ministre. Tant que nous n'aurons pas atteint la pleine justice, la pleine équité et la sécurité pour toutes les femmes et les filles, je continuerai à agir, à écouter, à appuyer.»
De la douleur à la résilience
Auteur spécialisé dans les ouvrages de développement personnel, Léonard Goguen a assisté à la conférence. Il estime que les révélations très personnelles de la ministre étaient appropriées. «Cela va démontrer qu’il est important de s’exprimer sans gêne par rapport à quelque chose dont on n’est pas forcément fier, mais qui nous a aidé à devenir la personne que nous sommes devenue.»
Jusqu’à présent, Léonard Goguen a écrit sur le bonheur. Toutefois, son prochain livre va justement aborder le thème des moments difficiles que l’on traverse pour vivre d’importantes croissances personnelles. Le sujet résonne avec le vécu de Lyne Chantal Boudreau et de Marie O’Brien, à laquelle il adresse de vives félicitations.
«C'est intéressant de voir le beau cheminement qu'a fait Marie, a-t-il dit à la sortie de la conférence. La première fois que je l’ai croisée au salon du livre, elle manifestait sa timidité d’autrice et se comportait comme si elle n’était pas certaine qu’elle devait être là. Mais elle a pris sa place, elle prend sa place de plus en plus, et c'est heureux pour tout le monde.»
Marie O’Brien aimerait que les gens qui vont lire son roman prennent conscience des violences silencieuses et invisibles au sein de la société. Elle encourage quiconque y est confronté à ne pas hésiter à chercher de l’aide et à parler à quelqu’un de confiance.
Pour qu’au bout du silence, leur voix les libère.
À la une : Sonia Soleil, autrice et accompagnatrice pour la maison d’édition Un million de rêves, la ministre Lyne Chantal Boudreau et Marie O’Brien. (Photo : Damien Dauphin)
