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7 Août 2025
Antonine Maillet célébrée par sa famille et ses proches
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Dimanche 27 juillet, les proches et les amis d’Antonine Maillet ont reçu la famille de la détentrice du Prix Goncourt 1979 pour une soirée hommage au Pays de la Sagouine. Le lendemain, jour du souvenir de la déportation des Acadiens, Antonine Maillet a rejoint le cimetière de Bouctouche où elle repose dorénavant.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Le Pays de la Sagouine voulait bercer les siens dans une chaleur familière, parmi des gens que l’on connaît ou qu’on a l’impression de connaître, même si on ne les connaît pas tout à fait.
«Le fil conducteur entre chacun et chacune de nous, c’est l’amour qu’on a eu et qu’on aura toujours pour Antonine», a dit d’emblée Monique Poirier, maîtresse de cérémonie de cette soirée.
Alors que le Pays de la Sagouine, dont elle est aujourd’hui la directrice, n’existait pas encore, c’est enfant que Mme Poirier a fait la connaissance d’Antonine Maillet. La révélation s’est produite en 1985, tandis qu’elle faisait partie d’une chorale d’enfants de toutes les écoles élémentaires du comté de Kent lors des Jeux de l’Acadie à Bouctouche. Mme Maillet y avait donné une conférence.
«Je ne me souviens pas des mots exacts qu’elle a prononcés, mais j’ai éprouvé un sentiment de fierté et de responsabilité, et le désir de faire quelque chose qui ressemblait à ce qu’elle faisait. C'est de mettre des étoiles dans les yeux des enfants qui viennent au Pays. C'est de rallumer une fierté chez les adultes qui viendront nous visiter.»
Une « paresseuse contrariée » aux projets restés secrets
Pierre Filion, qui fut son éditeur (Leméac), a évoqué des souvenirs personnels d’Antonine Maillet. Il a indiqué qu’au cours d’une collaboration qui a duré plusieurs décennies, jusqu’à la parution, le 10 mai 2024 – le jour de ses 95 ans – de son dernier livre, Le roi Ovide XIX suivi de Pensées flottantes, il a eu le sentiment de construire une œuvre avec elle.

Pierre Filion est l’éditeur d’Antonine Maillet et le gardien de son œuvre. (Photo : Damien Dauphin)
«Romancière qui était une paresseuse contrariée», selon la description qu’en fait Pierre Filion, la femme de lettres qui a mis l’Acadie en mots débordait de projets. Certains sont restés sans suite, d’autres ont subi des transformations. Le tiroir des archives, véritable malle aux trésors dont la plupart ont été déposés à l’Université de Moncton, recèle des pépites jamais publiées.
«Elle a elle-même construit, échafaudé, élaboré, érigé, inventé un monde, un univers avec une langue et une voix. Et une voix, ça s'entend, ça émeut, ça porte et ça transporte l'écriture, ça lui donne du cœur et du corps, ça lui donne du souffle. Et ce souffle qui était puissant chez Antonine a fait voyager ses œuvres de lecteur en lecteur, de pays en pays, à travers la francophonie et à travers le monde», a dit l’éditeur.
Celui qui s’estime privilégié d’avoir publié son œuvre entend désormais la défendre et la prolonger. Cet automne, Leméac va publier le troisième tome, sur un total de quatre, des œuvres complètes d’Antonine Maillet. Il sera exclusivement consacré aux pièces de théâtre.
Le miroir de la vie
Comédien et professeur au Conservatoire de musique et d’art dramatique de Québec, Patrick Ouellet a partagé ses souvenirs de celle qui était son mentor, une partenaire de travail et une grand-mère d’adoption. Entre une promenade en décapotable rue Saint-Denis à Montréal, ou une discussion sérieuse autour de l’ellipse d’un personnage pour mettre l’emphase sur Citrouille, Antonine Maillet lui a donné sa confiance. Une confiance exigeante et sans tergiversation. Cartes sur table.
« ’ai eu la chance de travailler avec elle pour donner raison à ses textes. Elle disait que c’était le texte qui aurait toujours raison. Quand la confiance était installée et que l’explication était nette, le résultat était extraordinaire.»

Marcelle Michaud Albert est la première nièce d’Antonine Maillet. (Photo : Damien Dauphin)
Au nom de la famille, Marcelle Michaud Albert a remonté le temps pour parler de sa «tante Tonine» à qui elle a parlé au téléphone pour la dernière fois le 8 février dernier.
«Je suis très fière de ma tante pour avoir fait connaître la culture acadienne au niveau international, tout en demeurant humble, non prétentieuse et s'adaptant à tous les gens qu'elle rencontrait. Tonine aimait écrire tous les jours et la dernière phrase qu’elle a écrite est La vie est juste en face».
Pierre Filion, qui avait le droit de lire des pages de son journal, avait remarqué cette phrase qui l’avait, à juste titre, intrigué. La trouvant étonnante voire prémonitoire, il a demandé à Antonine ce qu’elle signifiait.
«Tu sais, lui a-t-elle répondu, la vie qui m'attend, le bout de vie ou le bout de celle-ci, celle-là que j'ai hâte de découvrir, elle est juste là en face de moi. Je la sens, je la sens comme si je la voyais.»
Antonine Maillet s’éteignit 18 jours plus tard. Sur sa tombe dans le cimetière de Bouctouche où, dans l’intimité familiale, elle a rejoint les siens lundi 28 juillet, est inscrite la dernière phrase écrite de sa main.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Le Pays de la Sagouine voulait bercer les siens dans une chaleur familière, parmi des gens que l’on connaît ou qu’on a l’impression de connaître, même si on ne les connaît pas tout à fait.
«Le fil conducteur entre chacun et chacune de nous, c’est l’amour qu’on a eu et qu’on aura toujours pour Antonine», a dit d’emblée Monique Poirier, maîtresse de cérémonie de cette soirée.
Alors que le Pays de la Sagouine, dont elle est aujourd’hui la directrice, n’existait pas encore, c’est enfant que Mme Poirier a fait la connaissance d’Antonine Maillet. La révélation s’est produite en 1985, tandis qu’elle faisait partie d’une chorale d’enfants de toutes les écoles élémentaires du comté de Kent lors des Jeux de l’Acadie à Bouctouche. Mme Maillet y avait donné une conférence.
«Je ne me souviens pas des mots exacts qu’elle a prononcés, mais j’ai éprouvé un sentiment de fierté et de responsabilité, et le désir de faire quelque chose qui ressemblait à ce qu’elle faisait. C'est de mettre des étoiles dans les yeux des enfants qui viennent au Pays. C'est de rallumer une fierté chez les adultes qui viendront nous visiter.»
Une « paresseuse contrariée » aux projets restés secrets
Pierre Filion, qui fut son éditeur (Leméac), a évoqué des souvenirs personnels d’Antonine Maillet. Il a indiqué qu’au cours d’une collaboration qui a duré plusieurs décennies, jusqu’à la parution, le 10 mai 2024 – le jour de ses 95 ans – de son dernier livre, Le roi Ovide XIX suivi de Pensées flottantes, il a eu le sentiment de construire une œuvre avec elle.

Pierre Filion est l’éditeur d’Antonine Maillet et le gardien de son œuvre. (Photo : Damien Dauphin)
«Romancière qui était une paresseuse contrariée», selon la description qu’en fait Pierre Filion, la femme de lettres qui a mis l’Acadie en mots débordait de projets. Certains sont restés sans suite, d’autres ont subi des transformations. Le tiroir des archives, véritable malle aux trésors dont la plupart ont été déposés à l’Université de Moncton, recèle des pépites jamais publiées.
«Elle a elle-même construit, échafaudé, élaboré, érigé, inventé un monde, un univers avec une langue et une voix. Et une voix, ça s'entend, ça émeut, ça porte et ça transporte l'écriture, ça lui donne du cœur et du corps, ça lui donne du souffle. Et ce souffle qui était puissant chez Antonine a fait voyager ses œuvres de lecteur en lecteur, de pays en pays, à travers la francophonie et à travers le monde», a dit l’éditeur.
Celui qui s’estime privilégié d’avoir publié son œuvre entend désormais la défendre et la prolonger. Cet automne, Leméac va publier le troisième tome, sur un total de quatre, des œuvres complètes d’Antonine Maillet. Il sera exclusivement consacré aux pièces de théâtre.
Le miroir de la vie
Comédien et professeur au Conservatoire de musique et d’art dramatique de Québec, Patrick Ouellet a partagé ses souvenirs de celle qui était son mentor, une partenaire de travail et une grand-mère d’adoption. Entre une promenade en décapotable rue Saint-Denis à Montréal, ou une discussion sérieuse autour de l’ellipse d’un personnage pour mettre l’emphase sur Citrouille, Antonine Maillet lui a donné sa confiance. Une confiance exigeante et sans tergiversation. Cartes sur table.
« ’ai eu la chance de travailler avec elle pour donner raison à ses textes. Elle disait que c’était le texte qui aurait toujours raison. Quand la confiance était installée et que l’explication était nette, le résultat était extraordinaire.»

Marcelle Michaud Albert est la première nièce d’Antonine Maillet. (Photo : Damien Dauphin)
Au nom de la famille, Marcelle Michaud Albert a remonté le temps pour parler de sa «tante Tonine» à qui elle a parlé au téléphone pour la dernière fois le 8 février dernier.
«Je suis très fière de ma tante pour avoir fait connaître la culture acadienne au niveau international, tout en demeurant humble, non prétentieuse et s'adaptant à tous les gens qu'elle rencontrait. Tonine aimait écrire tous les jours et la dernière phrase qu’elle a écrite est La vie est juste en face».
Pierre Filion, qui avait le droit de lire des pages de son journal, avait remarqué cette phrase qui l’avait, à juste titre, intrigué. La trouvant étonnante voire prémonitoire, il a demandé à Antonine ce qu’elle signifiait.
«Tu sais, lui a-t-elle répondu, la vie qui m'attend, le bout de vie ou le bout de celle-ci, celle-là que j'ai hâte de découvrir, elle est juste là en face de moi. Je la sens, je la sens comme si je la voyais.»
Antonine Maillet s’éteignit 18 jours plus tard. Sur sa tombe dans le cimetière de Bouctouche où, dans l’intimité familiale, elle a rejoint les siens lundi 28 juillet, est inscrite la dernière phrase écrite de sa main.
